DEDICACE DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE AUX MANES DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU.
C'est à vous que je dédie cet écrit, mânes du citoyen de Genève! Que s'il est appelé à voir le jour, il se place sous l'égide du plus éloquent et du plus vertueux des hommes. Aujourd'hui plus que jamais nous avons besoin d'éloquence et de vertu. Homme divin! tu m'as appris à me connaître; bien jeune, tu m'as fait apprécier la dignité de ma nature, et réfléchir aux grands principes de l'ordre social. Le vieil édifice s'est écroulé; le portique d'un édifice nouveau s'est élevé sur ses décombres et, grâce à toi, j'y ai apporté ma pierre. Reçois donc mon hommage; tout faible qu'il est, il doit te plaire; je n'ai jamais encensé les vivants.
Je t'ai vu dans tes derniers jours, et ce souvenir est pour moi la source d'une joie orgueilleuse; j'ai contemplé tes traits augustes, j'y ai vu l'empreinte des noirs chagrins auxquels t'avaient condamné les injustices des hommes. Dès lors j'ai compris toutes les peines d'une noble vie qui se dévoue au culte de la vérité, elles ne m'ont pas effrayé. La confiance d'avoir voulu le bien de ses semblables est le salaire de l'homme vertueux; vient ensuite la reconnaissance des peuples qui environne sa mémoire des honneurs que lui ont donnés ses contemporains. Comme toi, je voudrais acheter ces biens an prix d'une vie laborieuse, au prix même d'un trépas prématuré.
Appelé à jouer un rôle au milieu des plus grands évènements qui aient jamais agité le monde; assistant à l'agonie du despotisme et au réveil de la véritable souveraineté, près de voir éclater des orages amoncelés de toutes parts, et dont nulle intelligence humaine ne peut deviner tous les résultats, je me dois à moi-même, je devrai bientôt à mes concitoyens compte de mes pensées et de mes actes. Ton exemple est là, devant mes yeux. Tes admirables Confessions, cette émanation franche et hardie de l'âme la plus pure, iront à la postérité moins comme un modèle d'art, que comme un prodige de vertu. Je veux suivre ta trace vénérée, dussé-je ne laisser qu'un nom dont les siècles à venir ne s'informeront pas; heureux si, dans la périlleuse carrière qu'une révolution inouïe vient d'ouvrir devant nous, je reste constamment fidèle aux inspirations que j'ai puisées dans tes écrits.
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[Transcriber's notes: Maximilien Robespierre (1758-1794), Cahier de doléances des cordonniers mineurs de la ville d'Arras (mars 1789)
Mis en français moderne par J.-A. Paris]
Doléances du corps des cordonniers mineurs de la ville d'Arras
1° Les Cordonniers mineurs se plaignent de ce que le métier qui les fait vivre avec tant de peine est encore exposé aux usurpations de tous ceux qui veulent l'exercer contre les droits que leur assurent leurs lettres patentes; de manière que la plupart d'entre eux sont réduits à la misère la plus profonde; il faudrait ou leur assurer du pain de quelque manière, ou du moins réprimer les entreprises de ceux qui viennent envahir le privilège qu'ils ont payé.
2° Une circonstance nouvelle, et qui est peut-être un fléau commun à toute la France, ajoute encore au malheur de leur condition. Le haussement considérable dans le prix des cuirs, occasionné par le traité de commerce conclu avec l'Angleterre, met la plupart d'entre eux hors d'état d'acheter la marchandise même qui est la matière de leur travail, c'est-à-dire de vivre. Ceux mêmes qui peuvent encore faire cette dépense ne sont pas beaucoup plus heureux, parce qu'ils ne peuvent porter le prix de leur travail à un taux proportionné à celui du cuir; parce que l'artisan, pressé par la faim, et qui attend chaque jour le modique salaire sur lequel il fonde sa subsistance, est nécessairement forcé à souscrire aux conditions injustes que l'égoïsme et la dureté des riches lui imposent. Il paraîtra peut-être singulier que les Cordonniers mineurs soient ceux qui invitent la Nation à s'occuper du traité de commerce avec l'Angleterre; mais cette singularité ne peut exister qu'aux yeux des préjugés; car aux yeux de la raison et de l'humanité, il est évident que l'intérêt d'une multitude de citoyens pauvres, à qui ce traité fatal peut ôter leur subsistance, est infiniment plus sacré que celui même des commerçants les plus célèbres dont il ne fait que diminuer la fortune.
3° Ils observent que, dans cet état de détresse, ils devraient au moins être exempts des petites exactions qui achèvent de les accabler. Ils ont donc le droit de se plaindre de ce que MM. les officiers municipaux ont augmenté depuis peu les rétributions qu'on les oblige de payer à certaines personnes attachées à ce corps, pour la reddition des comptes de la communauté; ils se plaignent surtout de la nécessité qui a été imposée depuis deux ans à leurs mayeurs de rendre au Magistrat les comptes de la communauté, qui ne doivent être rendus qu'à la communauté elle-même; ce qui est évidemment contraire aux droits de la liberté et aux principes de la justice.
4° Ils ont une réclamation plus intéressante encore à former, qui leur est commune avec toutes les classes de citoyens que la fortune a le moins favorisés. Ils demandant que les officiers municipaux, qui ne doivent être que les hommes et les mandataires du peuple, ne se permettent plus à l'avenir d'attenter arbitrairement à la liberté des citoyens sous le prétexte de police, pour des raisons frivoles et souvent injustes, non seulement en les envoyant en prison, mais même en les menaçant trop légèrement de ce traitement ignominieux. Cet usage trop commun ne peut qu'avilir le peuple qu'on méprise; au lieu que le premier devoir de ceux qui le gouvernent est d'élever, autant qu'il est en eux, son caractère, pour lui inspirer le courage et les vertus qui sont la source du bonheur social. On n'oserait adresser ces outrages aux citoyens de la classe la plus aisée: de quel droit les prodigue-t-on aux citoyens pauvres? Ils sont précisément ceux à qui les magistrats doivent le plus de protection, d'intérêt et de respect.
(Signé) Cauderlier, Jean-Baptiste Riez
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[Transcriber's notes: Maximilien Robespierre (1758-1794), Impressions d'un voyage à Carvin (1783)
Transcrit en français moderne par Alphonse Aulard]
(A vingt-cinq ans, Maximilien Robespierre fit un voyage de plusieurs jours à Carvin. Dans une lettre, il fait, en un style badin, la relation de cette excursion.)
(Publié par Alphonse Aulard, La Révolution Française, revue d'Histoire moderne et contemporaine, t.XI, p. 359 et suiv.; par G. H. Lewes dans The Life of Maximilien Robespierre, with extracts from his unpublished corrospondance. Philadelphia, Carrey and Hart, 1849.) (le manuscrit original a appartenu à Noël Charavay.)