COMMERCE DE CHAPEAUX.
Le Bureau de la Communauté des Maîtres et Marchands Chapeliers est rue de la Pelleterie où arrivent tous les Caudebecs[1] et autres Chapeaux manufacturez au dehors.
[1] Ces chapeaux étoient une fabrication toute spéciale à la ville de Normandie qui leur avoit donné son nom. Pour les obtenir, on feutroit la laine d’agneau ou l’agnelin, avec le poil de chameau et le duvet d’autruche. (Savary, Dictionn. au Commerce, au mot chapeau.) On en vendoit beaucoup à Paris. Les vers de Boileau, dans sa VIe épître, sont bien connus :
Pradon a mis au jour un livre contre vous,
Et chez le chapelier du coin de notre place,
Autour d’un Caudebec j’en ai lu la préface.
Pour les Bureaux de la Marque des Chapeaux, voyez l’article des Bureaux publics.
M. le Page Chapelier du Roy et qui fournit presque toute la Cour[2], demeure rue saint Honoré près les Peres de l’Oratoire.
[2] Il ne figure pas dans l’État de France. On n’y trouve nommé que Edme De Jouy, chapelier de Monsieur.
Entre les Marchands Chapeliers qui tiennent magasin, et qui font de grosses fournitures aux troupes et aux Marchands forains, sont Messieurs Coquelin, Halé l’ainé et Bizoret rue de la vieille Monnoye, Marie rue des Boucheries saint Germain, Veron rue du Four, Fromentin près le Palais Royal, Gobert rue de la Bucherie, Brisan et le Tourneur rue de Betizy, etc.
Les Veuves[3] qui font aussi un fort grand commerce de Chapeaux, sont Mesdames Meralde rue Briboucher, Durant pont saint Michel, etc.
[3] Ce sont des veuves de maîtres, qui continuoient, avec la même maîtrise, le commerce de leur mari. Dans la librairie surtout et l’imprimerie cette succession des veuves, à Paris du moins, étoit un droit : « A Paris, lisons-nous dans un document du temps de la Régence, les veuves des Libraires et Imprimeurs sont dans une possession constante de continuer la profession de leurs maris. » Minutes des Lettres du Conseil pour 1717, p. 14, à la Biblioth. du Ministère de l’Intérieur.
Entre les Marchands Chapeliers qui tiennent boutique et qui font un grand détail, sont Messieurs Herard rue saint Honoré au Grand Mousquetaire, Vernault rue de l’Arbre sec, le Lievre et Verron place Maubert, Buquet, le Camus et Halé cadet fauxbourg saint Marcel, le Page et Fery Pont Notre Dame, Joffroy près l’aport de Paris, les Frères Gasteliers Pont au Change[4], Aprin Pont Saint Michel au Loüis d’argent, Menil rue aux Ours, Santerre rue des Juifs, etc.[5].
[4] Les vieux chapeaux, dont le commerce n’étoit pas moins considérable que celui des neufs, se vendoient tout près de là : « pour la commodité de bien des gens, dit Liger, p. 400, on vend des vieux chapeaux repassez sous le petit Châtelet. » C’est là que se fournissoit le poëte besogneux, dont Monteil possédoit manuscrite une requête rimée au prince de Turenne :
Je chercherai des nippes au hazard…
Au Châtelet, à bon marché un feutre,
Castor tout neuf est trop cher pour un pleutre.
Il a paru dans la Revue des Provinces de juin 1865 ; p. 531, à l’article Varia, un curieux fragment inédit de l’abbé de Choisy sur ce que devenoient sous Louis XIV les vieux castors.
[5] « Il y a un grand magazin de chapeaux rue des Assis (Arcis) ; un autre rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain, et un autre rue Saint-Denis, au grand Signe. » Édit. 1691, p. 26.
OUVRAGES ET MARCHANDISES
DE CORDONNIERS.
La Halle aux Cuirs est au bout de la rue de la Lingerie, où arrivent tous les Cuirs forains[1].
[1] On y vendoit spécialement « les cuirs à soulier », suivant l’édit. de 1691, p. 37.
Le Bureau de la marque des Cuirs où l’on paye le sol pour livre[2], est rue Betizy[3].
[2] « Le bureau du sol pour livre pour les vendeurs de cuir. » Édit. 1691, p. 36.
[3] « Devant l’hôtel de Montbason. » Id.
Le Bureau des Maîtres et Marchands Cordonniers, est sur le quay de la Mégisserie près le Chatelet[4].
[4] A quelque distance, se trouvoit un débit de marchandises dont parle la 1re édit., p. 37, et qui n’est mentionné nulle part dans celle-ci : « les vrais maroquins du Levant se vendent chez divers marchands pelletiers qui ont leurs boutiques et magasins près l’égoût du grand Châtelet, et qui font, d’ailleurs, commerce de buffles, de chamois et de toutes sortes de peaux. » Un peu plus haut, se lit cet autre détail : « la manufacture des maroquins rouges, façon du Levant, est dans la rue de Charonne, faubourg Saint-Antoine. » La comtesse de Beuvron avoit fait accorder le privilége d’une fabrique pareille, dont nous avons parlé t. I, p. 109, sous la condition d’une grosse part dans les bénéfices. (Correspondance administrat. de Louis XIV, t. III, Introduction, p. LV.)
Il y a pour les Cuirs de Paris un grand nombre de Corroyeurs rue de la Tannerie, rue Marivaux, cloitre saint Jacques de la Boucherie, et fauxbourg saint Marcel aux environs des Gobelins.
Il y a plusieurs Marchands Cordonniers qui vendent des souliers tous faits aux Halles, rue Notre Dame, rue Dauphine, rue de Bussy et rue sainte Marguerite[5].
[5] Ces souliers tout faits se vendoient principalement aux Halles, où il en venoit de toute la France. Le Berry en fournissoit beaucoup, la Flandre de même. Déjà, sous Henri IV, tout ce qu’elle avoit de vieux souliers étoit expédié à Paris, où on les remettoit à neuf. (Montchrestien, Traité de l’Œconomie politique, 1615, in-4o, p. 108.)
Entre les fameux Cordonniers pour hommes qui servent un grand nombre de personnes de considération, sont les Sieurs Lucas vieille rue du Temple, Carré rue de la vieille Bouclerie, Perrot rue de la Verrerie, des Ordres rue saint Jacques, Raverdy rue saint André, Chiroir sur les fossez saint Michel, Malbeau rue de la Harpe, le Breton rue Dauphine, Poiree rue des Nonnandieres, Soyer porte saint Germain, Parent et le Basque rue de Bussy, Loziers rue de Seine, Halloz rue Galande, etc.[6]
[6] Dans cet et cætera de Blegny il faut placer le cordonnier Prudent que cite Coulange au premier couplet de son excellente chanson, Les Moines.
Entre les Cordonniers pour femmes qui se font distinguer par la propreté de leurs ouvrages, sont les Sieurs Raveneau rue des Cordeliers, Vernon, Gaborry et Couteaux rue des fossez saint Germain, Bisbot rue Dauphine, Sulphour rue saint Severin[7], etc.
[7] Il ne faut pas s’étonner de voir un cordonnier à la mode logé dans une rue aussi malpropre que la rue Saint-Séverin ; celui qui chaussoit, au siècle suivant, la dernière favorite de Louis XV, ne l’étoit pas mieux. Chantoiseau l’indique ainsi, en 1773, dans son Almanach général d’indication : « Charpentier, cul de sac de la Fosse aux Chiens, cordonnier ordinaire de Madame la Comtesse du Baril (sic) et autres dames de la Cour. »
Le Sieur des Noyers rue sainte Anne, fait des Souliers de femmes d’une grande propreté qu’il vend un louis d’or[8].
[8] Le louis d’or étoit alors de 12 livres 10 sols, depuis 1689. Il descendit à 12 livres, en avril 1692, puis à 11 livres 10 sols, en 1693. (Dangeau, t. III, 39 ; IV, 61, 349.)
Le Poitevin rue Mazarine, fait[9] des Souliers d’hommes qui résistent fort à l’eau, et qu’il vend un demi louis d’or.
[9] « De très-beaux et bons souliers à la cavalière, qu’il vend un demi-louis d’or. » Édit. de 1691, p. 25-26.
Plusieurs Cordonniers des environs du Palais[10], dont il a été parlé à l’article des Armes et Bagages de guerre, font des Souliers de Cuir de botte qu’ils tiennent tous faits dans leurs boutiques, et qui sont d’un bon usage en hiver, par exemple, les Sieurs Noel, Picard, Simon, etc.
[10] Les pantoufles de velours, autrement appelées mules, se vendoient au Palais même. Les hommes s’y fournissoient surtout. (Liger, p. 401.) Ces pantoufles du Palais furent longtemps célèbres.
Les Frères Cordonniers logent présentement rue saint Denis au Bon Pasteur vers sainte Opportune[11].
[11] Dans l’édit. précédente, p. 61, on lisoit : « les frères cordonniers demeurent rue des Grands-Augustins. » C’étoit une communauté pareille à celle des frères tailleurs, dont il est parlé, p. 61, et avec laquelle, comme on voit, elle étoit venue se loger sous l’enseigne si bien choisie du Bon-Pasteur. Racine s’y fournissoit pour son fils aîné : « Vous trouverez, lui écrit-il, le 26 janvier 1698, dans les ballots de Monsieur l’Ambassadeur : un étui, où il y a deux chapeaux pour vous, un castor fin et un demi-castor ; vous y trouverez aussi une paire de souliers des frères. »
Le Sieur Goubier Epicier rue de Gesvre, vend une bonne Cireure pour les Cordonniers[12].
[12] Son article est plus étendu dans l’édit. précéd. : « le sieur Goubier, apothicaire-épicier, fait et vend toutes sortes de bijouterie de cire pour les enfants, et une bonne cire neuve pour les cordonniers. » Richelet donne dans son Dictionnaire la recette de ce cirage primitif : « composition de cire, dit-il, de suif et de noir de fumée, de térébentine de Venise, de blanc de plomb, et autres ingrédiens qu’on fait bouillir, pour cirer les bottes, les gros souliers… »
ADRESSES
Concernant les articles precedens, recouvertes après leur impression.
Messieurs Doye et Falaiseau rue des cinq Diamans, Piogé rue du petit Lion, et Bastonneau vieille rue du Temple[1], tiennent comptoirs pour la Banque et les Remises de places en places.
[1] Il étoit de la famille de ces Bastonneau, les gros marchands de soie, dont Guy Patin a parlé (anc. édit., t. II, p. 220). Ils étoient venus de Lyon à Paris, où, après avoir continué leur commerce, ils s’étoient mis dans la banque. Un d’eux, Claude Bastonneau, avoit, en 1640, été enterré à St-Eustache (Le Beuf, Hist. du. dioc. de Paris, édit. Cocheris, t. I, p. 240). En 1662, François Bastonneau et Pierre Bidal, son associé, marchands de soie, avoient fait saisir, pour une forte somme qui leur étoit due, les biens du baron de Blancheface. (Archives hospitalières, Hôtel-Dieu, t. I, p. 172.)
M. Bourdon qui grave pour la Taille douce et pour les Cachets, demeure rue Dauphine, M. Garrier quay des Orfevres à la Banniere de France, est encore distingué pour les Cachets.
Entre les Chirurgiens renommez pour les opérations, sont Messieurs Lartet Chirurgien du Roy par quartier[2], Isle Notre Dame sur le quay Bourbon, et Gervais[3] premier Chirurgien de la feue Reine et ordinairement de Monseigneur à l’Hôtel de Noüailles près saint Roch pour la Saignée, M. du Pré rue Platrière, et pour les accouchements M. Marcel près la porte saint Martin.
[2] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier de janvier.
[3] Il servoit pendant le quartier d’octobre.
Madame Parfait au Pavillon des Tuilleries près la grande Ecurie[4], est une Sage femme de distinction[5].
[4] Celui qui, vers le même temps, commença d’être appelé le pavillon Marsan.
[5] Les sages-femmes étoient peu nombreuses alors, mais d’autant plus considérées. Plusieurs avaient marqué dans le monde, ainsi la fameuse Mme Pilou que l’abbé de Choisy (Mém., coll. Petitot, 2e série, t. 63, p. 515) nous dit formellement avoir été une accoucheuse ; et la grand’tante de Racine, Mme Vitart. (Mesnard, Vie de Racine, p. 40.) On ne leur reprochoit que de n’être pas assez instruites. Elles ne l’étoient pas plus à Amsterdam, mais on y avoit avisé en leur donnant pour maître le célèbre Ruysch. V. son éloge par Fontenelle, Œuvres, t. VI, p. 512.
Messieurs Boudin[6], Poisson[7], Beaulieu[8] et Doquican[9] premiers Apoticaires du Corps du Roy, logent quand ils sont à Paris chez M. de Rouviere Apoticaire de Sa Majesté près saint Roch.
[6] Philibert Boudin. Son service chez le Roi, avec un aide-apothicaire, le sieur Damaron, étoit celui du trimestre d’avril.
[7] Il servoit pendant le quartier de janvier.
[8] Son service commençoit en octobre.
[9] Son vrai nom étoit de Hoquiquant, comme le donne l’État de France. Il étoit de service pendant le quartier de juillet.
M. Benoist qui tient le Cercle Royal rue des saints Pères, et Mademoiselle Benoist rue saint Antoine, font très bien les Portraits en cire[10].
[10] Ce Benoît fut, avec plus de perfection, le Curtius du XVIIe siècle. Il faisoit, en effet, avec la cire, des portraits d’une ressemblance inouïe. Le plus curieux spécimen qui nous en soit parvenu, est celui de Louis XIV, retrouvé à Versailles par Eudore Soulié et placé aujourd’hui dans la chambre à coucher du Roi. Ses masques, dont Saint-Simon a parlé, n’étoient pas moins étonnants : « On avoit fait, dit-il, t. III, p, 135, pendant l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la Cour, au naturel, qui les portoient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y étoit trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en étoit un véritable, tout différent, qui étoit dessous ; on s’amusa fort à cette badinerie. » Ailleurs, t. II, p. 72, il nous avoit déjà fait voir, dans un autre bal de la Cour, un masque, dont les quatre visages de cire, représentant quatre personnes différentes, et qu’il faisoit tourner avec la plus amusante adresse, avoient intrigué tout le monde. — Benoist ne s’en tenoit pas à l’industrie des bustes et des masques, il faisoit aussi des personnages de grandeur naturelle. C’est ce qu’il appeloit son Cercle, ou le Cercle du Louvre, comme dit Robinet dans sa Gazette du 23 fév. 1667, époque vers laquelle il en commença l’exhibition. Chaque année, il l’exposoit à la foire Saint-Germain, voisine de son logement de la rue des Saints-Pères. Dancourt en fait une des principales curiosités de cette foire : « Lorange. Voyez ici, Messieurs, le Cercle nouveau des figures parlantes, aussi hautes que le naturel. » La foire Saint-Germain (1696), scène XVIII. La Bruyère n’a pas oublié Benoît. « B…, dit-il, s’enrichit à montrer dans un Cercle des Marionnettes. » Benoît devint riche en effet : lorsqu’il mourut, en 1717, il l’étoit. Le Roi y avoit aidé, en lui donnant, en 1668, le titre de son sculpteur en cire, et permission d’exposer dans tout le royaume « les personnes de tout rang qui composoient le cercle de la feue Reine, d’en faire même de nouveaux, et de masquer en cire à sa convenance. » Cette permission, qui étoit de trente ans, lui fut continuée sous forme de privilége exclusif, pour trente années encore, en 1688. Il étoit né en 1632 à Joigny, où il avoit fondé un lit à l’hôpital. V. Rev. des Soc. sav., 4e série, t. II, p. 232.
M. Coquelin Chancelier de l’Eglise de Paris[11], demeure rue saint Louis en l’Isle.
[11] Il avoit, comme chancelier, le sceau du chapitre de Notre-Dame, et une partie du soin des petites écoles lui revenoit. Il faisoit aussi l’ouverture des conférences de l’archevêché. Ménage, qui logeoit au cloître et en savoit toutes les histoires, en racontoit une à ce sujet : « M. Coquelin, ayant quitté la perruque, étoit presque méconnaissable. En ce temps-là, il fit l’ouverture d’une des conférences archiépiscopales, fort bien à son ordinaire. M. de Vert lui dit : Monsieur, je ne vous ai reconnu qu’à votre éloquence. » (Menagiana, t. II, p. 72.)
On recite tous les Samedis et veilles de la Vierge, des Motets en musique à Notre Dame devant sa Chapelle après Complie.
M. Chartrain dont on n’a pas l’adresse, est un grand maître pour le Grec[12].
[12] Il étoit de la même famille que le M. Chartrain indiqué plus haut, t. I, p. 257, comme excellent maître de géographie, histoire, blason, etc.
Les Medecins en leur Collège rue de la Bucherie, visitent gratuitement les pauvres Malades tous les Samedis matin, et les Chirurgiens sous les Charniers de S. Côme tous les premiers Lundis des mois.
M. Gaultier enseigne en ville et chez luy rue des Petits Champs, l’Architecture civile et militaire, et généralement les parties de Mathématiques.
Nota. Qu’outre les jours marquez pour les Audiances des Officiers du Grenier à Sel, ils les tiennent encore tous les Lundis en Janvier, Octobre, Novembre et Décembre.
On vend des Truffles rue Serpente au Messager de Thoulouse[13].
[13] Il étoit du bel usage, selon Richelet, d’écrire et de prononcer truffles. Elles étoient un régal en vogue. Les dames surtout en étoient très-friandes. (L’abbé de Villiers, Vérités satiriques, p. 199.)
Aux environs du Temple, de la porte Mouton et de la porte saint Louis, il y a des femmes qui fournissent aux malades du lait d’anesse[14], de vaches et de chevres frais tiré.
[14] C’étoit déjà, sur la recommandation des médecins galénistes, qui l’avoient trouvé prescrit par Galien, leur maître, un des remèdes en vogue pour les poitrines débilitées. Gui Patin dit que sa grand’mère put vivre jusqu’à quatre-vingts ans, parce qu’elle avoit pris du lait d’ânesse pendant soixante. (Lettres, édit. in-8, t. III, p. 462-463.)
M. Martin rue de Richelieu, est encore un fameux pour le Clavesin[15], M. de Vizé à Luxembourg pour le Theorbe[16], Louis Horteterre près saint Jacques de la Boucherie pour tous les Instrumens à vent[17], des Cotteaux au fauxbourg saint Antoine, et Filbert rue saint Antoine pour la Flute Allemande[18].
[15] Blegny oublie qu’il l’a déjà dit plus haut.
[16] Il n’avoit été cité plus haut, t. I, p. 211, au chapitre des musiciens que pour son talent sur la guitare, fort semblable du reste au théorbe. C’est pour la guitare qu’il est surtout vanté dans les lettres de Mad. de Sévigné, t. X, p. 352. Un autre instrument de la même famille que le théorbe, le luth, et la guitare étoit « l’angélique » dont jouoit « excellement », suivant Richelet, t. I, p. 59, Lefèvre, de la même famille que celui que nous avons vu, t. I, p. 209, parmi les fabricants d’orgues.
[17] Il étoit de la famille de Colin et Jean, qui ont eu plus haut, t. I, p. 212, leur mention pour la fabrication des instruments.
[18] Blegny ne fait encore que répéter à peu près ce qu’il a déjà dit. V. t. I, p. 212-213.
M. Coquart rue Simon le Franc, fait commerce en gros de toutes sortes de cannes[19].
[19] Nous verrons un peu plus loin, par les bois dont il faisoit commerce, qu’il étoit tablettier. Ses cannes ne pouvoient donc être d’un grand prix. Des arrêts, que celui du 26 avril 1700 confirma, enjoignoient, en effet, aux tablettiers, de ne vendre qu’une seule espèce de cannes, sans ornement d’or, d’argent ou d’acier.
Messieurs Halin rue Jean saint Denis, indiquez[20] pour les Timballes et Trompettes, sont aussi d’excellens Maîtres pour le Basson[21].
[20] V. plus haut, t. I, p. 215, à la suite des maîtres, pour l’art de chanter.
[21] C’est le fagotto italien, adopté depuis peu chez nous, où on l’avoit appelé « basson », parce qu’il y servoit surtout de basse dans les concerts de musette, alors à la mode. (Mersenne, Harmonie du Monde, liv. 5.)
Mademoiselle Cochois rue Briboucher près saint Josse[22], est fort stilée aux Coiffures de Toilles et de Dentelles pour les Dames[23].
[22] La chapelle Saint-Josse faisoit le coin de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Quincampoix.
[23] Les marchands lingers et les marchandes lingères étoient depuis longtemps en nombre dans la rue Aubry-le-Boucher. Bodeau, le riche linger, qui fit tant de folies pour Mlle Paulet, y logeoit. C’est là que Lemaître, dont le fils, Antoine Lemaître, fut une des gloires de Port-Royal, avoit sa boutique de dentelles de Flandre ; enfin, c’est rue Aubry-le-Boucher que Mme Coisnard, la grosse lingère et dentellière, fit sa fortune. (V. Tallemant, Historiettes, édit. P. Paris, t. I, 225 ; III, 16, 34, 114 ; VI, 116.)
Madame Roüin devant le Collège des Plessis fait des Rabats unis par excellence[24].
[24] Dans l’édit. précéd., elle est nommée avec « le sieur Des Trapières, rue Bétizy, aux Trois-Bourses », p. 62.
M. Ladoireau rue Tictonne fait de beaux Ouvrages d’Orfèvrerie[25].
[25] Pour une saisie faite chez lui, en 1693, v. t. I, p. 244, note 4.
DIVERSES ADRESSES
Concernant des talens distinguez des articles précédens.
Entre les Orlogeurs qui sont en réputation pour les Montres et Pendules, sont Messieurs Turet aux Galeries du Louvre[1], de Mergue Cour Neuve du Palais, Cribelin rue de Bussy, etc.
[1] Il avoit ce logement des galeries depuis le 30 janvier 1686 : « Isaac Turet, écrit G. Brice, horloger de l’Académie des Sciences, qui a beaucoup contribué à perfectionner la pendule. » (3e édit., t. I, p. 73.) Il ne faut pas le confondre avec Huret « horlogeur du Roy », gendre de Bérain.
Le Sieur Chambon habile Guainier, demeure Cour neuve du Palais.
Le Sieur le Sansonnier Ecrivain Juré de l’Université, a le talent de bien dresser et de bien écrire les Placets sur quelque sujet que ce soit, dont il garde religieusement le secret[2], son Bureau est à l’Hôtel de la Préférence sous le Cadran de l’Eglise des Innocens.
[2] Blegny nous surfait beaucoup l’honnêteté de l’écrivain-juré. Il n’étoit rien moins que sûr. Il fut compromis, en 1699, avec les prévaricateurs du commerce des blés et arrêté. Les détails de son affaire se trouvent dans les mss. Delamarre, à la Biblioth. Nat., no 21,644, p. 187.
Le Sieur le Febvre rue de Venise au quartier de la rue Quinquempoix, vend et loue des chevaux à toutes mains.
Nicolas le Heurteur, aporte à Paris de Fleury-la-Forest en Normandie, toutes sortes de boettes de Liettiers[3] qu’il vend en gros à juste prix ; il vient ordinairement deux fois le mois et loge rue Montorgueil à l’image saint Nicolas.
[3] C’est laïettier qu’il faut lire. La « laïette » n’étoit, en effet alors, qu’une de ces sortes de boîtes qu’on faisoit venir de Fleury-la-Forest, près les Andelys, d’où il n’en vient plus : « petit coffre de bois, dit Richelet, qui n’a qu’une simple serrure, et qui n’est couvert ni de peau ni de cuir. »
Le Bois d’Ebène et de Gayac, sont commercez en gros par M. Coquart rue Simon le Franc.
La Dame Passavant[4] près la Magdelaine a le talent de bien faire les Bonnets carrez.
[4] « Sage-femme. » Édit. 1691, p. 26.
On fait des Calottes de toile jaune et de ratine à mettre sous les perruques, chez un Calotier à la porte neuve du Palais.
La Manufacture de Stuc Cuit[5] est au fauxbourg saint Antoine.
[5] Le stuc est toujours cuit. C’est du plâtre mêlé de poudre de marbre, qu’une forte cuisson durcit, et permet de polir. On en faisoit alors des plafonds, sur lesquels on peignoit comme à fresque.
Les faiseurs de Fourneaux et de Creusets servant à la Chimie, demeurent place de l’Hotel de Conty, rue Mazarini et au fauxbourg saint Jacques.
Le Sieur Rohault Emailleur[6] rue saint Denis, fait des Figures et Aigrettes d’émail.
[6] V. les notes sur lui et sur Hubin, qui suit, au chapitre du Commerce de Curiositez, t. I, p. 242.
Les Yeux artificiels se font chez le même Hubin rue saint Martin et chez le Sieur le Quin rue Dauphine.
La Folie rue du petit Pont[7], et Thevenot rue Git le Cœur, affichent pour le public.
[7] Dans la première édit., p. 59, son adresse est donnée « rue de la Huchette, aux Trois-Bources ». A la suite, vient « le Comte, rue du Petit-Pont, à la Rose-Rouge ».
Le Sieur Bara qui vend du Canepin[8] pour boucher les bouteilles, demeure au cul de sac de la porte saint Martin[9].
[8] On appeloit ainsi l’épiderme de peau d’agneau ou de chevreau. Il avoit servi, comme un vélin très-fin, pour écrire ; et nous ne serions pas surpris que le mot calepin en fût venu, quoi qu’en dise l’étymologie courante.
[9] Les Bara étoient nombreux dans Paris et d’industries différentes. Mme Sand, Histoire de ma vie, t. I, p. 19, en cite un, qui avoit été parrain de sa mère, et dont nous avons connu le petit-fils, qui vendoit des oiseaux, comme son aïeul, au coin de la rue Saint-Claude et du boulevard, dans l’hôtel où avoit logé Cagliostro. Le grand-père de Mme Sand étoit lui-même « maître oiselier » et de plus « maître paulmier », ce qui ne nous surprend pas, les marchands d’oiseaux faisant volontiers plusieurs métiers. Un d’eux, que Blegny n’auroit pas dû oublier au chapitre du Commerce de Curiositez, s’étoit enrichi à vendre toutes sortes de bijoux, après n’avoir d’abord vendu que « des cages de prix et des oiseaux ». On ne l’appeloit pour cela que l’Oyselier. Son vrai nom ne nous est pas parvenu. (Mercure galant, nov. 1683, p. 287.) Chevreau parle de lui dans cette note de ses Œuvres meslées, 1697, in-8o, p. 200 : « L’Oiselier étoit un fameux marchand de Paris, qui vendoit à toute la Cour toutes sortes de curiosités. »
Le Sieur Dalesme[10] rue saint Denis près la fontaine la Reine, vend des Plumes et Semelles d’acier de son invention, et encore un Tuyau de tolle de fer, où l’on brule le bois sans cheminée et sans fumée.
[10] André Dalesme, qui, de simple marchand de tuyaux fumivores, devint membre de l’Académie des Sciences. On voit ici qu’il avoit devancé les inventeurs de plumes d’acier. Il toucha de près aussi à l’invention du Thermolampe et à celle de la machine à vapeur. V. sur lui, le Vieux-Neuf, 2e édit., t. II, p. 384-385.
La bonne faiseuse de Mouches demeure rue saint Denis à la perle des Mouches[11].
[11] Blegny auroit bien dû nous dire son nom. Nous aurions su ainsi — ce qui ne manquoit pas de curiosité — si c’étoit toujours la femme Chevalier, dont, suivant l’auteur du Peintre-Graveur, la fille Madeleine avoit épousé le peintre Bernard, et étoit devenue mère du fameux financier Samuel Bernard. — V. dans nos Variétés, t. VII, p. 9, une pièce de 1661, La faiseuse de mouches.
Les Manufactures de Toilles cirées sont dans la grande rue du fauxbourg saint Antoine[12].
[12] C’est à Paris qu’il s’en fabriquoit le plus. Jusqu’à la fin du dernier siècle, le secret de l’enduit des toiles cirées fut gardé par ceux qui les fabriquoient.
Les Boisseliers de la Halle au bled font[13] les tamis d’Apoticaires et de Parfumeurs.
[13] « Un particulier commerce de tamis à passer les poudres. » Édit. 1691, p. 64.
Le Sieur Barbier qui indique des Privilèges à vendre et à louer pour les Arts et Métiers, demeure rue des Lombars au Plat d’Etain.
Le Sieur Jo et quelques autres Potiers d’Etain près la porte saint Marcel, font de grandes et petites Seringues qu’ils vendent aux Marchands à juste prix.
Le Sieur Colson fauxbourg saint Antoine devant la rue de Charonne, a un particulier talent pour monter les Scelets[14] de toutes sortes d’Animaux, et pour les monter en poil et en plumes.
[14] C’est ainsi qu’on écrivoit encore squelette. L’orthographe d’Ambroise Paré se rapproche toutefois un peu plus de cette dernière forme : « une desquelles, dit-il, parlant d’autruches qu’on faisoit voir à Paris, estant morte, me fut donnée, et en fis un scelette. » Ailleurs, il dit un « sceletos », se rapprochant ainsi tout-à-fait du mot grec, d’où vient squelette, et qui signifie séché.
M. Antoine, Chevalier et Medecin Général des Hopitaux du saint Esprit[15], logé au Collège de Boncour, se dispose à donner des preuves publiques du secret qu’il dit avoir trouvé, pour connoitre par la disposition des poux et des urines, les causes cachées et les crises futures des plus extraordinaires maladies ; il a une nouvelle espèce de plante Sensitive[16] que les curieux ont veüe avec admiration.
[15] Il n’y avoit à Paris qu’un hôpital du Saint-Esprit, celui qui occupoit tout le côté gauche des bâtiments qu’envahit ensuite tout entiers son voisin l’Hôtel-de-Ville. On n’y recevoit que des orphelines légitimes et il s’appeloit aussi Hôpital des Enfants-Dieu.
[16] La Sensitive, mimosa pudica, bien qu’elle eût été importée d’Amérique sous Henri IV, par Robin, avec les autres espèces du genre acacia, n’étoit pas encore bien connue, comme on le voit ici. L’Académie des Sciences ne s’en étoit même pas encore occupée. Mairan n’en fit l’objet d’un premier travail qu’en 1729, puis on eut en 1736 le mémoire plus complet de Du Fay.
Le Sieur Lelot sur le Quay neuf[17] à la Perruque d’or, trace et peint les Cadrans au soleil[18].
[17] On appela presque toujours ainsi, jusqu’au commencement du XVIIIe siècle, comme on le voit par le Journal de Barbier, édit. in-18, t. I, p. 142, le quai voisin de la Grève, construit, en 1675, sous la prévôté de Claude Le Pelletier, qui lui avoit donné son nom.
[18] Il étoit rare qu’il n’y eût pas dans la cour ou le jardin de chaque hôtel un de ces cadrans peints sur la muraille en bonne exposition.