COMMERCE DES VERRIERS.
Le Bureau des Marchands Verriers[1] est au Renard rue saint Denis, où l’on décharge toutes les Marchandises de leur commerce.
[1] Dans l’édition de 1691, p. 30, il est dit que les verriers de ce bureau étoient seulement ceux « qui font des ouvrages de feugère », c’est-à-dire de fougère. On sait que le verre ne se faisoit alors qu’avec la potasse extraite des cendres de cette plante. De là, les métaphores des poëtes sur le vin qui pétille ou qui rit dans « la fougère », comme disent Chaulieu et Boileau.
Le Sieur Trincart rue de la Verrerie, l’Hoste porte saint Germain, Aubry près la Comedie Françoise, et le Grand rue saint Denis, ont un grand assortiment de Marchandises de Cristal, de Fayence et de Porcelaine[2].
[2] Dans l’édition de 1691, p. 30, ils ne sont tous trois mentionnés que pour ce dernier article : « Ils tiennent, y est-il dit, magasin de porcelaine. »
Le Sieur Rose rue Darnetal fait le plus grand commerce de Bouteilles couvertes[3], de Verres de tables, de Cloches de Jardins, de Vaisseaux chimiques, etc. Il fait des fournitures en gros et à bon compte aux détailleurs[4].
[3] C’est-à-dire entourées d’osier.
[4] Son article est un peu différent dans l’édition de 1691, p. 30. Après la mention du bureau des verriers, il y est dit : « Ce qu’on ne trouve pas dans ce bureau, peut être recouvert et acheté en gros, à bon compte, dans les magasins du sieur Rose, verrier, rue d’Arnetal (Grenetat), etc. »
On trouve des Bouteilles de Cristal taillées pour la poche chez le Sieur le Grand le Jeune, et de Guerre Verriers, rue saint Denis[5], le Quin Emailleur, rue saint Martin[6], Gilbert Lapidaire, rue sainte Croix de la Cité[7], et le Seür aussi Lapidaire, rue saint Denis près le Sepulcre.
[5] Ils sont indiqués, dans l’édition de 1691, p. 30, comme « verriers faisant grand négoce de bouteilles de poche à bouchons de verre ». A la suite, viennent « Grancire, rue de la Coutellerie, et Ancelin, au cul de sac Saint-Sauveur », qui ne se retrouvent pas ici.
[6] Il étoit de la famille de l’orfèvre Lequin, que nous trouverons à la fin du chap. suivant.
[7] L’édition de 1691, p. 30, le place « sur le Quai-Neuf, au Berceau d’or ».
Il y a une Fayancerie à saint Cloud[8] où l’on peut faire exécuter tels modèles que l’on veut.
[8] On en connoît les principaux ouvriers à cette époque : Trou, le potier, et Chicanneau père et fils. Ils fabriquoient une faïence à émail stannifère, en camaïeu bleu, le plus souvent. Leur faïencerie avoit assez d’importance pour que la duchesse de Bourgogne la visitât, en 1709, le 3 sept. Les Chicanneau ajoutèrent à la fabrication de la faïence celle de la porcelaine, « façon des Indes », dont ils se disoient inventeurs. A la fin de 1696, ils adressèrent, comme tels, un placet à l’intendant de Paris. (Correspond. des Contrôleurs généraux, no 1342.) Lister (chap. V) admira fort leurs porcelaines. V. aussi J. Marryat, Hist. des Poteries, etc., trad. franç., t. II, p. 212.
M. de Saint Estienne Maitre de la Fayencerie de Rouen, a trouvé le secret de la Fayence violette tachetée, et de faire en France de la Porcelaine semblable à celle des Indes[9].
[9] Dans l’édition de 1691, p. 30, il n’est mentionné que pour la porcelaine qu’il a « le secret de faire en France ». — Il fabriquoit bien réellement tout à la fois de la faïence et de la porcelaine, et cela, par privilége, avec d’autres concessionnaires, depuis 1644. Le 30 juin 1694, M. d’Ormesson envoya un rapport au contrôleur général sur l’état de cette fabrique et sur le renouvellement de son privilége. Comme on vouloit que Saint-Etienne livrât son secret pour que la fabrication fût continuée par les Invalides, et comme il refusa, ce renouvellement n’eut pas lieu. Le privilége obtenu en 1673 pour la porcelaine, « façon de Chine », fut seul continué pour vingt ans encore, mais à condition qu’au bout de ce temps le secret de fabrication seroit livré au public. (Correspond. des Contrôleurs généraux, no 1342.)
Les Fayences de Nevers arrivent sur le quay de la Tournelle près la porte saint Bernard[10].
[10] Ces faïences de Nevers, qui avoient leurs collectionneurs, comme on le voit par quelques vers de Sénecé dans ses Épigrammes (1717, in-12, p. 224), se fabriquoient depuis longtemps déjà, et en dernier lieu, sous la direction d’un nommé Castelnau.
M. Perrot Maitre de la Verrerie d’Orléans[11], a trouvé le secret de contrefaire l’Agathe et la Porcelaine avec le Verre et les Emaux. Il a pareillement trouvé le secret du Rouge des Anciens, et celuy de jetter le Verre en moulle pour faire des bas reliefs et autres ornemens. Il a son Bureau à Paris sur le quay de l’Orloge à la Couronne d’or.
[11] Bernard Perrot étoit neveu de Castelnau que nous venons de voir à la faïencerie de Nevers. Dès le mois de décembre 1655, il avoit obtenu le privilége de la verrerie royale d’Orléans et de celle de Fay-aux-Loges, qui en étoit la succursale, à six lieues de là sur le canal. En 1666, autre brevet délivré à Perrot en faveur d’une découverte fort importante pour l’exploitation de sa verrerie : il tiroit d’une pierre « qui abonde en France », — la houille certainement — un combustible moins cher que le charbon. En 1688, ayant perfectionné la fabrication du verre, « soit colorié, soit en relief », et aussi « le coulage des métaux à table creuse, avec des figures », un privilége nouveau lui fut encore accordé. Il le garda, ainsi que les deux autres, jusqu’à sa mort, en 1710, malgré les concurrents qui firent faire sur ses fabriques une enquête, en février 1692, dont le résultat tourna pour lui. Deux de ses parents, peut-être ses neveux, Jean Perrot et Jacques Jourdan lui succédèrent avec un renouvellement de privilége en date du 2 août 1710, où il étoit dit que les ouvrages de Perrot « égalent en beauté et en qualité les porcelaines ». La rue près des remparts Saint-Euverte, où Perrot avoit sa verrerie à Orléans, s’appelle encore aujourd’hui rue des Bouteilles.
M. Massolat Maitre de la Verrerie de Rizancourt[12], a son Bureau à Paris rue du Four près la Foire saint Germain chez le Sieur Feloix Huissier[13].
[12] Paul de Masselai, et non Massolat. Il avoit été un des concurrents de Perrot, et, n’ayant pu lui faire perdre le privilége de la verrerie d’Orléans, il étoit allé en établir une à Rizaucourt, au fond de la Champagne.
[13] L’édition de 1691, p. 30, ajoute « au Châtelet ».
Pour le Verre blanc et le Verre des Vitriers, voyez l’article fait exprès.
Pour les Glaces, voyez l’article des marchandises de Miroitiers[14].
[14] On trouve dans l’édit. de 1691, au chap. « du Commerce du verre, etc »., p. 30, les indications suivantes qui manquent ici : « le verre blanc pour les mignatures et autres tableaux, se vend chez un vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la Vierge, et chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin de la rue de Bercy. »
On dit que M. de la Motte de qui on a veü à la Foire, il y a quelques années de si beaux ouvrages d’Emaux et de Verre façon d’Agathe et de Porcelaine, va faire un établissement à Paris, en vertu d’un Privilege du grand Sceau[15].
[15] Il obtint ce privilége, mais ce faillit être au préjudice de Bernard Perrot, dont, comme Masselai, ce La Mothe étoit le concurrent. Ce fut sur ses instances que le contrôleur général écrivit, le 29 février 1692, à l’intendant d’Orléans, M. de Creil, pour savoir où en étoit la faïencerie-vitrerie privilégiée de Perrot, le sieur De La Mothe, disoit la lettre, demandant, lui aussi, un privilége « pour fabriquer avec une matière vitrifiée, dont il a le secret, des ouvrages en façon de porcelaine, d’agathe, de jaspe, de lapis ». La réponse de M. de Creil fut, à ce qu’il paroît, favorable, car si La Mothe eut son privilége, Perrot garda le sien.
COMMERCE DE DIVERSES MATIERES
METALLIQUES, ET OUVRAGES DE COUTELLIERS, TAILLANDIERS, ETC.
Messieurs Hébert cul de sac de la rue Quinquempoix, Presty et Alain rue Neuve saint Mederic, et Coquart rue Simon le Franc, font commerce d’Etain et de Plomb d’Angleterre[1].
[1] L’édit. de 1691, au lieu d’Hébert, nomme Duval. Son magasin y est indiqué « au cloître Saint-Thomas du Louvre ».
Le Fer blanc est négocié en gros par Messieurs le Doux rue Jean de l’Epine, Fontaine rue des Lombards, et Frezan rue de la Vannerie[2].
[2] « Au bout de la rue de la Vannerie. » Édit. précéd., p. 22. Le fer blanc ne se fabriquoit en France que depuis Colbert, qui en avoit établi la première fabrique à Beaumont-la-Ferrière dans le Nivernois. Il avoit dû pour cela faire appel aux ferblantiers allemands. (Correspond. administrat. de Louis XIV, t. III, p. 740.)
Il y a plusieurs magasins de Cuivre et de Leton, rue Quinquempoix.
Les Bateurs d’or qui vendent l’or en feuilles et en coquilles, sont établis en différens quartiers de Paris, par exemple, rue du Cimetiere saint Nicolas des Champs, rue saint Jacques, rue de Gesvres, rue saint Denis, etc.
Les Tireurs d’or qui vendent l’or et l’argent trait et filé, sont pour la plupart rue saint Denis[3] au dessus de saint Jacques de l’Hopital[4].
[3] « Aux environs de la rue Mauconseil. » Édit. de 1691, p. 23.
[4] « Cet or et cet argent tirés, ajoute Liger, p. 394, s’emploient pour les broderies, les galons et les boutons qui se débitent pour les habits. »
Pour l’Or et l’Argent en lingots et grenaille, voyez l’article fait exprès.
Pour le Plomb en balles et en graine, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre et de Chasse.
Le Sieur Guilloüet Taillandier et Ferblantier, à l’entrée de la rue de Gesvres, a un particulier talent pour les plus beaux Ouvrages de Fer blanc et de Leton planez[5].
[5] « Planer, c’est unir la besogne à force de petits coups de marteau ». (Richelet, Dictionn.) — A la suite de l’art. sur le sieur Guillouet, on lit dans l’édit. de 1691, p. 111 : « Le sieur Jo et quelques autres potiers d’étain, près la porte Saint-Marcel, vendent des grandes et petites seringues bien faites et à juste prix. » — La vaisselle d’étain se travailloit avec le plus grand soin. On y étoit parvenu à donner au métal la consistance et le brillant de l’argent. V. Loret, t. II, p. 427-428 ; et Faugère, Voyage de deux Hollandois, à Paris, p. 276.
Pour les Arcs et Ressorts qui sont ouvrages de Taillandier, voyez l’article des Chevaux et Equipages.
Entre les Couteliers renommez pour les Couteaux et les Cizeaux sont le Maitre de l’Eglise rue saint Martin, et le Maitre du Coutelas rue de la Coutelerie, qui a un talent particulier pour les Lames de couteaux de tables qui se montent sur des manches d’argent[6].
[6] Dans l’édition de 1691, p. 59, il n’est recommandé que pour les rasoirs. Le coutelier « du Trèfle », rue de la Coutellerie, qui ne se retrouve plus ici, est indiqué à la même page, comme étant « renommé pour les couteaux ». — Ce trèfle étoit à la fois l’enseigne et la marque de ce coutelier en renom. Nous l’avons vu souvent sur des couteaux des derniers siècles. Toute marque — et chaque coutelier-fabricant avoit la sienne — étoit une propriété qu’aucun autre ne devoit prendre ni contrefaire. (Lettres patentes sur le règlement des ouvrages de quincaillerie et de coutellerie de la ville de Thiers, 24 déc. 1743, art. 2.) Suivant Clicquot-Blervache, Considérat. sur les Compagnies, Sociétés et Maîtrises, p. 165, on offrit jusqu’à 22,000 livres de la marque que Palme, de Thiers, mettoit à ses couteaux : « C’étoit, dit-il, la plus accréditée. »
Entre les Couteliers en réputation pour bien faire et bien repasser les Lancettes, sont les Sieurs Surmont au tiers-point[7] rue saint Julien le Pauvre, et Touyaret au Verre couronné rue de la Coutellerie[8].
[7] Le tiers-point est un outil triangulaire, qui sert surtout aux bourreliers. Louvel, qui l’avoit été, assassina le duc de Berry avec un tiers-point.
[8] Dans l’édition de 1691, p. 59, il est mentionné avec son enseigne, pour la même spécialité des lancettes, mais n’est pas nommé.
L’acier crud est commercé par les Marchands de Fer, et les Instrumens de Moulins pour les Dents, par les Quincailliers, qui vendent d’ailleurs toutes les Marchandises foraines de Coutellerie.
Le Maitre de la Coupe rue Troussevache, est distingué pour les Instrumens de Chirurgie.
On peut par les Messagers de Moulins et de Langres tirer de bons Cizeaux[9] ; et par celuy de Caen, de Couteaux de poche d’une propreté et d’une bonté singulière.
[9] Les couteaux de Langres étoient au moins aussi renommés que ses ciseaux. Les voleurs leur avoient même fait une réputation sinistre : le couteau pour eux étoit un lingre ; et, pour assassiner, ils disoient lingrer. Diderot, on le sait, étoit fils d’un coutelier de Langres.
On fait de très bons Canifs à la Masse et au Pistolet, rue de la Coutellerie[10].
[10] Dans l’édition de 1691, p. 59, c’est « le coutelier de l’Antonnoir (sic), rue aux Ours », qui est recommandé pour les canifs.
Le Sieur le Quin Orfèvre, rue de la Fromagerie[11], fabrique les Instrumens d’argent servant aux Chirurgiens.
[11] C’est le grand-père du tragédien Le Kain, dont le vrai nom n’étoit ni celui qu’il prenoit, ni celui qu’on lui donne ici. Il s’appeloit Caïn. Son acte de naissance, reproduit par Jal, à ce nom, dans son Dictionnaire critique, nous le donne comme né le 3 avril 1729, de Henri Caïn, « marchand orfèvre, rue de la Fromagerie », lequel, ajouterons-nous, avoit succédé à son père dans la même boutique. Pour Caïn, on prononçoit Quin, et même Le Quin, comme on le voit ici. Le nom que prit Lekain, en se mettant au théâtre, fut un compromis entre les deux formes.
Le Sieur Landrieux Gaisnier près le Palais, fait très proprement les Etuis servant aux ouvrages de Coutellerie.