MERCERIE ET QUINCAILLERIE.
Le Bureau des Marchands Merciers, Jouailliers, Quincailliers-Grossiers, etc.[1], est dans la rue Quinquempoix.
[1] Cet et cætera n’est pas pour la forme. Les joailliers et les quincailliers n’étoient pas, en effet, les seuls métiers qui fissent, avec les merciers, proprement dits, partie du corps de la Mercerie. Dix-sept autres en dépendoient aussi. Ce n’étoit pas le premier des six corps, mais c’étoit le plus important. Voici, du reste, quel en étoit l’ordre : la Draperie, l’Épicerie, la Mercerie, la Pelleterie, la Bonneterie, l’Orfévrerie. Les libraires et les marchands de vin, qui n’en étoient pas, mais venoient immédiatement après, avoient des priviléges égaux : ils pouvoient être aussi échevins et juges-consuls.
Les Maîtres et Gardes en charge de la Marchandise de Mercerie, Jouaillerie, etc., sont Messieurs Arlot grand Garde rue saint Germain, Perichon rue saint Honoré, l’Evesque rue des Bourdonnois, le Doux, Baroy, Testart et Sautereau rue saint Denis.
Les Marchands de Fer pour le commerce desquels il y aura un article à part, sont néanmoins du même corps.
La Mercerie en gros se fait par un grand nombre de Marchands qui ont des Boutiques et Magasins rue saint Denis, depuis la rue des Lombards jusqu’à la rue du petit Lion[2], entre lesquels Mrs Maillet aux trois Maillets[3], le Bray à la Gibecière, Bioche au Cheval d’or, Choisy à la Lune, Deplanc à la Boëte d’or, Nique au Cheval noir, Regnault aux trois Agneaux, Milochin, Sauvage, Marcadé[4], etc., ont un grand assortiment de Mercerie pour les Détailleurs.
[2] Liger, dans son Voyageur fidèle, p. 359, donne la même indication.
[3] Son article est plus détaillé dans l’édit. de 1691, p. 21 : « les marchandises qui conviennent aux savoyards et colporteurs ambulans, se vendent chez le S. Maillet, rue S. Denis, près le Sépulcre, à l’enseigne des Trois-Maillets. »
[4] « Rue Saint-Denis, à la Rose-Blanche. » Édit. 1691, p. 21. Deux lignes plus loin, il est encore question de lui : « le même M. Marcadé et Messieurs Bellavoine, rue Saint-Denis, et Villaine, rue Bourlabé, envoyent toutes sortes de marchandises de bijouteries dans les pays estrangers. » Marcadé et Bellavoine étoient, comme nous l’avons prouvé dans notre Notice sur lui, des proches parents du poëte Regnard. C’est sans doute avec l’un d’eux qu’il commença ses voyages, dont le premier, qu’il fit de très-bonne heure, ne fut pas moins que jusqu’à Constantinople. Gelée, dont le nom viendra un peu plus loin, et qui, on le verra, faisoit le commerce des marchandises d’Outre-Mer, étoit aussi de sa famille. Monteil possédoit et a souvent cité l’inventaire d’un Bellavoine, sans doute père de celui qui figure ici. L’acte est de 1667.
M. du Moutier rue de la Chanverrie à la Ville d’Hambourg, tient magasin de toutes sortes de Rubans.
Autant en font Mrs le Clerc rue saint Denis aux Balances, et le Roy au Chevalier du Guet.
Il y a un grand magasin d’Evantailles chez M. Lambert derriere saint Leu et saint Gilles, où se fournissent la plus grande part des Détailleurs[5].
[5] « Les magasins d’éventails sont derrière Saint-Leu et Saint-Gilles, au Grand-Navire, et en différents endroits de la rue Saint-Denis et de la rue du Petit-Lion. » Édit. de 1691, p. 26.
M. le Leu rue du petit Lion, fait le même commerce[6].
[6] Les éventaillistes faisoient dans le corps des merciers une communauté à part, de même que les tablettiers, avec lesquels ils eurent même, en juin 1701, un procès assez vif pour une affaire de privilége.
Mrs Gelée au Chevalier du Guet, et Guillery[7] rue de la Tabletterie, tiennent magasin de diverses marchandises d’outremer.
[7] Nous le retrouverons plus loin au chap. des « [Marchandises des gantiers et parfumeurs.] »
Pour les Curiositez et Bijouteries qui sont commercées par divers Marchands du même corps, il faut recourir à l’article de ces sortes de Marchandises.
Les Bijouteries communes pour les Savoyards, Colporteurs[8] et autres, sont commercées par Madame la veuve Lagny au Cloître saint Jean de Latran.
[8] Presque tous étoient du Dauphiné ou de la Savoie. On les y appeloit bizordi, et chez nous bisouart, à cause de leurs habits de grosse étoffe bise.
Les Marchands de Soyes qui vendent en gros et en détail, sont au quartier de la rue saint Denis et de la rue Briboucher[9], par exemple, Mrs Vince[10], du Courroy, etc.
[9] Le peuple prononçoit et prononce encore ainsi le nom de la rue Aubry-le-Boucher.
[10] C’est le même que nous avons vu tout-à-l’heure appelé De Vins au chapitre des [Étoffes].
Le Sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits Miroirs pour les Colporteurs[11].
[11] Le Temple, comme l’enclos de Saint-Jean de Latran, étant lieu de franchise, les magasins où les colporteurs venoient s’y fournir, pouvoient vendre à meilleur compte que partout ailleurs.
Les Coffres et Miroirs d’écaille tortue[12] se fabriquent rue saint Denis joignant le Coq croissant[13].
[12] Lisez « de tortue », correction des plus simples, et que Liger, copiste de ce volume, n’a cependant pas faite pour le sien. A la page 360 du Voyageur fidèle, il répète la faute.
[13] Le commerce des miroirs étoit alors le plus en vogue. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, nous en donne la raison : « les rubans, dit-il, les miroirs et les dentelles sont trois choses sans lesquelles les françois ne peuvent pas vivre » ; et un peu plus loin : « ceux qui ne sont pas françois ne peuvent souffrir que les hommes se peignent publiquement dans la rue, et que les dames portent toujours un petit miroir à la main. »
Les Joyaux d’Orfeverie au tour, qui se vendent, par les Merciers du Palais, sont très proprement fabriquez par le Sieur Gorin, rue saint Louis de la Cité[14].
[14] « Rue Saint-Louis, quartier du Palais. » Édit. de 1691, p. 22.
Pour les autres ouvrages d’Orfeverie, de Pierreries et de Perles, qui se vendent par les Merciers Jouailliers, voyez l’article qui en traite.
Mademoiselle Richard près l’Echelle du Temple[15], fait et vend des Ecrans d’une beauté singulière.
[15] L’ancienne échelle patibulaire, marque de la haute justice des Templiers. Elle étoit placée au coin des rues du Temple et des Vieilles-Haudriettes. Quelques étourdis de la noblesse du Marais l’avoient brûlée un soir d’hiver, en 1649, ce qui avoit inspiré à Blot une amusante complainte qu’on peut lire dans le Recueil Maurepas, et dont l’air fut long-temps célèbre.
David Laurent et David l’Escuyer qui apportent des Marchandises de Diepe[16], logent à Paris, rue Bourlabé au Lion d’or.
[16] C’est-à-dire toutes sortes d’objets d’ivoire et de corne sculptés, ou faits au tour : « Dieppe, dit Piganiol, est peut-être le lieu du monde où l’on travaille le mieux l’ivoire et la corne. On y fait des ouvrages d’une délicatesse étonnante, et il n’y a guère de gens plus adroits à manier le tour que les Dieppois. » Nouveau Voyage de France, t. II, p. 332.
Les Sieurs Gaudet, le Clerc et du Val rue d’Arnetal[17], vendent en gros les Rubans étroits qu’on nomme nompareilles[18].
[17] Aujourd’hui la rue Grenetat, dont le nom n’est peut-être qu’une altération de celui-ci.
[18] « Sorte de petit ruban fort étroit », dit en effet Richelet. On en bordoit les galons ou galants :
Le beau galant de neige avec sa nompareille
que le Gros René du Dépit amoureux rend à Marinette, s’explique ainsi.
Les Jouailliers forains de saint Claude[19] logent rue Bourlabé au Lion d’argent.
[19] Ces joailliers de Saint-Claude, dans le Jura, venoient vendre à Paris les menus objets de buis fabriqués dans leurs montagnes : « les ouvrages de buis, dit Hesseln, sont le principal commerce de Saint-Claude. On y travaille fort bien en ce genre. » (Dict. univ. de la France, t. VI, p. 45.) — Aujourd’hui la « joaillerie de Saint-Claude » se vend et se fabrique aussi : rue Saint-Martin, rue Folie-Méricourt, rue Turbigo, etc.
Les Jouailleries enfantines pour les Foires[20], se font et se vendent chez les Sieurs Prevost rue saint Martin devant la rue aux Ours, et Favre, rue saint Denis devant les Filles Dieu.
[20] On appeloit ainsi ces petits ménages d’enfants faits d’étain commun ou de plomb, et aussi quelquefois d’argent. On sait combien la petite Françoise d’Aubigné, élevée à la prison de Niort, regardoit avec envie le ménage d’argent de la fille de son geôlier.
La veuve Caré même rue, et la veuve Poisson à la Pierre au lait[21], font commerce de cette sorte de Marchandises, et vendent d’ailleurs toutes les sortes de Boetes d’Allemagne peintes et en blanc, de Caffé et autres.
[21] Elle est seule nommée dans l’édit. précédente, p. 21 : « la veuve Poisson, marchande à la Pierre au Lait, tient magasin de toutes sortes de boëttes d’Allemagne, de sapin et de bois blanc, peintes et non peintes. » On en fait encore de pareilles dans la Forêt-Noire et à Spa.
Il y a un magasin de Jartieres de soye rue d’Arnetal au Signe de la Croix[22].
[22] La renommée des jarretières de Paris étoit encore la même soixante ans après, lorsque Voltaire écrivoit à Madame de Fontaine, le 26 janvier 1758 : « Madame Denis a cru qu’on ne pouvoit avoir une jarretière bien faite sans la faire venir de Paris, à grands frais. »
Les bonnes Epingles et les fines Eguilles se vendent rue de la Huchette à l’Y[23], et près la Croix du Tiroir à la Coupe d’or.
[23] C’est là, en effet, que se vendoient les « aiguilles de Paris », dont Gros René, « avec tant de fanfare », donna un demi-cent à Marinette. Cette maison de l’Y existe encore, avec la fameuse lettre figurée en fer au milieu des balcons du premier étage. C’étoit une enseigne en rébus, comme il y en avoit tant : « les grègues, ou culottes à la grecque, dit Aimé Martin, dans une note sur la Fable 15 du livre III de La Fontaine, s’attachoient avec un nœud de ruban nommé un lie-grègue, qui a longtemps servi d’enseigne aux merciers, avec cette légende-rébus : à l’Y. » Plusieurs marchands avoient pris cette enseigne, entre autres un marchand d’épingles du Petit-Pont, dont la boutique fut brûlée par l’incendie de 1718, mais c’est le mercier de la rue de la Huchette qui la rendit le plus célèbre, il est parlé de sa boutique et de sa marchandise dans l’introuvable petit poëme scarronnesque du chevalier de Loutaud, Plaidoyez d’Ajax et d’Ulysse… 1653, in-12, p. 28 :
J’avois aiguilles de Paris
De l’Y grec dedans la Huchette,
Où j’en fais toujours mon emplette.
V. sur la maison où se trouve cette boutique célèbre l’abbé Le Beuf, édit. Cocheris, t. III, p. 61.
Le Sieur Langlois rue saint Sauveur au Fer à cheval, fait des Buscs et Bois d’Evantails[24] d’une grande propreté[25].
[24] « Les buscs et bois d’éventail curieux. » Édit. de 1691, p. 23.
[25] Les buscs, si nécessaires pour les hauts et roides corsages que les femmes portoient alors, se façonnoient en ivoire ou en bois. Mme de Villedieu en a fait le sujet d’une galanterie assez leste, imprimée à la suite de son poëme le plus rare, le Carousel de Monseigneur le Dauphin. 1672, in-12, p. 14 :
Qu’il est heureux de tous costez
Le joly bois que vous portez, etc.
Les Marchands qui font les Garnitures de Rubans, et qui vendent les Coiffes, Fichus et autres Ajustemens des femmes, ont pour la pluspart leurs boutiques au Palais, et quelques uns devant saint Mederic, rue saint Antoine[26], et ailleurs.
[26] Les broderies du faubourg Saint-Antoine étoient déjà célèbres en 1660. (Variétés hist. et litt., t. I, p. 240.)
Pour les Gands, voyez l’article des Gantiers Parfumeurs.
Pour le Papier, l’Encre, la Cire d’Espagne, les Ecritoires, etc., voyez l’article des Papetiers, Cartonniers, etc.
Pour les Masques et Ornemens de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus-Plaisirs.
Entre les Quincailliers-Grossiers qui fournissent les Détailleurs, sont Mrs Bioche au Cheval d’or, Gabeüil au bon Pasteur, Moreau à la Teste d’or[27], et Menedrieux au saint Esprit rue saint Denis.
[27] « Marceau et Nedrigan, rue Saint-Denis. » Édit. de 1691, p. 23. A la suite, on lit encore : « Il y a aussi un magasin de quincaillerie rue des Deux-Boules, chez un charon. »
Il y a d’ailleurs plusieurs boutiques et magasins bien fournis de Quincailleries[28] à l’entrée du quay de la Mégisserie[29].
[28] « Qui font ensemble le gros et le détail. » Édit. de 1691, p. 23.
[29] Dans la partie qui s’appeloit plus spécialement quai de la Ferraille, non-seulement à cause de ces quincailliers, mais parce qu’il étoit encombré de petits marchands qui, sur le pavé même, y étaloient leurs ferrailles. Ils y restèrent jusqu’à l’époque du premier Empire. Piis résuma dans ce distique l’arrêté de police qui les fit déguerpir :
Enjoignons aux vieux ferailleurs
De vendre leur vieux fer ailleurs.
MARCHANDISES DE PAPETIERS,
CARTIERS ET CARTONNIERS.
Entre les Marchands Papetiers qui font en gros le commerce de Papiers et qui ont de grands magasins, sont, Mrs du Puis rue saint Jacques, Godart et Cousin rue des deux Boules, Melun Cloitre saint Jacques de la Boucherie, Nourry rue des trois Mores[1], etc.
[1] Cette rue peu connue alloit de la rue Trousse-Vache à celle des Lombards. Elle devoit son nom à l’enseigne d’un cabaret où M. de Roquelaure mena un soir Henri IV. (Histor. de Tallemant, édit. P. Paris, t. IV, p. 14 et 16.)
M. Beaumont Cartier du Roy, demeure près la place des Victoires[2], et M. Mathas[3] Cartier de Monsieur, près S. Roch.
[2] « Les sieurs Beaumont, rue Neuve-des-Petits-Champs, et Langlade, rue Platrière, font encore de très-bonnes cartes à jouer. » Édit. de 1691, p. 60. — Sauval, t. I, p. 109, parle de cet Anglade ou Langlade, à propos de la rue du quartier Saint-Roch, à laquelle on croyoit qu’il avoit donné son nom : « Jean Anglade, dit-il, maître cartier à Paris, qui met pour devise sur l’enveloppe de ses cartes :
Jean Anglade je me nomme,
Et vous prie de jouer et n’offenser personne. »
Les fabriques de cartes étoient moins importantes à Paris qu’à Rouen, où toute l’Europe et l’Amérique s’en fournissoient. (Archives curieuses, 2e série, t. XII, p. 230.) A la suite de la révocation de l’Édit, les cartiers rouennais, la plupart protestants, ayant émigré, leur industrie baissa beaucoup. (Segraisiana, p. 40-41.) Il resta ceux de Paris, et ceux de Thiers en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. Montaigne, en 1588, visita la fabrique de Palmier, qui l’emportoit sur tous les autres. (V. son Voyage, édition in-12, t. II, p. 598.)
[3] Avant l’art. de Beaumont et Langlade, on trouve dans l’édit. précédente : « le sieur Ouynel, cartier du Roi, demeure près des Bâtons-Royaux. » Ensuite vient Mathan, et non Mathas, comme ici.
M. de la Bourde rue Bourlabé, vend les Cartons dorez pour les Reliquaires, et Mrs Culambourgt rue d’Escosse, Boissiere rue de Versailles[4], la Ruelle rue saint Victor, vendent celuy qui sert aux Relieurs, et d’autres pour differens usages.
[4] L’adresse de ces deux derniers est indiquée dans l’édit. de 1691 : « près le Puits-Certain », qui étoit, en effet, situé à peu de distance de la rue d’Écosse et de la rue de Versailles.
Le même la Ruelle fait grand commerce de Boetes de Carte[5], et d’Estuis de Manchons et de Chapeaux.
[5] C’est ce que nous appelons « cartons de bureau ». La préfecture de police, avant l’incendie de 1871, en possédoit de très-anciens, ceux entre autres qui contenoient les pièces du procès de Cartouche. Ils avoient été vendus par les papetiers des environs du Palais : Picard, à la Vertu ; Gorgeret, à la Grande Vertu. Quand Guyot prit l’enseigne : à la Petite Vertu, ce fut par concurrence à celles-ci, qui n’étoient, au reste, qu’un rébus, comme l’Y de tout-à-l’heure. La Vertu s’y figuroit pour un V voyelle, c’est-à-dire un U, peint en vert.
Les Ecritoires de corne sont fabriquées en gros par les Marchands rue Betizy et rue des deux Boules à l’Empereur, sur le quay neuf à la Renommée, et rue saint Denis au grand Charlemagne[6].
[6] Cet article est différent dans l’édit. de 1691, p. 22 : « les écritoires de corne sont fabriquez par les sieurs Langlois frères, rue Bourlabé. » Ces sortes d’encriers, en usage encore dans notre enfance, servoient surtout aux écoliers. J.-J. Rousseau n’en eut cependant jamais d’autres. L’abbé de Tersan possédoit celui dont il se servoit à la fin de sa vie. Les écritoires à la mode étoient toujours « façon d’ébène », comme du temps de Loret, t. I, p. 244.
Les Dames Futeau, Gamet, Morand, la Bussière et quelques autres[7] qui logent aux environs de saint Hilaire, achetent et vendent toutes sortes de vieux Papiers et Parchemins.
[7] Toutes ces femmes, d’après l’édit. précédente, p. 60, formoient, à ce qu’il paroît, une sorte de Société. Quelques lignes plus loin que leur article s’en trouve un, qui complète celui qui le précède ici. Les mêmes marchands de la rue Bétizy, de la rue des Deux-Boules, etc., y sont indiqués pour la vente en gros, aux marchands, de la cire d’Espagne. On l’appeloit aussi « cire des Indes », suivant l’histoire des Drogues par Pomet, liv. VII. Son nom de cire, soi-disant importée d’Espagne, où, par parenthèse, on ne s’en servoit pas, paroît lui être venu de ce que le premier livre qui en ait parlé étoit d’un Espagnol. C’est le Traité sur les aromates et les simples publié en 1563 par Garcias de Orta.
A la Reigle d’or, place aux Chats près saint Innocent, on trouve un grand assortiment de Papiers reiglez pour la Musique[8].
[8] Plusieurs manuscrits de musique à la Bibliothèque du Conservatoire portent l’adresse de « La Reigle d’or ».
A l’Image saint François, rue saint André du coté du pont saint Michel, il y a un Papetier renommé pour la bonne Encre[9], pour les Canifs fins et pour les Plumes taillées.
[9] On trouve la recette de « cette bonne encre », que le père de Mme Dacier avoit soigneusement transcrite, dans les Mélanges de la Société des Bibliophiles, 1850, in-18, p. 342. Nous ignorons le nom de son inventeur et l’époque de l’invention, mais peut-être étoit-ce la même que « l’encre nouvelle », dont la marchande qui en faisoit commerce « sur le pont », figure, en 1622, parmi les commères des Caquets de l’accouchée. V. notre édit., p. 60.
OUVRAGES ET COMMERCE
DE BONNETIERS.
Le Bureau des Marchands Bonnetiers, Bastiers, etc., est au Cloitre saint Jacques de la Boucherie.
Les Maîtres et Gardes en charge des Marchands Bonnetiers sont Messieurs Besnard rue saint Denis, Jeson le jeune au coin du Marché neuf, Lory et Courcelle à la Halle, et Vaze rue saint Denis.
Entre les Marchands Bonnetiers qui tiennent magasin et font commerce en gros, sont lesdits Sieurs Besnard, Lory et Vaze, et encore Mrs Chastelain Chevalier du Guet, Mignot rue de la Savonnerie, de la Croix et le Comte, rue S. Denis, Banche sous les Pilliers des Halles.
Entre les Marchands Bonnetiers tenans boutiques, qui font un fort grand détail, sont Mrs Perdrigeon aux quatre Vents près saint Denis de la Chartre[1], Naü à la Place Royale près la Croix du Tiroir, du Four aux quatre Vents à petit Pont[2], de Lorme rue saint Antoine, et le Roux au Cerf volant Pont Notre Dame.
[1] Il est célèbre depuis les Précieuses ridicules, scène X, où Mascarille demandant à Madelon : « le ruban est-il bien choisi ? » Madelon lui répond : « Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur. » Loret se sert de la même expression dans sa Gazette du 3 février 1663. Il figure comme le plus fameux vendeur de rubans dans la Révolte des passements. (V. nos Variétés, t. I, p. 235.) — En 1692, il est encore nommé dans la farce italienne d’Arlequin-Phaéton, acte II, sc. V, et mis bien au-dessus des médiocres marchands. Dans le Procès-verbal de visites pour les marchandises de luxe, en 1700, nous trouvons, p. 65, un Jean Perdrigeon, qui doit être ou lui, ou son fils. En 1711, cette fameuse boutique existoit encore, avec le nom qui en avoit fait la chalandise. Le Cabinet des Médailles possède un jeton de mercier, qui porte cette date, avec le nom de J. Perdrigeon.
[2] Variante de l’édit. précédente : « à la Place-Royale, près la Croix du Tiroir, et aux Quatre-Vents, au bout du pont Notre-Dame, il y a de gros magasins de bas de soie, de laine, de cotton, etc. » A la suite : « les bas de toile se font par des chaussetiers, près la porte Dauphine. » — Nous lisons dans le Menagiana, t. III, p. 99, une amusante anecdote sur le bonnetier des Quatre-Vents, et un docteur : « M. Peaucelier, y est-il dit, du collége des Cholets, achetoit une paire de bas aux Quatre-Vents. Le marchand lui en donna de plusieurs sortes, qu’il ne trouva pas à sa fantaisie. Ils n’étoient pas assez forts, ni assez épais. Donnez-m’en, dit-il, qui soient de matière continue, et non pas de matière discrète. Le tour d’expression est d’un véritable docteur. »
Il y a au Fauxbourg saint Marcel un grand nombre d’Ouvriers pour les Bas drapez.
Il se fait aussi des Bas drapez[3] de Laine de Cigovie[4] et de diverses autres sortes de Laine et de Soye, chez plusieurs Manufacturiers du Fauxbourg saint Antoine[5], de la Cour du Palais, Porte saint Marcel, saint Victor, saint Denis, saint Martin, et Fauxbourg saint Germain, qui travaillent au metier dont les Jurez sont Mrs Martin à la Villeneuve, Tonnelier rue Darnetal, Largilliere[6] même rue, Vaudin rue…
[3] On appeloit « bas drapés » ceux dont on épaississoit la laine, en la tirant légèrement avec le chardon à bonnetier.
[4] Ségovie. Les meilleures laines pour les draps fins se tirèrent longtemps de cette ville d’Espagne.
[5] Le 9 janvier 1683, par arrêt du Conseil d’État, permission avoit été donnée au sieur Corrozet d’établir, au faubourg Saint-Antoine, vingt métiers « pour faire travailler en bas et autres ouvrages de soie au métier ». Il étoit neveu de Hindret, qui, en 1656, avoit fondé une manufacture pareille au château de Madrid.
[6] Il étoit parent du célèbre peintre, qui n’avoit, du reste, dans sa famille toute parisienne, que des passementiers, des boutonniers, des chapeliers. V. Jal, Dict. crit. à son nom.
Leur Bureau est rue des Canettes ; ceux qui en font le plus grand commerce en gros et en détail sont Mrs Mirebeau, Guyart, et Josse Cour neuve du Palais, et Boucher Fauxbourg saint Marcel.
MARCHANDISES DES GANTIERS
ET PARFUMEURS.
Il y a près les Peres de l’Oratoire rue saint Honoré, et dans la rue de l’Arbre sec, des Marchands qui vendent des Gands de Rome[1], de Grenoble[2], de Blois[3], d’Eslan, de Chamois et diverses autres sortes de la meilleure fabrique.
[1] On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, « connoisseur en matière de gants », faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi : « Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout. » Le 18 octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la signora Maddalena, « femme fameuse pour les parfums ».
[2] Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup étendue : « les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans son Dict. des Arts et Métiers, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et d’Espagne. » Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable, comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui s’entrelacent sur ce revers.
[3] Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que ceux de Grenoble et de Paris, « à l’angloise », dit l’abbé Jaubert, car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent : « l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et l’Angleterre, pour le coudre. » C’est la souplesse des gants espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé : « souple comme un gant d’Espagne. » (Francion, 1663, in-12, p. 63.) Il étoit de mode, sous Louis XIII, « de présenter aux dames après la collation des bassins de gants d’Espagne ». Tallemant, Édit. P. Paris, t. IV, p. 209.
Il y a d’ailleurs des Marchands Gantiers en divers quartiers de Paris qui sont bien assortis, par exemple, Mrs Remy devant saint Mederic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf, Arsan près l’Abbaye S. Germain, Richard rue S. Denis au petit S. Jean renommé pour les Gands de Cuir de Poules[4], et Richard rue Galande au Grand Roy qui fait grand commerce de Gands de Daim et façon de Daim.
[4] On appeloit « cuir de poule » l’épiderme de la peau du chevreau. Il falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme si curieux publié en 1588, Le Gan de Jean Godard, reproduit dans nos Variétés, t. V, p. 180-181 :
Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,
Qui sont si délicats que bien souventes fois
L’ouvrier les enferme en des coques de noix ;
On en parle aussi tant que leur ville gantière
Reçoit presque de là sa renommée entière.
Mesdames de France rue de la Limace, et Charpy quay des Orfèvres, tiennent magasins de Gands de Rome, de Grenoble et de Blois.
Les Parfumeurs qui font grand commerce de Poudre[5] et de Savonnettes[6], sont au bout du Pont saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix, au bout du Pont au Change, à l’entrée de la rue de Gesvres et rue Bourlabé près la Trinité.
[5] La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue depuis Louis XIII. La plus célèbre, « la poudre à la maréchale », datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des femmes curieuses que nous avons vues plus haut : « le nom de poudre à la maréchalle, lisons-nous dans l’avertissement du Parfumeur françois, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont se divertissoit à la faire. »
[6] C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées : « les meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne). » (Richelet, Dictionnaire.) — On en trouve la recette dans le Nouveau Recueil des Secrets et Curiositez de l’académicien Lemery, p. 133.
Le Sieur Bailly rue du petit Lion près la rue Pavée, vend des Savonnettes legères qu’il dit être de crême de savon, et meilleures que les Savonnettes ordinaires.
Le Sieur Adam Courier du Cabinet du Roy pour l’Italie, apporte souvent des Essences de Rome, de Gennes, et de Nice[7] ; il demeure chez M. Crevon Marchand devant la barrière saint Honoré[8].
[7] « Ces essences, ajoute Liger (Voyageur fidèle, p. 376), sont bien plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus estimées. » On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage, au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la tête. (Journal de la Santé, p. 284.) Plus jeune, il veilloit lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui : « le plus grand des monarques, dit l’avertissement du Parfumeur françois, s’est plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne. »
[8] C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.
M. Guilleri rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable Eau de Cordouë[9].
[9] Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût apothicaire comme il étoit géographe.
L’Eau de Fleurs d’Oranges et les Essences pour les cheveux et pour le Tabac[10], sont apportées et commercées par les Provençaux au cul de sac saint Germain l’Auxerrois[11].
[10] « Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac des Provençaux, etc. » Édit. de 1691, p. 32. — Pour les cheveux ou perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée ; et, pour le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que Lémery indique dans son Nouv. Recueil des Curiositez, p. 122.
[11] C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud, « marchand parfumeur », en faisoit là un très-grand commerce. On a son adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des Terreaux, avoit pris pour enseigne : « au Jardin de Provence ». On a son portrait gravé avec cette indication.
On trouve en détail de bonne Eau de Fleur d’Oranges à l’Orangerie rue de l’Arbre sec, et à la Devise Royale, sur le quay de Nesle près la rue de Guenegaud.
On vend au même lieu les fines Essences pour les Tabacs, les Eaux odoriférantes d’Anges[12] et de Mille fleurs[13], les Cassolettes philosophiques, le Lait d’Amarante qui parfume les chambres sans blesser les vaporeux, les Essences d’ambre, de musc, etc.
[12] Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la gomme odorante, appelée Benjoin, l’iris et les clous de girofle étoient la base.
[13] C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin Defougerais — le Défonandrès de Molière. — Plus tard, on en tira une sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare, publiée à Lyon, en 1706 : Traité de l’Eau de Mille fleurs.
Le Sieur Joubert[14] qui demeure au Soulier d’or, rue des vieilles Estuves près la Croix du Tiroir, est un Colporteur qui donne à très grand marché des sortes de Poudres et de Savonnettes communes.
[14] Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui étoit célèbre pour sa « pommade au pot-pourri ». Papillon a gravé son adresse.