OUVRAGES DE VITRIERS.
Les Vitriers entrepreneurs des Batimens du Roy, entreprennent aussi les ouvrages des particuliers.
M. Pougeois l’un desd. Entrepreneurs qui demeure vieille rue du Temple, fait grand commerce de Verre blanc pour les tableaux et estampes.
Entre les autres Maitres Vitriers qui font de fortes entreprises, sont Messieurs Cornu rue Dauphine, Abraham rue de l’Echarpe, Taboureux place du Collége Mazarini, etc.
Le Verre commun de Lorraine[1] arrive au fauxbourg saint Antoine[2] et au Renard rue saint Denis.
[1] Il se couloit dans les Vosges, où s’étoient réfugiés un certain nombre des gentilshommes verriers qui, par édits royaux, ne dérogeoient pas de leur noblesse en s’occupant de cette industrie. Beaucoup d’ouvriers des grandes verreries lorraines de Baccarat descendent de ces gentilshommes verriers.
[2] « Près l’abbaye. » Édit. 1691, p. 39.
Le prix des ouvrages de Vitrerie[3] est pour
[3] Les prix en cela, comme en tout, varioient beaucoup, mais plutôt pour augmenter que pour diminuer. C’est ce qui fait dire par Liger, en 1715, dans le Voyageur fidèle, p. 409 : « Je ne parle pas des prix, parce qu’il est impossible de les fixer, étant sujets à changer selon les années ; c’est ce que tout le monde n’a que trop remarqué depuis peu, à son grand désavantage. »
Le Panneau neuf de Verre de France posé en place, le pied carré 6 s.
Le Panneau mis en plomb[4] neuf et posé en place, le pied carré 4 s.
[4] L’usage des panneaux de plomb, pour les vitres, duroit encore, comme on voit. Celui des châssis de bois commençoit toutefois à se propager de plus en plus, surtout dans les palais et les hôtels. (V. Savot, Architecture, chap. Verre.)
Le Panneau relavé et mis en place, vaut 1 s. 6 d.
Le Pied de patron pour les panneaux 1 s.
Les carreaux de verre blanc d’un pied en carré ou environ[5], valent depuis cette grandeur en dessous 15 sols le pied.
[5] C’étaient les carreaux de vitre les plus grands qu’on fît alors.
Et au dessus d’un pied en carré 20 à 25 sols le pied.
Le carreau de Verre de France d’un pied en carré colé avec papier[6], vaut 7 sols, et en place 8 sols.
[6] On n’assujettissoit pas encore les vitres autrement : quelques pointes pour les tenir et une bande de papier collée sur chaque côté suffisoient. C’est encore le seul procédé qu’indique, en 1735, Savary dans son Dictionnaire du Commerce, art. Vitrerie. L’abbé Jaubert est le premier, Diction. des arts et métiers, 1773, in-12, t. IV, p. 421, qui parle du mastic, sans dire que l’emploi en fût encore très répandu : « On peut aussi, dit-il, sans employer ni pointes, ni papier, fixer le carreau de verre avec du lut composé de craie et d’huile de lin cuite. On forme, avec ce lut que les vitriers appellent mastic, un petit bourrelet que l’on met autour du carreau et que l’on aplatit ensuite avec le doigt. »
Les Lanternes ordinaires 3 livres la pièce.
Les Lanternes mises en plomb neuf[7] 2 livres.
[7] Les lanternes dont on éclairoit Paris, depuis leur établissement en 1666, étoient ainsi à petits vitrages de plomb, et par conséquent d’une clarté fort entrecoupée. Le 17 nov. 1770, des lettres patentes, pour la communauté des vitriers chargés de leur fabrication, permettoient qu’on les fît encore sur cet ancien modèle. Il fallut l’invention des réverbères, par Rabiqueau, pour les faire disparoître.
Les Lanternes netoyées 10 sols.
Les Verges de vitres[8] 1 sol 6 deniers le pied.
[8] Elles se clouoient par les deux bouts aux châssis de bois, et au milieu elles s’attachoient aux panneaux des vitres avec des liens ou attaches de plomb.
Un carreau de verre de quatorze à quinze pouces de haut sur dix à onze pouces de large, vaut 7 sols 6 deniers collé avec papier, et en plomb 8 s. 6 d.
Un carreau relavé et mis en place grand et petit 6 d.
Un carreau de papier fin huilé, grand ou petit un sol, ou neuf deniers suivant sa grandeur.
Calfeutrage de carreaux des croisées, la pièce 6 d.
OUVRAGES ET MARCHANDISES
DE MIROITIERS.
Outre la Manufacture des Glaces façon de Venise établie depuis longtemps au fauxbourg saint Antoine[1], on vient d’en établir une autre rue de l’Université allant au Pré aux Clercs, où l’on fabrique des Glaces d’une grandeur si extraordinaire qu’on y en trouve d’environ sept pieds de haut[2].
[1] Cette manufacture des glaces étoit rue de Reuilly, au coin du faubourg. On ne les y fabriquoit pas. Elles venoient toutes fondues de Tourlaville, près de Cherbourg, ou de St-Gobain ; on les y polissoit seulement par un procédé qu’avoit plus ou moins inventé le poëte Du Fresny, et dont il eut quelque temps le privilége exclusif. Le besoin d’argent le lui fit vendre à la société qui régissoit la manufacture. « La manufacture de glaces de la porte Saint-Antoine, dit Lister, Voyage à Paris, chap. V, mérite bien d’être vue, mais je regrettai que pour économiser sur le prix du bois on eût transporté la fonderie à Cherbourg en Normandie… On y emploie journellement six cents hommes, et on espère bientôt avoir de l’ouvrage pour mille. A l’étage inférieur, on passe les glaces brutes au grès pulvérisé… Dans les étages supérieurs, où l’on donne le poli et la dernière main, les ouvriers sont disposés sur trois rangs, deux hommes pour chaque glace qu’ils passent à la sanguine détrempée dans de l’eau. On les met ensuite dans de la potée blanche sur des tables de pierre. » — Quant aux glaces de sept pieds de haut, dont parle ici Blegny, Lister n’en dément pas la dimension : « J’ai vu, dit-il, toute étamée et achevée, une glace de quatre-vingt-huit pouces sur quarante-huit, et d’un quart seulement d’épaisseur. »
[2] Cette manufacture des glaces de la rue de l’Université ne dut pas réussir, quoi qu’en dise Blegny. Nous n’en trouvons trace nulle part. Liger, qui le copie, pour presque tout le reste, n’en dit mot, dans son Voyageur fidèle, de 1715, où il n’oublie pas la manufacture de la rue de Reuilly. C’est à elle qu’il fait honneur des glaces « d’une grandeur extraordinaire, et, ajoute-t-il, à prix assez raisonnable ». Lister s’étonne aussi du bon marché des glaces, après avoir admiré le procédé de fabrication auquel ce bon marché étoit dû : « On y a gagné, dit-il, d’avoir les glaces à si bas prix qu’il n’est pas jusqu’à toutes les voitures de remise, et la plupart des fiacres, qui par devant ne soient fermées d’une grande glace. »
M. le Duc et ses associez se trouvent ordinairement en leur Bureau au même lieu, où ils font débiter leurs Glaces à un prix fort modeste.
M. Fressoy Marchand Miroitier, tient magasin de Glaces façonnées joignant la manufacture du fauxbourg saint Antoine.
Il y a d’ailleurs un semblable magasin au bout de la rue Dauphine, qui a d’ailleurs une entrée rue Contrescarpe[3].
[3] « Les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et de laiton dorés et argentés, ont leur boutique rue Dauphine et rue de la Verrerie. » Édit. 1691, p. 36.
On trouve des Glaces de Venise chez M. le Tellier et chez plusieurs autres Miroitiers du Pont Notre Dame[4] et encore chez Madame la Roüe rue saint Denis près la fontaine des Innocens, qui vend d’ailleurs des lustres et girandoles de cristal[5].
[4] Les marchands de miroirs étoient, en effet, en grand nombre sur le Pont Notre-Dame. Lorsque Louis XIV vint à Paris, après sa grande maladie de 1686, les miroitiers du Pont par lequel il devoit passer en allant du Palais à l’Hôtel de Ville crurent ne pouvoir faire mieux que d’étaler sur son passage leurs plus éclatantes marchandises. Un poète assez inconnu, nommé Viguier, fit à ce sujet quelques vers, dont voici les derniers. Il s’adresse au Roi, en lui parlant de Paris :
Et comme tu devois ne lui donner qu’un jour,
Par une invention digne de son amour,
Il fit de ses miroirs un pompeux étalage,
Pour multiplier ton image.
Dans l’Édit. de 1691, il est parlé, p. 36, des miroitiers, non du Pont Notre-Dame, mais des alentours : « les plus fameux miroitiers sont aux environs du Pont Notre-Dame. »
[5] « Le sieur Vergne, rue Saint-Denis, près la fontaine Saint-Innocent, tient magasins de lustres et girandoles de cristal. » Édit. 1691, p. 36. C’étoit un des grands luxes du temps : « Je connois, dit l’abbé de La Varenne, un simple particulier, qui a pour un million de tableaux, de lustres et de girandoles, de porcelaines, de glaces, de bronzes, de cabinets de la Chine. » Amusements de l’Amitié… Recueil de lettres écrites vers la fin du règne de Louis XIV, 2e édit., 1741, in-12, p. 306.
Le Sieur Lafond rue sainte Marguerite du fauxbourg saint Antoine, met toutes sortes de Glaces au teint pour les Marchands, et racommode pour les particuliers les miroirs et glaces des chambres qui sont gatées[6].
[6] L’usage de mettre des glaces au-dessus des cheminées commençoit. Il étoit dû à Hardouin Mansard et en portoit le nom. Voy. à la Biblioth. Nat. aux Estampes Hd. 22, cheminées nouvelles à la Mansarde. On les appeloit aussi à la Royale et à la Françoise. Dans l’Architecture à la mode de Mariette, se trouvent six pièces de P. Lepautre : Portes cochères des plus belles maisons de Paris ; cheminées à la Royale, à grand miroir et tablettes. On a aussi de Daniel Marot : Nouvelles cheminées à panneaux de glace, à la manière de France. On peut consulter encore le Livre de cheminées et le Nouveau Livre de cheminées de H. Bonnard.
On trouve au Soleil et à la Couronne d’or sur le quay de l’Orloge, des lunettes d’aproches et communes d’Angleterre et de Paris, des microscopes, des visières, et généralement toutes les sortes de verres préparez pour l’optique avec toute la justesse qu’on peut désirer.
Les Glaces du fauxbourg saint Antoine se vendent de quatorze pouces de haut 10 livres, de seize pouces 12 livres, de dix sept pouces 14 livres, de dix neuf pouces 20 livres, de vingt pouces 24 livres, de vingt deux pouces 30 livres, de vingt quatre pouces 33 livres, de vingt sept pouces 55 livres, de vingt huit pouces 60 livres, de vingt neuf pouces 65 livres, de trente pouces 80 livres, de trente six pouces 180 livres, de trente sept pouces 225 livres, de quarante pouces 425 livres.
Les lustres de cristal[7] sont louez[8] et raccommodez par une veuve rue Betizy, près l’Hotel de Beauvais, et par une autre à l’aport de Paris près le Veau qui tètte[9].
[7] « Les chandeliers, lustres et girandoles de cristal. » Édit. précéd., p. 36.
[8] Liger, p. 368-369, parle ainsi de ces lustres en location : « On en loue aussi pour servir d’ornement dans les églises, aux fêtes solennelles et dans plusieurs spectacles qu’on donne au public, ce qui fait le plus bel effet du monde. »
[9] C’est le fameux cabaret, devenu plus tard restaurant, qui n’a disparu que de nos jours, dans les derniers remaniements et agrandissements de la Place du Châtelet. (V. nos Chroniques et légendes des rues de Paris, p. 151.)
PEINTURES, SCULPTURES ET DORURES
POUR LES ORNEMENS ET DÉCORATIONS DES APPARTEMENS, BOUTIQUES, ETC.
Les Jurez en titre d’office des Maitres Peintres, Sculpteurs et Doreurs sont Messieurs Maçon rue du Verbois, Béton près le Palais Royal, Rosé rue des fossez saint Germain et de la Porte à petit Pont[1].
[1] On ne parloit jamais autrement pour dire « sur le Petit-Pont », qui, on le sait, étoit alors chargé de maisons, chacune avec sa boutique.
La Chambre où les Maitres Peintres et Sculpteurs font leurs assemblées, est présentement rue de la Verrerie.
Les Peintres et Sculpteurs qui travaillent pour le Roi, donnent aussi quelque fois leur temps pour des ouvrages particuliers lorsqu’ils sont considérables.
Entre les Peintres renommez dans le public pour les Ornemens et Décorations, on estime Messieurs le Moyne le Lorrain aux Galeries du Louvre[2], le Moyne de Paris[3], cul de sac saint Sauveur, etc.
[2] G. Brice, dans sa 3e édition (1701), t. I, p. 76, nous le montre aussi parmi les artistes logés aux galeries : « Excellent peintre d’ornement, dit-il, dont les ouvrages ont beaucoup d’approbation. »
[3] Jean Le Moyne, qui dans le Ms. de Marinier figure parmi les décorateurs employés à Versailles. L’Académie de peinture, qui l’avoit fait son décorateur en 1681, le reçut cinq ans après. Il mourut à soixante-quinze ans, le 3 avril 1703.
Entre les Peintres renommez pour feindre le marbre, on compte Messieurs Binois près saint Innocent, Valencé rue du Petit Lion, etc.[4]
[4] Blegny devroit parler ici des peintres de l’Académie de Saint-Luc. Liger, p. 313, y supplée : « Il est, dit-il, un autre genre de peintres du dernier ordre, qu’on nomme communément barbouilleurs, et qu’on trouve lorsqu’on en a besoin dans la rue du Haut-Moulin, où est leur chapelle. On les y voit tous les dimanches et les fêtes au sortir de la messe. » V. aussi l’abbé de Fontenay, Dict. des Artistes, t. I, p. 3.
Entre les fameux Sculpteurs pour les bas reliefs et figures moulées en plâtre, on distingue Messieurs Cassegrain près la porte saint Martin, François[5] rue du Temple, Bertrand[6] rue Michel le Comte, de Caen rue de Grenelle saint Germain, etc.
[5] Il a été parlé de lui plus haut.
[6] Philippe Bertrand, né à Paris en 1664, selon d’Argenville, reçu de l’Académie en 1700, mort en 1724. Le Christ en plomb de la Samaritaine, du Pont-Neuf, étoit de lui.
Entre les Sculpteurs renommez pour les belles bordures[7], on choisit Messieurs le Grand rue des Jeuneurs, Renauda[8] rue du petit Lion, la Lande rue saint Martin, et Vilaine rue neuve saint Mederic qui fait aussi des meubles dorez.
[7] Cadres de bois sculpté pour les portraits ou « les glaces de miroir », comme dit Richelet.
[8] Lisez Renaudin ou Renaudain. C’étoit un parent de celui qui logeoit aux galeries du Louvre, et dont il a été parlé plus haut, p. [100].
M. des Oziers Doreur qui travaille pour le Roy[9], entreprend aussi pour le public de grands ouvrages.
[9] Il a déjà été parlé de lui, p. [90]. Il logeoit à Versailles.
Les bons tableaux sont netoyez[10] et revernis en perfection par les Sieurs Vilaine à l’adresse cy-dessus, de la Pierre quay des Orfevres, et la veuve Lange rue saint André des Arcs.
[10] Ce mot sous cette forme n’étoit pas généralement employé. Richelet dans son Dictionnaire écrit : « Netteier, nettoyer. L’un et l’autre se dit, mais le grand usage est pour netteier, car pour nettoyer il ne se dit guère que par les poëtes, encore y sont-ils obligés par la tirannie de la rime. »
Les prix ordinaires du marbre brute et façonné, et des autres ouvrages et fournitures des Peintres, Sculpteurs et Doreurs sont pour,
Le pied cube de marbre noir brute 7 l.
Et pour le Marbre jaspé brute, le pied cube 15 l.
Mais quand un bloc de Marbre est de douze pieds et au dessus, le pied cube se paye depuis 18 jusqu’à 25 livres.
Le pied de parement vaut 2 l.
Le pied de Chambranle en bois d’ornemens simples 3 l.
A Ornemens moyens 4 l.
A ornemens riches 6 l.
Une figure de pierre de saint Leu grande comme nature, vaut 75 liv.
Une pareille figure faite par un habile homme et bien finie vaut au moins 300 l.
Une figure de dix pieds de haut 200 l.
Une pareille figure faite et bien finie par un habile homme 550 livres.
Les Trophées en pierre de saint Leu de six pieds[11] de haut sur huit à neuf pieds de large et isolées valent 150 liv.
[11] Ces trophées étoient un des ornements les plus à la mode sur les façades ou sur le bord des toits des palais et des hôtels : « On fait, disoit alors Richelet dans son Dictionnaire, des trophées en architecture qui représentent les véritables trophées d’armes. »
Les Vases de même pierre et de cinq pieds de haut 30 liv.
Les chapiteaux, pilastres ioniques de même pierre pour façon seulement travaillez en place bien proprement et de cinq pieds de large 24 liv.
Les chapiteaux, colomnes de même pierre et même ordre, dont le vif[12] engagé d’un tiers dans le mur, valent 50 livres.
[12] Le vif de la colonne, c’est-à-dire « le fût ».
Les chapiteaux colomnes isolez de même ordre et pierre 75 l.
Les chapiteaux pilastres, corinthes[13] et composites de cinq pieds de face façonnez en même pierre et en place 60 l.
[13] C’est le mot dont se servoient les ouvriers pour dire « corinthien », qui pourtant étoit déjà depuis longtemps en usage. Il se trouve dans Montaigne, et on lit dans la Psyché de La Fontaine :
Le Dorique sans fard, l’élégant Ionique,
Et le Corinthien superbe et magnifique.
Les mêmes ornemens bien finis par d’excellens ouvriers 120 l.
Les chapiteaux colomnes, même ordre, pierre et grandeur, dont le vif engagé d’un tiers dans le mur 100 liv.
Et par de bons ouvriers, bien finis 200 liv.
Les chapiteaux colomnes isolez même ordre, pierre et grandeur 150 liv.
Et aux conditions précédentes 260 liv.
Les Consolles[14] simples de 5 pieds de haut aux mêmes conditions, mais bien travaillées 8 livres.
[14] « La console », mot employé dans le Théâtre d’Agriculture d’Olivier de Serre avec le sens de soutien, qui « consolide », se prenoit alors presque exclusivement pour désigner, comme le fait Richelet, « un membre d’architecture, placé aux deux côtés de la porte ionique pour soutenir la corniche mise au dessus ». Elles servoient aussi, selon Félibien, à porter des figures, des bustes, des vases, etc.
Celles plus chargées d’ornemens, 11 livres plus ou moins à proportion de l’ouvrage.
Les Masques façonnez sur les clefs des portes d’entrées[15] en même Pierre de saint Leu 30 liv.
[15] « Les masques, aux clefs des arcades », comme il est dit dans les livres d’architecture du temps, étoient un des ornements les plus en faveur pour les façades des hôtels. Ceux qui se voient sur la fameuse maison de Lulli, au coin de la rue des Petits-Champs et de la rue Sainte-Anne, en sont un des premiers et des plus curieux spécimens. « Quelques-uns, dit Félibien, p. 650, nomment mascarons de gros masques faits de sculpture. »
Mais étant faits par un bon ouvrier et bien finis valent depuis 45 jusqu’à 60 livres et plus.
Il est difficile de mettre les prix justes aux ouvrages de Sculpture et Peinture, particulierement aux Tableaux et Statües ; c’est suivant les Maitres qui y sont employez que le prix doit estre reglé, parce que c’est la beauté qui en regle la valeur ; ainsi les curieux qui voudront avoir du beau de l’un des deux Arts, doivent s’informer des bons Maitres, qui ne laissent rien sortir de leurs mains que de bien fini.
Les bas reliefs de plâtre, placez en cheminées bien finis et de moyenne grandeur valent 8 liv.
Le pied courant d’ornemens en plâtre 2 liv.
Un buste en plâtre grand comme nature 6 liv.
Une figure de ronde bosse, même figure et grandeur pour poser sur un pied d’estail[16] depuis 36 jusqu’à 40 livres.
[16] C’est une des premières formes du mot. Richelet la donne comme étant employée en même temps que celle de « piédestal », et ne dit pas quelle est celle qu’il faut préférer. On avait dit auparavant « pied d’estrait ». V. Biblioth. de l’École des chartes, 4e série, t. III, p. 63.
On trouve un grand assortiment de beaux Moulles chez M. Cassegrain à l’adresse ci devant donnée. La beauté des Moules fait l’excellence des figures sans en augmenter le prix.
L’Or sculpé[17] couvert, vaut le pied carré deux livres cinq sols, l’Or bruni[18] deux livres dix sols, l’Or bruni sculpé trois livres quinze sols, l’Or bretelé[19] trois livres, l’Or repassé uni deux livres, l’Or repassé sculpé deux livres dix sols, l’Or uni à découvert deux livres cinq sols, l’Or sculpé à découvert deux livres quinze sols, la Mosaïque trois livres.
[17] Pour « sculpté », c’est-à-dire appliqué sur des sculptures.
[18] C’est-à-dire « éclairci, poli » avec le brunissoir.
[19] En croisillons ou en filets.
L’impression[20] en huile de jaune de couleur de bois de luth[21] à deux couches, quatre livres quinze sols la travée ayant six toises de superficie qui montent à deux cens seize pieds.
[20] Ce mot, dans le langage des vernisseurs et doreurs, se prenoit pour couche : « Les Chinois, lisons-nous dans le Diction. des arts et métiers de l’abbé Jaubert, t. IV, p. 361, n’emploient jamais leur vernis sur le bois qu’auparavant ils n’aient mis une couche ou impression, comme font les peintres, avant de peindre. »
[21] C’est-à-dire veiné comme le bois d’un luth, et de la même nuance.
L’impression deux couches de blanc de ceruse avec huile de noix, sept livres la travée.
L’impression à deux couches de jaune et de blanc en détrempe, deux livres cinq sols la travée.
La toise carrée de bois veiné en huile, deux livres dix sols, et en détrempe une livre dix sols.
Les ornemens de cheminées marbrez et jaspez[22] en huile par un bon œuvrier, reduits à la travée, trente six livres, et en ouvrage commun, vingt quatre livres.
[22] Ces imitations du jaspe par la peinture étoient déjà connues du temps d’Henri IV. D’Aubigné, dans son Histoire universelle, t. II, ch. 104, parle de piédestaux « qui estoient peints comme de jaspe. »
Le même ouvrage en détrempe par un bon œuvrier, trente livres, et en commun ouvrage, vingt livres.
Le vermillon et la laque valent trois livres le pied.
Le brun rouge vingt sols la toise.
Le nettoyement et le rechampissage[23], deux livres dix sols la toise.
[23] Il consiste à couvrir, avec une infusion de blanc de céruse, les couleurs qui se sont répandues sur le fond d’un ouvrage, pour le rendre aussi net qu’il doit l’être.
Le Verny, même prix.
L’Impression pour les berceaux peints en vert de montagne avec une couche de blanc de ceruse, et deux couches de vert sur échallas espacez de six pouces, trente cinq sols la toise[24].
[24] Il n’y avoit pas de plus piètre besogne pour les peintres de l’Académie de Saint-Luc. Liger en parle ainsi : « D’autres ne sont propres que pour les treillages, blanchir les murs, et donner quelque couleur en plein à des portes ou autres pièces de menuiserie. »
Les Couleurs et les Pinceaux pour la Mignature, se vendent rue d’Arnetal.
Les Couleurs et Pinceaux ordinaires, se vendent aux environs de l’Aport de Paris chez plusieurs Epiciers et Broyeurs[25].
[25] « Le verre blanc pour les mignatures et autres tableaux se vend chez un vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la Vierge, et chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin de la rue de Bercy. » Édit. 1691, p. 30.