SCENE QUATRIESME.

L'INFANTE seule.

Que ferons nous, mon coeur, ce Prince est bien aymable,
Rodrigue l'est aussi, mais il est moins traictable:
Et s'il est à mes yeux adorable & charmant,
Il me traitte en vainqueur, & non pas en Amant:
Spherante est plus courtois, & d'humeur moins hautaine,
Laissons cherir au Cid son ingratte Chimene,
Et puisque l'amour seul est le prix de l'amour,
Accordons ce salaire à qui nous fait la cour.
Mais que dis-je insensee? & quelle erreur extreme,
Me rend en un moment differente à moy-mesme,
Cét agreable objet, qui regne dans mon sein,
Peut-il bien me permettre un si lasche dessein,
Non, je ne puis changer, Rodrigue me possede,
J'estime toutesfois le Prince de Tolede,
Sa grace me ravit, & malgré son vainqueur,
Je sens bien maintenant qu'il partage mon coeur,
Que ferons nous Amour en ce fascheux dedale?
Dois-je en quittant Rodrigue obliger ma Rivale?
Non ne le quittons point, mais suivons sans effort,
Ce qu'en ordonneront & mon frere & le sort,