SCENE SIXIESME.
LE ROY. D. SANCHE. SPHER. L'AMBASS.
LE ROY, continuë parlant à l'Ambass.
He bien vous cognoissez le sujet qui l'arreste,
Et la captivité qui suivit sa deffaite?
Voila son traittement, il vous monstre ses fers,
Et vous jugez par eux des maux qu'il a souffers.
L'AMBASSADEUR.
Ouy grand Roy je cognois la douce violence,
Qui ravit nostre Prince aux lieux de sa naissance;
Et qui fait aujourd'huy dans cét heureux sejour,
D'un prisonnier de guerre un prisonnier d'amour,
Que je seray ravy de porter la nouvelle,
D'une captivité si charmante & si belle;
Et que nostre Monarque estimera l'honneur,
Que ce Prince reçoit en ce rare bon-heur.
D. SANCHE.
C'est ainsi que le Roy traitte un noble courage,
Quand la faveur de Mars luy donne l'advantage,
C'est ainsi qu'il triomphe et qu'il gagne les coeurs,
L'AMBASSADEUR.
Si l'on avoit tousjours de semblables vainqueurs,
Le destin aux vaincus seroit si favorable,
Que celuy des vainqueurs seroit moins desirable.
SPHERANTE.
Mendosse tu le voids apres ce traittement,
Si je crains mon retour, n'est-ce pas justement?
Mais que dis-je tu void? tu ne vois rien encore,
Puis que tu ne vois pas la beauté que j'adore;
Mais bons Dieux la voicy,