DIOCLETIAN.

C'est orgueilleux peut estre,
À peine de fleschir & de se reconnoistre.
Et d'autant que vos voeux ne sont pas achevez,
Vous dites avoir faict plus que vous ne devez.
Il est vray qu'on fait trop pour un esprit coupable,
Alors qu'il ne veut pas se rendre raisonnable,
Et qu'au mesme moment qu'il refuse à ceder,
Une extréme rigueur le doit persuader:
Mais quoy que vos raisons combattans ce rebelle,
N'ayent pas rendu son coeur plus humble ou plus fidelle,
Je ne veux point pourtant vous desrober le prix
Que nous devons aux soins que vous en avez pris,
Comme vous, Anthenor, Luciane, Aristide,
Ont fait de vains efforts aupres de ce perfide,
Et j'ay rendu pourtant leur sort si glorieux
Qu'ils ne se plaindront pas ny de moy ny des Dieux.

ARISTIDE.

Non, Seigneur, le haut rang où nous met ta puissance
Tesmoigne ta grandeur & ta magnificence,
Et nous serions ingrats envers les Dieux & toy
Si nous manquions jamais ou de zele ou de foy:
Ouy, commande, Cesar, nous suivrons ton envie,
Fallust-il mille fois exposer nostre vie,
Et chercher au plus fort des plus aspres combas
Parmy tes ennemis un glorieux trespas.
Admire avecque nous, admire Pamphilie,
Les adorables noeuds dont l'Empereur nous lie,
Son Espargne est pour nous prodigue de presens,
Nous sommes honorez parmi ses Courtisans,
Et par une bonté qu'à peine je puis croire
Nous passons du neant au faiste de la gloire.