DIOCLETIAN.
Je l'advoue avec toy, cette estrange adventure
Auroit esté sensible à l'ame la plus dure,
Et le coeur d'un barbare en cette occasion,
Eust eu tes sentimens, & ta compassion,
Mais oublie, Aquillin, une pitié si tendre,
Dont pour quelques sujets tu n'as pu te deffendre,
Et reserve ta voix, tes souspirs, & tes pleurs,
À plaindre desormais l'excez de mes malheurs,
Ouy, ouy garde à mon sort ta pitié toute entiere,
Elle ne peut avoir de plus ample matiere.
Puis que ceux que le ciel void d'un oeil rigoureux
Peuvent au prix de moy se reputer heureux.
Ouy, malgré mes grandeurs & les pompes de Rome,
Je connois, Aquillin, enfin que je suis homme,
Mais homme abandonné, mais un homme odieux,
Mais un homme l'horreur des hommes & des Dieux.