PAMPHILIE.

Quel forfaict, desloyal? ô Dieux quelle impudence!
Il est la vertu mesme; & la mesme innocence,
Il n'a jamais manqué ny d'amour ny de foy,
Il n'a jamais trahy ny l'Empereur ny moy,
Il ne parla jamais en faveur du Baptesme,
Sa bouche n'a jamais proferé de blasphéme,
Des crimes, justes Dieux! il n'en a point commis,
Et vous avez grand tort d'estre ses ennemis:
Insolent, est-ce ainsi que tu veux qu'on te flatte?

GENEST.

Non, non, que contre moy vostre courroux esclatte,
Et s'il ne suffit pas pour vous vanger assez,
Joignez y l'Empereur & vos Dieux offencez,
Mais quand vous me traittez de traistre & de parjure,
Je ne sçaurois souffrir l'une ny l'autre injure,
Veu qu'icy malgré vous les cieux me sont tesmoins,
Que jamais mon amour ne les merita moins,
Il est vray qu'autrefois je meritois ce blame,
Quand pour flatter vos yeux je trahissois vostre ame,
Et portois vos esprits à des impressions,
Qui n'estoient en effect que des illusions,
Ouy, je vous trahissois, quand mon ame aveuglée,
Ne concevoit pour vous qu'une ardeur dereglée,
Et subornant mon coeur par d'injustes desirs,
Vous aymoit beaucoup moins que ses propres plaisirs,
Mais, Madame, aujourd'huy que ma flame est plus pure,
Que le feu n'est là haut au lieu de sa nature,
Qu'un veritable amour me porte à vous cherir,
Jusqu'à vouloir pour vous tout quitter & mourir;
Me pouvez vous sans tort appeller infidele,
Traistre, parjure, ingrat, inconstant, & rebelle?