PAMPHILIE.

Quels noms penses tu donc qu'on te doive donner,
Quand on te void tout fuir, & tout abandonner?
Quand pressé des vapeurs de ta melancolie,
Pour des illusions tu quittes Pamphilie?
Quand tu pers tout respect? quand tu changes de loy?
Quand tu trahis tes Dieux, & ton Prince, & ta foy?

GENEST.

Ha! que la trahison est innocente & belle!
Et la fidelité blamable & criminelle,
Quand leur effect regarde un Tyran, & des Dieux,
Qui n'ont rien que d'horrible & de pernicieux,
Qu'il est doux de sortir d'un joug si detestable,
Pour entrer soubs les loix d'un Monarque adorable
Qui tient dedans les Cieux son Palais & sa Cour;
Et qui n'est que douceur, que justice, & qu'amour.
Ha! si vous connoissiez, ma chere Pamphilie,
La nuit où vostre erreur vous tient ensevelie,
Et si par le secours de cét astre charmant,
Dont l'esclat m'a tiré de mon aveuglement,
Vous pouviez recevoir un rayon de la grace,
Qui met dedans mon coeur une si noble audace
Qu'au prix de vostre sort vous beniriez le mien,
Que vous estimeriez le bonheur d'un Chrestien?
Et que pour en porter les glorieuses marques,
Vous feriez peu d'estat de celles des Monarques.
C'est par ce beau moyen que je veux en ce jour,
Vous témoigner, Madame, un veritable amour,
Et vous faire advouer que je ne fus volage,
Qu'affin de vous cherir à present davantage,
Seigneur, si ta bonté daigne escouter mes voeux,
Accorde à Pamphilie.