II
O toi qu'un regard touche
Laisse descendre de ta bouche
Un langage délicieux.
O Rose entr'ouvre tes corolles,
Et tes parfums et tes paroles
Nous feront respirer les Cieux.
Quelle plume pourrait rendre dignement le triomphe de Marie entrant au Ciel. Nous en avons une belle et sensible figure dans l'arche-d'alliance; cette arche sainte et figurée qui renfermait les tables de la loi, faite d'un bois incorruptible, et revêtue d'or très pur. David la fit transporter dans la ville de Jérusalem entourée des prêtres, des lévites, de tout le peuple, faisant résonner l'air de leurs musiques, de leurs chants d'allégresse, de leurs acclamations de joie. Nous en avons encore une autre figure dans la magnificence avec laquelle la reine de Saba vint visiter Salomon. Il est dit qu'elle arriva à Jérusalem, au milieu d'un nombreux cortège avec des richesses infinies en pierres précieuses et parfums. Marie aussi n'est-elle pas entrée au Ciel, entourée du brillant cortège des anges et chargée de richesses infinies, c'est-à-dire du trésor inestimable de ses vertus.
«Qu'est-ce qui pourra jamais déclarer les merveilles de l'Assomption de Marie? car autant elle a reçu de grâces sur la terre au-dessus de toutes les créatures, autant elle a reçu dans le Ciel de gloire particulière au-dessus de tout ce qu'il y a de créé.»
Ne peut-on appliquer à Marie ces magnifiques louanges du Cantique des Cantiques. «Qui est celle-ci qui s'élève, répandant partout des parfums de myrrhe, d'encens, de cinname et de toutes sortes de senteurs exquises»; ces parfums, ne sont-ce pas ceux de son âme: son humilité, sa modestie, sa dévotion, sa ferveur, sa persévérance, sa miséricorde?
«Quelle est celle-ci qui voit germer sous ses pieds des étoiles?
«Quelle est celle qui s'avance comme l'aurore qui commence à poindre, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille.»
Dans cette comparaison nous voyons l'éclat de sa pureté, l'éminence de sa science et de sa sagesse, la grandeur de son amour pour Dieu, et l'ardeur de son zèle pour le salut des âmes, qui la rend redoutable à toutes les puissances du monde et de l'enfer.
«Qui est celle-ci qui monte du désert toute comblée de délices et appuyée sur son Bien-Aimé?» Il nous explique par là sa parfaite ressemblance avec son fils et les douceurs ineffables de leur union.
Dans les livres saints et en suivant l'interprétation des docteurs de l'Église, ce doux nom de Marie est comparé à l'huile répandue, parce que, de même que l'huile adoucit les plaies et guérit les blessures du corps, de même le nom si doux de Marie guérit les plaies de l'âme, adoucit les angoisses du cœur, calme toutes les tristesses de l'existence.
Plusieurs filles ont amassé de grandes richesses, ô Marie, mais vous les avez toutes surpassées parce que vous avez été humble et cachée comme un jardin fermé, comme une fontaine scellée. Vous serez appelée la cité de Dieu, la Sainte Sion, la Jérusalem céleste, la Reine du Ciel et de la terre. Votre demeure est dans la plénitude des Saints et comme s'écriait un éloquent prédicateur, ne trouvant plus d'expressions pour peindre vos vertus surhumaines: «À vous seule, vous résumez tout le Paradis!»
Le catholicisme, ami des pompes religieuses, de tout ce qui charme les yeux et touche le cœur, a consacré à Marie le mois de mai, ce gracieux mois de mai que fleurit le printemps.
C'est dans le plus beau règne de la nature, dans le règne brillant et embaumé des fleurs, que l'on a trouvé ses emblèmes.
C'est pourquoi les jeunes filles ornent avec joie ses autels et courent en foule à ses fêtes. Elles recherchent son amour, racontent sa gloire et chantent son nom si doux.
Marie! quel nom suave et délicieux. Ne renferme-t-il pas l'anagramme du doux mot aimer?
Doux est le murmure du ruisseau, traversant la prairie.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la plainte de la vague harmonieuse, bercée par le zéphir.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est l'accord de la lyre éolienne, à travers le feuillage.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la rosée du Ciel qui se répand sur la terre et fait naître la fleur.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est le parfum du lis immaculé et de l'humble violette.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est l'exquise senteur de la rose de Jéricho.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la plainte de la brise, caressant le palmier verdoyant de
Cadès.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce et immaculée est la cime des neiges éternelles.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est au fond des bois les gazouillements de l'oiseau.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au cerf altéré l'onde claire de la source.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est le chant de la colombe gémissant au bord de son nid.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce, était aux Israélites, la Manne du désert!
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est aux lèvres altérées le fruit de la vigne.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Doux est au prisonnier le rayon de soleil éclairant son cachot.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au cœur du marin l'étoile qui le guide sur la mer orageuse.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la voix de la femme égrainant les notes perlées de son gosier d'or.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est la contemplation du ciel semé d'astres lumineux.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est au cœur de la mère la voix de l'enfant qui l'appelle.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est l'espérance, au cœur du voyageur dans le désert.
Plus doux est ton nom, ô Marie!
Douce est à l'âme l'extase que fait naître ton amour.
Aussi doux est ton nom, ô Marie!
Marie, ô nom divin, étoile du Pécheur.
Rose du paradis, baume plein de fraîcheur,
Qui parfume le monde et qui révèle aux âmes,
La femme la plus sainte entre toutes les femmes!