III

«Marie, dit sainte Brigitte[12], est la fleur des fleurs. Cette fleur incomparable qui était éclose à Nazareth, couvrit le Liban de ses grâces et de ses parfums. Elle s'est élevée au-dessus de toute hauteur, parce que la Reine du Ciel surpasse en dignité, en pouvoir et en beauté toutes les créatures.»

«Marie, dit encore Auguste Nicolas, est la fleur de grâce de toute la création. C'est en cette fleur virginale qu'a pris naissance le Fruit divin. Sans elle, le Fils de Dieu et le genre humain ne se rencontraient pas, et toute l'économie du plan divin était rompue.»

Marie a su inspirer tous les arts: les musiciens et les poètes ont accordé leurs lyres, l'éloquence et l'architecture y ont puisé leurs meilleures inspirations, les sculpteurs ont transformé la pierre et le marbre, le peintre, emporté sur l'aile de son génie est arrivé au faîte des plus admirables conceptions.

«Poètes, peintres et sculpteurs, s'écrie un pieux écrivain, Marie est pour nous le bel idéal de la virginité, de la maternité, le bel idéal de la femme, le type parfait et divin de la beauté créée.» C'est elle que Raphaël et Michel Ange, Fra Angelico, Titien et tant d'autres ont méditée et contemplée avec le génie de la foi; artistes modernes, prenez aussi vos palettes, vos ciseaux et vos lyres en l'honneur de la Mère de Dieu, l'étude de sa beauté a inspiré dans le passé bien des chefs-d'œuvre et doit en inspirer encore jusqu'à la consommation des siècles. Ce sujet est inépuisable.

HYMNE À LA VIERGE

Oui, pour toi, divine Merveille
Qui nous donna le Créateur,
La terre joyeuse et vermeille
S'éveille et chante en ton honneur:

Le lis superbe des vallées
Dans son éclatante blancheur,
L'eau claire des sources voilées
Cachant dans l'herbe sa fraîcheur,

La rose entrouvrant ses corolles,
Le soleil brillant dans l'air pur,
Le flot berçant nefs et gondoles
Mollement, sur son sein d'azur,

L'oiseau dans son tendre ramage
Chantant un hymne au Créateur,
La brise ondulant le feuillage.
Cueillant les parfums de la fleur;

La fraîche oasis qui se cache
Dans les déserts mystérieux;
L'éclair perçant qui se détache
Lançant ses traits capricieux,

Le Ciel, dans ses nuits les plus belles,
Roulant des milliers d'univers
Qui reflètent leurs étincelles
Aux centuples miroirs des mers;

L'hiver, au long manteau d'hermine
Pressant le sol entre ses bras,
L'ornant de la dentelle fine
De son givre et de ses frimas;

Le printemps accordant sa lyre,
Habillant la fleur, l'arbrisseau,
Partout envoyant son sourire
Pour saluer le renouveau;

Secouant sa blanche fourrure,
La terre prenant à la fois,
Et sa verdoyante ceinture,
Et sa couronne de grands bois;

L'été, la campagne féconde,
Ouvrant l'écrin de son trésor,
Semant sur sa tunique blonde,
Bluets coquets et boutons d'or;

L'automne apportant ses corbeilles
Riches de fleurs, de fruits dorés,
De pampres aux grappes vermeilles,
De feuillage aux reflets pourprés;

Les merveilles de la nature,
Œuvre de la divinité
Ne sont qu'une faible peinture
De ton adorable beauté!

O Marie, ô reine divine,
Devant l'éclat de tes grandeurs
Si la terre humblement s'incline
Pleins d'espoir s'élèvent les cœurs

Car ta bonté plus grande encore
Toujours présente à notre appel,
Sait, dans les âmes, faire éclore
Les roses des jardins du ciel;

L'humilité, la patience
La Foi, l'Espoir, la Charité:
Voilà, dans leur sublime essence,
Les fleurs de l'immortalité!

O toi qui comptes sur la terre
Les pleurs qui tombent de nos yeux;
Vierge, sois toujours notre mère,
Ouvre-nous la porte des Cieux.

Qu'à l'heure suprême, notre âme,
Entrant dans l'immortalité
Près de toi, comme un trait de flamme,
S'envole pour l'Éternité!

[1: Saint Vincent Ferrier, donnant une mission à Rennes, fit élever sur la place principale un trône à la sainte Vierge autour duquel il convoquait, chaque jour, tous les enfants de la cité. Après des chants et des prières adressés par ces petits anges de la terre à la Reine du Ciel en faveur des pauvres pécheurs, il les renvoyait comme autant d'apôtres, à la conquête des âmes de leurs parents. L'histoire rapporte que, de tous les habitants de la ville, pas un ne résista à la grâce, obtenue, sans doute, en grande partie, par la prière des enfants.]

[2: Aujourd'hui les comptoirs de pâtisserie de Vannes sont aussi propres qu'élégants et les gâteaux excellents.]

[3: Depuis que ces lignes ont été écrites, cette fontaine, composée aujourd'hui de trois magnifiques bassins, est devenue monumentale.

Ces trois vasques, avec toutes les pierres qui forment la base du monument, ont été détachées d'un même bloc de granit trouvé isolé dans un repli de terrain, sur la lande de Sainte-Anne. C'est un granit bleu, veiné de blanc comme du marbre, et d'une dureté extraordinaire.

Chaque vasque a près de deux mètres de diamètre et le poids total dépasse 7000 kilog. Elles ont été travaillées sur place, dans la carrière qui se trouve à un quart de lieue de la basilique. Aussi l'embarras a-t-il été grand lorsqu'il a fallu les transporter jusqu'à la fontaine.

Un camion qu'on avait fait venir ad hoc a cédé sous le poids, et s'est trouvé hors de service dès le premier effort. On a chargé ensuite la première vasque sur un second camion beaucoup plus solide. Mais, quand il s'est agi d'ébranler la masse, les sept chevaux attelés ont pu la remuer à peine. Alors sont arrivés les élèves du Petit Séminaire. On attache de longs câbles au lourd chariot, et 200 jeunes gens, s'alignant le long des cordes, entraînent la masse sans effort et comme en se jouant.

Les trois vasques sont ainsi traînées tour à tour hors de la carrière, et les élèves ont voulu les amener eux-mêmes jusqu'à la fontaine miraculeuse, les uns faisant cortège, les autres attelés en grappes aux câbles immenses, tous rythmant leur marche sur le chant des cantiques.

C'était une entrée vraiment triomphale.]

[4: En voici la preuve:

Un facteur rural, faisant en moyenne 30 kilomètres par jour, accordons-lui un jour de repos par mois et huit jours de congé par an, marche donc pendant 345 jours.

Ce qui fait, à 30 kilomètres par jour, 10.350 kilomètres par an. Or, le grand cercle de la terre étant de 40.000 kilomètres, il en résulte que le pauvre piéton a fait en quatre ans, avec toutes ses charges, un peu plus que le tour de la terre.

Faire le tour de la terre à pied pour moins de 3000 fr., ce n'est pas cher!]

[5: Il y a malheureusement dans la philatélie une ivraie nouvelle poussant parmi le bon grain. Signe incontestable de succès! À côté des marchands en boutique, sont sortis de terre des courtiers marrons qui vendent de faux timbres. Ceux-là n'ont pas de domicile légal. Ils trompent sciemment la naïveté publique et, détail bien français, alors que dans les autres pays, les tribunaux les châtient lorsque leur escroquerie est surprise en flagrant délit, la loi française se déclare impuissante à exercer contre eux la moindre poursuite.

En Angleterre, en Allemagne, un monsieur qui vous vendrait un timbre faux pour un timbre authentique serait condamné, comme s'il s'agissait d'un tableau faussement attribué à un peintre qui n'en serait nullement l'auteur. En France, le parquet se refuse à instruire. Cet escroc n'a pas commis de délit, il a simplement mis dedans son client. Il paraît que la loi française ne dit pas que mettre dedans son client constitue une escroquerie. Elle a bien tort.]

[6: Ces trois bergers devaient représenter auprès du Messie les trois rois descendus des trois fils de Noé. Ils sont honorés comme saints sous les noms de Jacob, Isaac et Joseph. Jusqu'au milieu du IXe siècle, leurs corps reposèrent dans l'église que sainte Hélène avait fait construire sur l'emplacement même de la tour d'Ader. Mais à ce moment l'église tombait en ruines et leurs précieuses reliques furent transférées à Jérusalem et y restèrent jusqu'en 960.

À cette époque, un chevalier espagnol les obtint et les rapporta dans son pays. Depuis lors, elles sont vénérées à l'église Saint-Pierre et Saint-Ferdinand, dans la ville de Ledesma.

Perpétuée d'âge en âge par les monuments écrits ou sculptés, la tradition des trois bergers ressuscite, pour ainsi dire, chaque année dans Rome la ville par excellence des traditions. Au commencement de l'Avent, les pifferari ou bergers de la Sabine descendent de leurs montagnes et viennent, dans leur pauvre mais pittoresque costume de bergers italiens, annoncer dans la Ville Éternelle, au son d'une musique champêtre, la prochaine naissance de l'Enfant de Bethléem. Quoiqu'en nombre considérable, ils marchent toujours trois de compagnie, jamais plus: un vieillard, un homme fait, un adolescent qui représentent les trois races humaines et les trois âges de la vie.]

[7: Le docteur Sepp qui au lieu d'isoler la vie de Jésus-Christ, comme on le fait trop souvent, la rattache ou plutôt démontre qu'elle tient à l'histoire de l'univers, qu'elle a laissé des traces ineffaçables dans le ciel et sur la terre, le docteur Sepp donne sur la nature de l'étoile des Mages l'explication scientifique d'après Kléber et les meilleurs astronomes des temps modernes.]

[8: Une légende raconte que l'étoile merveilleuse qui guida les Mages reparaît dans sa course à travers l'infini tous les 800 ans.

En 1604, les astronomes observèrent la conjonction des trois planètes Saturne, Jupiter et Mars. Une nouvelle étoile apparut tout-à-coup entre Mars et Saturne au pied du Serpentaire. Cette étoile avait la grandeur des étoiles fixes, presque, celle de Saturne, de Jupiter ou de Mars. Elle brillait d'un feu extraordinaire et semblait inonder le Ciel d'une lumière colorée. Cette conjonction présentait un magnifique spectacle: aucun astre ne donnait un éclat pareil à celui de ces deux planètes, si rapprochées l'une de l'autre que leurs lumières paraissaient n'en faire qu'une. Leur conjonction s'était faite l'an 1603, dans le signe des Poissons, dans le trigone de l'eau. Puis quand elle passa dans le trigone de feu du Bélier; au printemps suivant, Mars approcha à son tour, puis le Soleil, Mercure et Vénus, et au mois de septembre, ce nouveau corps lumineux avait acquis un éclat vraiment incomparable. Il brillait comme une étoile de première classe avec les trois planètes Saturne, Jupiter et Mars.

Saturne et Jupiter mettant 794 ans, 4 mois et 12 jours à parcourir le zodiaque, ces conjonctions dans le trigone de feu ont donc lieu à peu près tous les huit cents ans. Six périodes de huit cents ans se sont ainsi écoulées depuis la création de l'homme; ce sont comme six jours climatériques de l'humanité. Il n'en reste plus qu'un à parcourir.

Le premier jour, d'Adam à Enoch (3200 ans avant J.-C.); le second, d'Enoch au déluge (2490 ans avant J.-C.); le troisième jour, du déluge à Moïse (1600 avant J.-C.); le quatrième, de Moïse à l'ère des Grecs, des Babyloniens, des Romains au temps d'Isaïe (800 ans avant J.-C.); le cinquième jour s'étend de Jésus-Christ à Charlemagne (808 ans après J.-C.); le sixième, pendant lequel a vécu Kepler, qui a observé la conjonction de 1604, de Charlemagne à la prétendue Réforme (1600 après J.-C.); le septième jour, qui est le nôtre, finit en 2400 après J.-C.

Dieu mit six jours ou six périodes à l'œuvre de la création et le 7e jour il se reposa. L'homme vivra aussi 7 époques ou 7 jours climatériques après quoi il se reposera à son tour dans l'éternité.»]

[9: On tombait mort en éternuant; de là ces paroles: Dieu vous bénisse, c'est-à-dire, Dieu vous garde.]

[10: Aujourd'hui la magistrature, les facultés, l'armée, les fonctionnaires de tout ordre n'ont plus le droit d'assister en corps aux processions du culte catholique; c'est à peine s'ils peuvent les suivre comme simples particuliers.]

[11: Archives Nationales, F. I. C., Seine, 1793.]

[12: On sait qu'au Ve siècle sainte Brigitte eut l'idée de composer un chapelet de dix dizaines d'Ave Maria, reliées entre elles par le Credo. Ce chapelet, à la portée de tout le monde, était destiné à remplacer le chapelet qu'au IVe siècle saint Grégoire de Nazianze avait eu l'idée d'offrir à la Vierge; c'était une couronne de fleurs mystiques, composée de prières savantes, extraites des Pères de l'Église, mais un peu trop savantes pour le peuple.

Il y a différents chapelets, par exemple le chapelet apostolique, c'est-à-dire le chapelet du Pape qui n'a qu'une dizaine. Le chapelet le plus répandu est celui de saint Dominique composé de cinq dizaines d'Ave Maria, précédée chacune du Pater et suivie du Gloria. La récitation de trois de ces chapelets forme ce qu'on est convenu d'appeler le rosaire.]