LA FRANCE DEPUIS 1815
La Restauration; Louis XVIII (1815-1824).—Une invasion plus funeste que celle de 1814 se continua pendant plus de trois mois après la bataille de Waterloo. Les Prussiens occupaient Paris, les Anglais tenaient les environs de la capitale. Pendant trois ans une partie de la France resta occupée par les troupes étrangères.
La Chambre des députés voulait rétablir l'ancien régime, et Louis XVIII se vit obligé lui-même de la dissoudre. Il s'efforçait de réconcilier les classes divisées par une révolution si profonde: il comprenait que la royauté devait se rattacher la société nouvelle et non la combattre. L'assassinat du duc de Berry (13 février 1820), neveu du roi et alors dernier héritier du trône, rejeta le gouvernement dans les bras des royalistes exaltés. Les rigueurs recommencèrent et provoquèrent des conspirations qui amenèrent de nouveaux supplices.
Afin de regagner l'armée et pour défendre au dehors comme au dedans le principe de l'autorité royale, le gouvernement entreprit l'expédition d'Espagne pour rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII, qui avait été renversé par son peuple et se trouvait dans une situation analogue à celle où s'était trouvé Louis XVI. L'armée française, commandée par les maréchaux et les généraux expérimentés de l'Empire, pacifia rapidement toute l'Espagne.
L'année suivante, Louis XVIII, qui avait eu à traverser les temps les plus difficiles, acheva paisiblement son règne.
Charles X (1824-1830).—Son frère Charles lui succéda. Charles X avait alors soixante-sept ans: le duc de Bordeaux était son petit-fils, et tout semblait l'inviter à continuer, après les secousses violentes des trente dernières années, la politique de Louis XVIII. Il n'en fit rien. C'était lui qui, en 1789, avait donné le signal de l'émigration, et il disait en parlant de La Fayette, un des principaux chefs du parti libéral et l'un des premiers acteurs de la Révolution: «Il n'y a que M. de La Fayette et moi qui n'ayons pas changé depuis 1789.» Un moment il céda à l'opinion en prenant des ministres modérés, mais il revint presque aussitôt aux vieilles théories de pouvoir absolu, et se crut assez fort en 1830 pour déchirer la Charte consentie par Louis XVIII.
Une révolution éclata et une bataille de trois jours s'engagea dans les rues de Paris, 26, 27 et 28 juillet 1830. Charles X abdiqua en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux, mais trop tard, et s'embarqua à Cherbourg, partant pour un dernier et nouvel exil. Les Chambres donnèrent la couronne à Louis-Philippe d'Orléans. La France reprit le drapeau tricolore.
Règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848).—Le nouveau roi, Louis-Philippe Ier, rassurait par sa politique libérale la société, qui ne craignait plus de retour en arrière. Mais les partis ne désarmaient point, et le règne de Louis-Philippe fut fort troublé jusqu'en 1840; à plusieurs reprises, des insurrections ensanglantèrent les rues de Paris et de Lyon. Des attentats sans cesse répétés contre la vie du roi perpétuaient l'inquiétude.
Louis-Philippe, cependant, parvint à triompher de toutes les agitations: il maintenait au dehors la paix de l'Europe, mais on lui reprochait d'acheter cette paix par de trop grandes concessions. L'industrie et le commerce, qui, depuis le commencement du siècle, avaient pris un essor rapide, avaient accru l'importance de la population ouvrière, dont le gouvernement ne se préoccupait pas assez. Deux maîtres en l'art de la parole et en l'art d'écrire, M. Thiers et M. Guizot, se disputaient sans cesse le pouvoir, et leur rivalité fut le grand événement d'un règne où les luttes de la tribune tinrent la place principale. Tandis que les amis mêmes de la royauté réclamaient de justes réformes, ses ennemis se préparaient à profiter de ces divisions. Une émeute commencée aux cris de Vive la réforme! devint bientôt, le 24 février 1848, une révolution d'où sortit pour la seconde fois la République. Louis-Philippe n'essaya même pas de lutter; comme Charles X, il abdiqua en faveur de son petit-fils le comte de Paris, mais trop tard aussi, et il dut s'enfuir en Angleterre, où il mourut deux ans après.
Conquête de l'Algérie.—La plus grande œuvre et le plus beau résultat du règne de Louis-Philippe, ce fut la conquête de l'Algérie. La colonie s'est développée, et la France possède ainsi sur la côte d'Afrique un vaste territoire très fertile qui compte trois millions d'habitants.
République de 1848: le suffrage universel.—La révolution de février 1848 assurait le triomphe de la République. Le gouvernement provisoire, qu'on établit d'abord à l'Hôtel de ville, voulut tout de suite marquer la portée de la nouvelle révolution par des mesures libérales. Il abolit la peine de mort en matière politique et, dès le 2 mars, proclama le suffrage universel. Le 27 avril, il proclama également l'abolition de l'esclavage dans les colonies.
La Constitution nouvelle donnait le pouvoir à un Président élu pour quatre ans et à une Assemblée législative. L'Assemblée et le Président devaient être nommés par le suffrage universel. Cinq millions de suffrages désignèrent pour la présidence le prince Louis-Napoléon, dont le nom entraîna les populations des campagnes. Deux fois déjà, sous le règne de Louis-Philippe, il avait tenté de s'emparer du pouvoir: deux fois il avait échoué. Devenu président de la République, il s'appliqua à préparer son avènement à l'Empire.
Louis-Napoléon s'appuya d'abord sur les anciens partis monarchiques, et commença une véritable réaction contre les doctrines républicaines. Mais bientôt il se sépara des monarchistes, qui ne voulaient point l'accepter pour souverain. Afin de se faire réélire, il demanda la revision de la Constitution, mais tous les partis se réunirent contre lui et repoussèrent la revision de la Constitution. Alors le Président songea à recourir à la force.
Coup d'État du 2 décembre 1851.—Le 2 décembre 1851, il fit arrêter les députés les plus influents du parti républicain et des partis monarchiques, occuper Paris militairement, fermer la salle des séances de l'Assemblée. Il détruisait lui-même la Constitution, qu'il avait fait serment et qu'il avait pour mission de maintenir. La résistance qui s'organisa à Paris, échoua devant l'attitude des troupes dont le Président s'était assuré le concours. Des transportations sans jugement éloignèrent les ennemis du nouvel ordre de choses. Sept millions et demi de suffrages (20 et 21 décembre) confièrent à Louis-Napoléon la présidence pour dix ans.
Louis-Napoléon se hâta alors de publier une Constitution (14 janvier 1852). L'autorité effective, la pleine puissance était concentrée entre les mains du Président. Le pouvoir législatif était exercé par le Corps législatif et le Sénat. Louis-Napoléon se fit enfin, après un nouveau plébiscite,[14] proclamer empereur des Français (2 décembre 1852).
La guerre d'Orient.—Bien qu'il eût prononcé, pour rassurer l'Europe, ces mots fameux: «L'Empire, c'est la paix,» Napoléon III ne craignit pas d'inaugurer son règne par une grande guerre. Le tsar de Russie, Nicolas, avait envahi les provinces du Danube, le 3 juillet 1853. Napoléon III s'allia alors avec l'Angleterre pour s'opposer aux projets ambitieux du tsar.
Une flotte anglo-française alla dans la mer Baltique. Une armée française fut transportée en Turquie, où les troupes anglaises la rejoignirent. Les généraux alliés, ne voulant point se lancer à la poursuite des armées russes au delà du Danube, se décidèrent à attaquer Sébastopol, son principal arsenal, menace perpétuelle pour Constantinople. Le 14 septembre 1854, le corps expéditionnaire, dirigé par le maréchal Saint-Arnaud et lord Raglan, débarqua en Crimée. Les Russes, retranchés derrière le petit fleuve de l'Alma, sur des hauteurs hérissées d'artillerie, comptaient nous rejeter dans la mer. Grâce à l'élan, à l'agilité des soldats français, les hauteurs furent escaladées, les Russes tournés, refoulés: ce fut une victoire décisive et brillante (20 septembre 1854).
La victoire de l'Alma ouvrait la route de Sébastopol, dont le siège commença (octobre 1854) sous les ordres du général Canrobert, puis du général Pélissier. Il fallut creuser des tranchées dans un terrain rempli de rochers; les armées opéraient à cinq cents lieues de leur pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions, livrés à la merci des vents impétueux qui soufflent dans la mer Noire.
Survint un hiver des plus rigoureux. Dans les tranchées les souffrances étaient affreuses, et il fallait travailler, combattre. Au mois de mars 1855 l'empereur Nicolas mourut, mais son fils, Alexandre II, continua la guerre. Alors les alliés poussèrent le siège avec une nouvelle vigueur.
Après un bombardement terrible, la tour Malakoff, qui était devenue, grâce aux travaux des Russes, une citadelle redoutable, fut attaquée le 8 septembre, tandis que le reste de l'armée s'élançait sur les bastions voisins. Malgré un feu épouvantable et plusieurs retours offensifs, la division du général de Mac-Mahon demeura maîtresse de la tour Malakoff, qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le grand résultat était obtenu: Malakoff pris, Sébastopol tombait au pouvoir des Français.
Ce magnifique succès termina la guerre. Un congrès se réunit à Paris; la paix fut signée le 30 mars 1856, et la Russie perdait le fruit de longues années de travail et d'énormes dépenses.
Guerre d'Italie (1859).—Après la Russie, Napoléon voulait abaisser l'Autriche et délivrer l'Italie, dont le nord appartenait depuis 1815 aux Autrichiens. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, et surtout son ministre, le comte de Cavour, entraînèrent Napoléon à cette guerre, qui fut populaire et brillante.
Les Français battirent les Autrichiens à Montebello (20 mai 1859) et encore au village de Magenta (4 juin).
Les Autrichiens semblèrent alors abandonner la Lombardie, mais, quand l'armée française approcha des bords du Mincio, elle vit tout à coup les hauteurs voisines de cette rivière couvertes d'ennemis. Les Français, sous un soleil ardent, s'élancèrent à l'assaut des hauteurs de Solferino et de Cavriana (24 juin), et s'en emparèrent après une lutte acharnée. Un orage qui éclata empêcha les Français de changer en déroute la défaite des Autrichiens, qui purent se retirer au delà du Mincio.
On se répétait encore les derniers détails de la journée de Solferino, lorsque le télégraphe annonça tout à coup la conclusion de la paix. Une entrevue eut lieu à Villafranca, entre l'empereur d'Autriche François-Joseph et l'empereur Napoléon III. Les deux souverains signèrent les préliminaires de la paix: l'empereur d'Autriche cédait la Lombardie à Napoléon III, qui la remettait au roi Victor-Emmanuel. L'Italie centrale demanda à s'unir au Piémont et, par une suite de révolutions, d'invasions successives, le Piémont devint le maître de la péninsule. Le royaume de Sardaigne se transforma en royaume d'Italie. L'unité italienne fut faite.
Dès 1860 la France, à raison de ces changements, avait réclamé sa frontière naturelle des Alpes, perdue en partie lors des traités de 1815. La Savoie et le comté de Nice furent cédés à la France par le roi Victor-Emmanuel (mars 1860), et les populations, consultées par la voie du suffrage universel, accueillirent avec joie ce retour à la patrie française. Le 14 juin, le drapeau français était porté par des guides hardis sur la plus haute cime du mont Blanc.
Guerre de 1870.—La Prusse n'avait été depuis 1815 qu'une puissance secondaire. Mais sous le roi Guillaume Ier, monté sur le trône en 1861, un ministre habile et audacieux, le comte de Bismarck, entreprit d'assurer à la Prusse l'empire de l'Allemagne. Il s'unit à l'Italie contre l'Autriche, et l'armée prussienne remporta une victoire décisive à Sadowa (3 juillet 1866). L'Autriche signa la paix, et les États allemands se virent obligés de reconnaître la suprématie de la Prusse. Ce royaume, considérablement agrandi, devenait un dangereux voisin. Un conflit était dès lors inévitable avec la France. Le gouvernement impérial s'y prépara d'une manière insuffisante, et la Prusse, qui connaissait les imperfections de notre armée, eut l'art de se faire déclarer la guerre qu'elle désirait (15 juillet 1870).
Les Prussiens saisissent l'occasion que leur offrent les mauvaises positions de l'armée, dispersée sur une ligne trop étendue le long de nos frontières. Le 4 août, au nombre de quarante mille hommes, ils écrasent une division française isolée sur les bords de la Lauter, à Wissembourg. L'ennemi entre en France.
Le maréchal de Mac-Mahon, qui occupait l'Alsace, cherche et trouve une forte position à Reichshoffen et à Frœschwiller. Mais il avait à peine trente-cinq mille hommes, et le prince royal de Prusse lui en opposa cent vingt mille. Le maréchal de Mac-Mahon, pour assurer sa retraite, dut sacrifier sa magnifique brigade de cuirassiers. Le même jour, à Forbach, le corps d'armée du général Frossard était repoussé et abîmé par une autre armée prussienne (6 août 1870).
L'invasion s'étendit dans les départements de l'Est, rapide, terrible, avec ses exigences, ses réquisitions, ses cruautés même.
L'armée principale, commandée par le maréchal Bazaine, restait sous la protection de la place de Metz, au lieu de se replier rapidement: et malgré les glorieux combats de Borny (14 août), de Gravelotte (16 août) et de Saint-Privat (18 août), où les armées prussiennes firent des pertes énormes, l'armée française fut entourée et resserrée autour de Metz.
Une nouvelle armée, formée à Châlons, fut témérairement envoyée à son secours; cette seconde armée, acculée à la frontière du Nord, fut enveloppée autour de la petite place forte de Sedan. Après deux jours de combats sanglants, cette armée, privée de son chef, le maréchal Mac-Mahon, grièvement blessé, se vit refoulée dans la place de Sedan, où, accablée par l'artillerie allemande, elle ne pouvait ni résister ni vivre. L'empereur Napoléon III, qui se trouvait avec cette armée, capitula en se rendant prisonnier de guerre avec quatre-vingt mille hommes (2 septembre 1870).
Lorsque cette nouvelle arriva à Paris, une révolution éclata (4 septembre); un gouvernement nouveau s'installa à l'Hôtel de ville, prenant le titre de gouvernement de la Défense nationale. Les principaux membres de ce gouvernement, présidé par le général Trochu, gouverneur de Paris, étaient MM. Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, Crémieux, Gambetta.
Tandis que les armées prussiennes, victorieuses à Sedan, venaient investir et assiéger Paris, d'autres troupes allemandes s'emparaient successivement des forteresses.—Strasbourg, boulevard de l'Alsace, investi le 13 août, se vit, à partir du 15, exposé à un bombardement qui s'attaquait à la ville même. Tout le centre de la ville fut dévasté par l'incendie. La cathédrale elle-même fut mutilée. La ville, à bout de ressources, dut capituler le 28 septembre. Paris cependant, investi depuis le 19 septembre, tenait à distance les Prussiens, qui ne se trouvaient pas en mesure de l'attaquer de vive force. Des troupes se rassemblaient sur les bords de la Loire, et la situation paraissait s'améliorer. La capitulation du maréchal Bazaine[15] à Metz (27 octobre) vint changer la face des choses. Investi, enserré par des lignes de batteries, qu'il n'était pas aisé de franchir, il n'essaya pas sérieusement, malgré la belle qualité de ses troupes aguerries, qui constituaient la plus belle armée que la France ait eue depuis longtemps, de rompre le cercle de fer et de feu tracé autour de lui. Lorsque les vivres diminuèrent, il négocia. M. de Bismarck ne voulut plus entendre parler de convention lorsqu'il comprit que l'armée devait nécessairement se rendre. Le jour fatal arriva en effet. Le maréchal dut capituler, et livrer prisonniers de guerre les cent mille hommes qui lui restaient, un matériel énorme, des forts superbes, un arsenal de premier ordre et une ville qui était un des plus solides remparts de la France. Verdun, assiégé depuis le 25 août, capitule le 8 novembre et Belfort se préparait sous la direction du colonel Denfert à une résistance digne de la réputation de cette forteresse.
A Paris, le général Trochu se hâta d'accélérer l'organisation de l'armée, qui déjà avait tenté plusieurs reconnaissances. Apprenant que l'armée de la Loire comptait s'approcher du côté de la vallée de la Seine, il prépara une sortie du côté de la Marne. Deux combats (30 novembre et 2 décembre) furent honorables pour l'armée de Paris, mais n'eurent aucun résultat. En même temps l'armée de la Loire avait à lutter contre l'armée prussienne de Frédéric-Charles, que la capitulation de Metz avait rendue libre. Une série de combats, les 2, 3 et 4 décembre, en avant d'Orléans, se termina par la retraite des Français et la reprise d'Orléans par les Prussiens. Paris, à bout de vivres et bombardé depuis le 6 janvier, avait enfin capitulé. Le gouvernement de la Défense nationale signa un armistice (28 janvier 1871). Une assemblée se réunit le 13 février à Bordeaux, nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif, et, après une douloureuse délibération, ratifia, le 1er mars, les préliminaires de paix. La France était forcée de payer cinq milliards et d'abandonner aux Allemands l'Alsace et la partie de la Lorraine qu'ils appellent allemande.
La guerre civile; la Commune de Paris.—Comme si ce n'était pas assez de tant de malheurs, une affreuse guerre civile suivit la guerre étrangère. Des ambitieux, exploitant les souffrances et la colère de la population parisienne, soulevèrent une partie de la garde nationale (18 mars 1871), et organisèrent la Commune. Le gouvernement légal fut obligé de se retirer à Versailles, et ne put rentrer à Paris qu'après un siège de deux mois (avril-mai). Encore, dans la dernière semaine, Paris faillit-il être anéanti par les incendies qu'allumèrent les vaincus. Cette lutte sinistre ne finit que le 28 mai.
Présidence de Thiers (1871-1873).—Le gouvernement de la Défense nationale avait déposé ses pouvoirs entre les mains des représentants de la nation, et ceux-ci, quoique appartenant en majorité à des opinions monarchiques, n'osèrent pas rétablir la monarchie. Ils choisirent pour Président du pouvoir exécutif M. Thiers, désigné d'ailleurs par ses lumières, son expérience et ses efforts, pendant la guerre, pour intéresser l'Europe aux malheurs de la France.
Chef du pouvoir exécutif et vainqueur de l'insurrection de la Commune, Thiers, travailleur infatigable, malgré son grand âge, se hâta de préparer, en devançant les époques de payement de l'indemnité de guerre, l'évacuation du territoire français. En deux ans l'indemnité de guerre de cinq milliards était payée, grâce à l'empressement du public à souscrire aux emprunts destinés à ces payements. Les Prussiens abandonnèrent toutes les positions qu'ils occupaient sur le territoire français. En même temps, de concert avec l'Assemblée, Thiers réorganisait l'armée, l'administration, les finances. Une loi (27 juillet 1872) déclarait le service militaire obligatoire pour tous les Français jusqu'à l'âge de quarante ans. Mais Thiers, qui s'efforçait de faire prévaloir la forme républicaine, tomba sous une coalition des partis monarchiques et donna sa démission le 24 mai 1873. Quelques mois auparavant (9 janvier) était mort en Angleterre l'empereur Napoléon III.
Présidence du maréchal de Mac-Mahon (1873-1879).—Le maréchal de Mac-Mahon fut désigné par l'Assemblée pour remplacer Thiers, et bientôt, comme les efforts pour rétablir la monarchie ne pouvaient réussir, les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon furent prolongés (20 novembre) pour une durée de sept années. Toutefois il fallait une Constitution déterminée. Républicains et monarchistes, avec des vues différentes, s'entendirent pour organiser un gouvernement.
La Constitution du 25 février 1875 établit deux Chambres, le Sénat et la Chambre des députés. Le Président de la République était élu pour sept ans par les deux Chambres réunies en Congrès. La République devint dès lors le gouvernement légal de la France, et l'Assemblée nationale se sépara à la fin de l'année 1875 pour laisser s'accomplir les élections nouvelles qui donnèrent dans la Chambre des députés la majorité au parti républicain, mais en 1879, quand de nouvelles élections eurent enlevé aux monarchistes la majorité au Sénat, Mac-Mahon donna sa démission.
Présidence de Grévy.—Le Congrès élut pour Président un libéral éprouvé, Jules Grévy. Toutefois le vrai maître du pouvoir était Gambetta qui savait rallier les différentes fractions du parti républicain. Mais Gambetta, contraint d'accepter la présidence du conseil, voulut trop marquer son autorité, et en quelque sorte dominer la Chambre des députés. Il ne put la déterminer à changer le mode de nomination des députés et se retira (janvier 1882). A la fin de la même année il mourait prématurément, et c'est alors que le parti républicain mesura l'étendue de sa perte.
Après la mort de Gambetta, Jules Ferry parut le plus capable de devenir le guide du parti républicain. Il resta deux ans au pouvoir, fit voter la loi sur l'instruction primaire obligatoire et gratuite (mars 1882) et surtout s'appliqua à tourner vers les entreprises extérieures l'activité française. Il fit voter une expédition au Tonkin qui nécessita de grands sacrifices d'argent et surtout d'hommes, car le climat malsain en dévorait beaucoup. La conquête du Tonkin amena une guerre avec la Chine. Mais un échec survenu au Tonkin produisit à Paris un mécontentement tel que Jules Ferry dut se retirer (30 mars 1885). Il mourut quelques années plus tard (1893).
Les différentes fractions du parti républicain se combattaient les uns les autres: l'animosité des discussions politiques n'amena pas seulement de fréquents changements de ministère; le Président Grévy, qui pourtant en 1885 avait été réélu et paraissait, quoique âgé, en état de fournir une nouvelle période de sept ans, se vit forcé de donner sa démission (2 décembre 1887).
La présidence de Carnot (1887-1894).—Grévy fut remplacé par Sadi-Carnot, petit-fils du conventionnel Carnot et issu d'une vieille famille républicaine.
A l'occasion du centenaire de la Révolution de 1789, une admirable Exposition universelle attira, en 1889, à Paris, des étrangers de toutes les parties du monde. Une tour en fer, de 300 mètres, le plus haut monument du globe, dressée par l'ingénieur Eiffel, dominait un ensemble magnifique de palais et couronnait par une merveille de la science les merveilles accumulées de l'industrie du monde entier.
Tandis que la France paisible et laborieuse ne songeait qu'à développer les éléments de sa richesse et à multiplier les travaux qui profitent à tous, un péril grave menaçait la société. Poussant les idées de liberté jusqu'à l'extrême, des fanatiques prétendaient supprimer toute autorité et proclamaient comme une doctrine l'anarchie, qui est la ruine de toute société humaine.
Des attentats répétés contre les souverains, les particuliers, troublèrent la Russie, l'Allemagne, l'Espagne. La France n'y échappa point. Des bombes chargées d'une substance explosible terrible, la dynamite, furent, depuis 1892, jetées dans les maisons de Paris et firent des victimes. Une bombe fut même lancée, le 9 décembre 1893, au milieu de la Chambre des députés et en blessa plusieurs. Recrutés dans tous les pays, ces anarchistes frappèrent enfin, par la main d'un misérable Italien, à Lyon, le 24 juin 1894, le président Carnot, tué d'un coup de poignard qui rappela le sinistre coup de Ravaillac.[16]
La présidence de Casimir-Périer (1894).—Dès le lendemain de la mort du président Carnot, les Chambres françaises se préoccupèrent de lui donner un successeur. Le 27 juin, réunies en Congrès à Versailles, elles nommèrent M. Casimir-Périer, petit-fils de cet ancien ministre du roi Louis-Philippe qui avait beaucoup contribué, en 1831, à raffermir l'ordre profondément troublé. Mais M. Casimir-Périer donna sa démission au bout de six mois.
Présidence de M. Félix Faure.—Le Congrès se réunit encore et son choix se porta sur M. Félix Faure, député du Havre, ministre de la marine. La nouvelle présidence fut heureusement inaugurée par l'expédition de Madagascar qui assurait à la France la possession de cette grande île (avril-septembre 1895).
En 1896, le tsar Nicolas II vint à Paris avec l'impératrice et fut reçu (6-8 octobre) avec des démonstrations enthousiastes qui affirmaient et cimentaient l'union franco-russe. Le Président Félix Faure alla à son tour rendre au tsar sa visite en Russie où il arriva par mer. Il débarqua à Cronstadt le 23 août et fut magnifiquement accueilli au palais de Peterhof. Il visita Saint-Pétersbourg où la population russe le salua des plus vives acclamations. Dans ce voyage fut prononcée par les chefs d'État la déclaration précise de l'union des «deux nations amies et alliées.»
Le 16 février 1899, le Président Félix Faure est mort subitement et, le 18 février, M. Émile Loubet, président du Sénat, a été élu Président de la République. Une nouvelle Exposition Universelle a eu lieu en 1900.
[LEXIQUE]
(La prononciation française des mots étrangers est donnée dans tous les cas.)
Aisne (êne), rivière au nord de la France.
Aix (èss or èks), ancienne capitale de la Provence.
Ajaccio (a-jak-cio), ville de Corse.
Albigeois, secte religieuse du midi de la France.
Allemagne, empire de l'Europe centrale.
Allemand-e, qui habite l'Allemagne.
Allia, rivière d'Italie près de Rome.
Anne d'Autriche, femme de Louis XIII et mère de Louis XIV.
Armagnacs (ar-ma-nyak), parti opposé à celui des Bourguignons et dont le chef fut Bernard, comte d'Armagnac.
Augsbourg (oz-bour), ville d'Allemagne.
Autriche, État de l'Europe (anglais Austria).
Autrichien-ne, qui habite l'Autriche.
Auxerre (o-cèrr), ville de France.
Auxerrois (x = ks), Saint Germain, l', église à Paris.
Bailly (ba-yi), Président de l'Assemblée constituante, puis maire de Paris.
Bavarois, qui habite la Bavière.
Bavière, pays d'Europe.
Belgique, pays d'Europe au nord de la France.
Bicoque (la), village du Milanais.
Blücher (blu-kèrr), général prussien.
Boufflers (bou-flèrr), maréchal de France.
Bourgogne, ancienne province de France (anglais Burgundy).
Bourguignon-ne, qui habite, ou qui appartient à la Bourgogne: Les Bourguignons, parti opposé à celui des Armagnacs, et dont le chef fut Jean, duc de Bourgogne.
Brest (brèstt), ville de France; vaste port militaire.
Bretagne, ancienne province de France (anglais Brittany).
Breton-ne, qui habite la Bretagne.
Brunswick (brons-vik), général allemand.
Chramne (ch = k), fils de Clotaire Ier.
Christ (cristt) (mais voyez aussi Jésus-Christ).
Chypre ou Cypre, île dans la Méditerranée.
Cinq-Mars (sain mar), Marquis de, favori de Louis XIII.
Coblence (coblance), ville d'Allemagne au confluent du Rhin et de la Moselle.
Corse, île dans la Méditerranée (anglais Corsica); qui habite la Corse.
Dupleix (du-plèkss), gouverneur des Indes françaises.
Desaix (de-cè), général français, tué à Marengo.
Èbre, fleuve d'Espagne qui se jette dans la Méditerranée.
Écossais, qui habite l'Écosse (Scotland).
Eiffel (è-fel), ingénieur français, constructeur de la tour célèbre à Paris.
Enghien (an-gain), duc d', titre du fils aîné du prince de Condé.
Étrurie, ancienne contrée du centre de l'Italie.
Flamand, qui habite la Flandre (anglais Fleming).
Flandre, ancienne province des Pays-Bas.
Fleurus (fleu-rûss), ville de Belgique.
Fréjus (fré-jûss), port de France sur la Méditerranée.
Galles, principauté à l'ouest de l'Angleterre: l'héritier de la couronne de la Grande-Bretagne porte le titre de Prince de Galles.
Gand, ville de Belgique (anglais Ghent).
Gantois, qui habite Gand.
Garigliano (ga-ri-lyano), fleuve d'Italie.
Gaulois-e, qui habite la Gaule.
Gênes, ville d'Italie (anglais Genoa).
Génois-e, qui habite Gênes.
Guillaume (ghi-iome), nom de baptême.
Guizot (gu-i-zo), historien et homme d'État.
Hongrie, contrée de l'Europe centrale (anglais Hungary).
Hongrois-e, qui habite la Hongrie.
Impériaux, troupes de l'empereur d'Allemagne.
Jérusalem (jé-ru-za-lème), ville de Palestine.
Jésus-Christ (jé-zu-kri) (mais voyez aussi Christ).
Kléber (klé-bèrr), général français, assassiné en Égypte.
Leczinski (lek-zain-ski), roi de Pologne, fut détroné et reçut en compensation le duché de Lorraine. Sa fille Marie Leczinska épousa Louis XV.
Leipzig ou Leipsick (lip-cik), ville d'Allemagne.
Lens (lanss), ville au Nord de la France.
Lombard-e, qui habite la Lombardie.
Lombardie, province d'Italie.
Longwy (lon-goui), ville de la France orientale.
Lorraine, ancienne province de la France; habitante de la Lorraine.
Manche (la), mer qui sépare la France de l'Angleterre et qui communique par le pas de Calais avec la mer du Nord.
Mahomet (ma-o-mè), fondateur de la religion musulmane.
Malesherbes (mal-zèrb), un des défenseurs de Louis XVI.
Mameluks, soldats égyptiens.
Marignan (ma-ri-nyan), village d'Italie.
Médicis (mé-di-ciss), Catherine et Marie de, reines de France.
Mélas (mé-lass), général autrichien.
Metz (mêss), ville d'Allemagne; autrefois de France.
Michel (toujours mi-chel excepté dans Michel [mi-kel] Ange), nom de baptême.
Milanais, ancien État d'Italie dont Milan était la capitale; aussi, qui habite le Milanais.
Morvan, ancien petit pays de France.
Narbonne, ville de France près de la Méditerranée.
Niémen (ni-é-mène), fleuve de la Russie occidentale qui se jette dans la mer Baltique.
Oger ou Ogier, guerrier célèbre dans les romans de la chevalerie.
Orthez (or-tèss), ville de la France méridionale.
Ouessant, île française près des côtes du Finisterre.
Pays-Bas, nom donné de 1814 jusqu'à 1830 à la Belgique et à la Hollande; depuis 1830 il s'applique à la dernière seulement.
Picard, qui habite la Picardie.
Picardie, ancienne province de la France septentrionale.
Piémont, contrée d'Italie; depuis 1860 réuni au royaume d'Italie.
Pologne, ancien État de l'Europe maintenant partagé entre la Russie, la Prusse et l'Autriche.
Reims (raince), ville de France.
Saint-Cloud (clou), ville et château près de Paris. Le château fut brulé pendant la guerre de 1870-71.
Sainte-Menehould (me-nou), village de la France orientale.
Saint-Just (justt), membre de la Convention et du Comité du Salut public.
Saint-Siège, la papauté, la cour de Rome.
Sardaigne, île dans la Méditerranée au sud de la Corse; ancien royaume compris aujourd'hui dans le royaume d'Italie.
Thiers (tièrr), historien et homme d'État célèbre.
Tite-Live, historien latin.
Tonkin, province de l'empire d'Annam (Asie orientale).
Tunis ou Tunisie, État de l'Afrique sous le protectorat de la France.
Vergniaud (ver-nyo), chef du parti girondin.
Versailles (ver-sa-i), ville de France près de Paris.
[FOOTNOTES:]
[1] Principaux chefs, compagnons du roi.
[2] Du latin Carolus Magnus.
[3] Ces poètes étaient appelés trouvères dans le Nord et troubadours dans le Midi.
[4] Turcomans, peuple venu de la contrée appelée aujourd'hui le Turkestan.
[5] Plantagenet, appelé ainsi parce que son père portait une branche de genêt à son chapeau.
[6] On possède encore au musée du Louvre son armure gigantesque.
[7] Petit fleuve qui sépare la France de l'Espagne.
[9] Voir [page 117].
[10] Forteresse construite à la Porte Saint-Antoine par Charles V. Cette forteresse tenait la capitale sous son canon, et depuis longtemps elle servait de prison d'État.
[11] Gironde, département au sud-ouest de la France.
[12] Le calendrier avait été changé pendant la Révolution: l'ère républicaine votée le 24 novembre 1793 partit non de cette date, mais du jour de la proclamation de la République, le 22 septembre 1792. L'an I fut donc de septembre 1792 à septembre 1793, l'an II de septembre 1793 à 1794 et ainsi de suite. Les noms des mois furent empruntés aux saisons: Vendémiaire, vendanges (septembre-octobre); brumaire, brouillards (octobre-novembre); frimaire, froids (novembre-décembre); nivôse, neige (décembre-janvier); pluviôse, pluie (janvier-février); ventôse, vent (février-mars); germinal, germination des plantes (mars-avril); floréal, floraison (avril-mai); prairial, prairies (mai-juin); messidor, mois de la moisson (juin-juillet); thermidor, mois de la chaleur (juillet-août); fructidor, mois des fruits (août-septembre). L'ère républicaine fut en usage jusqu'en 1805.
[13] Voir [page 142].
[14] Vote soumis à l'approbation du peuple entier.
[15] Le maréchal Bazaine, traduit en 1873 devant un conseil de guerre, fut condamné à la peine de mort et à la dégradation militaire. Sa peine fut commuée en vingt ans de détention; mais Bazaine ne tarda pas à s'échapper de l'île de Sainte-Marguerite où il était enfermé. Il mourut à Madrid en 1888.
[16] Voir [page 110].