Binaô.

Binaô, souveraine d’Ankify, vassale fidèle du général-gouverneur, a prié que le croiseur, actuellement au repos de Nossi-Bé, la vînt chercher, ainsi que toute sa cour. Elle désire vivement passer à Hellville les fêtes du jour de lan. L’état-major du navire s’inquiète du solennel protocole, mal averti de l’entourage de la reine. Surtout la question est débattue de savoir qui des officiers ira diriger l’embarquement de la maison royale. Car Binaô, dont les suivantes assurent de douces récompenses à cette corvée de direction, Binaô, à cinquante ans passés, ne cède à personne l’honneur de compléter, la première, son hospitalité plénière.

Et la cour embarque, et la pandjaka a vraiment grand air au milieu du caquetage discret des petites filles qui se relaient à son service immédiat. Même elle a donné les ordres les plus sévères pour que la majesté du croiseur ne soit point troublée par de rapides passades. Sous son œil infaillible, le troupeau se parque, rieur, défiant aussi bien des matelots que des officiers.

Trois heures sont nécessaires pour venir d’Ankify au mouillage de Hellville, trois heures en outre jusqu’à la nuit close où sous les manguiers, les cases étant trop peu nombreuses devant l’irruption des passagères amoureuses, commencera la saturnale de la nouvelle année. Alors, dociles, les petites suivantes clignent quand même de l’œil vers le personnel du croiseur, et s’étonnent des indignations qui accueillent les gestes naïvement cyniques par lesquels elles conseillent de remédier à l’attente insupportable.