La Grande Comore.

C’est un pays d’Islam, c’est la race, solidement perpétuée, qui peuple lentement Madagascar et qui demeurera, disparus les Houves, fondus les Sakalaves, partis peut-être même les Francs.

Des femmes voilées passent ; des gandourahs blanches se confondent avec la blancheur des murs, et la tache des chéchias pique les profils d’une cité en Kasbah. Des ânes, des porteurs d’eau, des traînées de pas comme de lents pèlerins vers la Mecque. Et le cheik vénéré, le maître, autant qu’il lui plut, de cette île, fut le Français Humblot, Humblot qui vécut l’aventure d’avoir un royaume pour lui seul, et un jour de l’offrir à son ancienne patrie. Maintenant il vit sur la montagne, au creux de vallées qu’emplissent des nuages d’eau, vallées où la flore merveilleuse réunit tous les spécimens connus au monde et en invente de nouveaux.

En bas, dans la ville, les femmes passent muettes, voilées. Mais, musulmanes, ce sont plus les habitantes des harems inviolables. Apres au gain, elles se donnent la nuit ; plus âpres encore, leurs maris ou leurs pères les prostituent.

Le carré de leur front, l’ovale de leur visage est déliné par le sillon blanc d’une poudre de riz mêlée de colle. Du moins leur chair patinée et ferme l’emporte de beaucoup sur l’épiderme gras des Betsimisarakas. On a tort, disant qu’elles se donnent ; elles se prêtent à peine, horrifiées par la souillure du chrétien, jusqu’à en repousser brutalement l’intimité suprême.