Chine intérieure.
Oh ! le joli lac, plein d’îles si vertes cerclées de flots si bleus ! Les îles pour la plupart, sont plates, et alors ce vert et ce bleu, aussi franc l’un et l’autre, semblent aussi liquides, et l’on se demande, à les voir bizarrement et nettement séparés, comment ils demeurent sans se mêler. La nappe d’eau, flaque arrondie entre des terres régulièrement réparties en cercle ; ou bien elle court en ruisseau quand deux taches vertes sont rapprochées, tellement rapprochées qu’on les pense ridicules de n’avoir pas bu le filet qui se promène entre elles ; ou bien elle défile en fleuve devant de minuscules falaises tranchées comme des morceaux de gâteau sec ; ou encore, comme une fille qui gamine sous un drap, elle fait trembler au-dessus d’elle une étendue de lotus graves.
On est infiniment loin de Shang-Haï ; aucune canonnière, jusqu’à ce jour, n’est venue jusqu’ici. Et la monnaie, ce sont de grossiers lingots d’argent dont on coupe un morceau au hasard des équivalences.
L’idée sérieuse de pénétration, l’idée orgueilleuse de conquête se fond en douceur pastellée de ce vert et de ce bleu tranquilles. Sur une rive de la grande terre, des hommes et des femmes attendent l’embarcation. Et les étrangers ne sont plus des diables étrangers. Pourquoi ? Pourquoi ce coin charmant au cœur de la Chine des supplices ?
Malgré les défiances ordinaires, les étrangers se sont un peu séparés les uns des autres, oh ! seulement de toute l’étendue d’une pudeur d’homme. Car les femmes trouvées sur la rive, auxquelles d’ailleurs on ne tenait pas du tout, mais pas du tout, les petites femmes beaucoup plus drôles que les fortes paysannes de Woo-Sung, se sont précipitées sur les étrangers qui débarquent. Et les diables étrangers n’ont point sujet d’en être très fiers ; c’est pour voir, rien que pour voir, que les petites femmes ont apporté de l’amour aux nouveaux venus. Au bout d’un instant elles s’enfuient, roulant sur leurs jambes tordues, riant de rires craquelés. Eves chinoises !