Tien-Tsin.
L’amoncellement de la saleté, la variété affreuse de ses détails, deviennent du cauchemar. La vie ainsi déformée et souillée ne se distingue plus de la pourriture ; et sur les condamnés qu’on heurte rivés à la cangue dans des recoins d’arcade, sur ces corps que le carcan paraît séparer absolument de la tête, icônes anatomiques, les mouches se posent comme sur une charogne. Autour des bêtes éventrées qui suent leur corruption au soleil, des corbeaux et des buses ivres, le bec dégoulinant et les plumes dégoûtantes, des entassements prodigieux d’excréments apportés et renouvelés par la main d’hommes, la nourriture vendue aux étaux presque semblable aux déjections qui rendent gluante la rue.
Dans ce cadre, une touche étrange de sadisme teinte l’amour. Sans doute, cette attirance entre l’horrible et le désir anormal est cataloguée dans de spéciales pathologies. On s’étonne, malgré cela, de la voir, à Tien-Tsin, sinon fréquente, du moins pas rare parmi des Occidentaux que des inquiétudes diplomatiques laissent presque continuellement autour des légations en poste armé et avancé. Pour dire davantage, dans les maisons de femmes semées ou groupées parmi ce cloaque, moins qu’indifférents, attirés par le relent du flot des immondices, des gens s’égarent dont la large et artiste souvenance de globe-trotters vous ravissait tout à l’heure à table, au milieu des causeurs les plus avertis. Qu’en rapportent-ils de ces maisons ? Ils n’y vont point chercher du document ; ils n’en parleront pas demain, et il ne faut que s’étonner, se reporter à des livres lus qui n’étaient pas médicaux, quelques pages peut-être de la « Maison de la Vieille » !…
Le document est plus spécial encore, mais moins incompréhensible quand on a eu jadis le loisir de bien connaître Naples, quand on a voulu bien regarder Saïgon et le Tonkin.
A Tien-Tsin, il n’existe pas que des maisons de femmes, et des séjournants assurent, excuse quêtée ou réalité vérifiée, s’être aperçus très vite d’une particularité commune à la race chinoise et à la race annamite, la beauté réservée seulement au sexe fort.