Christchurch.

Le lieu, ville anglaise de colonie, n’est point déplacé dans des rappels du Pacifique, et son passage de maisons à bow-windows et tuileries gaies, ne bouleverse pas la cinématographie des Iles. Il est vrai que c’est une comparaison, étrange, mais exacte absolument, qui ramène à l’évocation la gentille cité de Nouvelle-Zélande. Après le flirt trouvé aux Tonga ou à Wallis, comment ne pas songer au flirt des filles saxonnes, le plus précis ?

Tennis, rallyes, thés dansants vous accueillent ; l’année précédente, l’Affaire avait fermé aux Français toutes les portes de jardinets. Entre toutes les sœurs et amies de l’hôte, il faut choisir, et c’est délicieux. Choisir la moins sport des jeunes filles, parce que le temps des autres est sportif en vérité ; cependant, que le sweetheart sache monter, et pratique ! A l’heure des crépuscules froids sur le fiord profond dont l’évasement forme rade, l’hiver frissonne, et des bois palpitent, sont proches, où des corbeaux serrés en bande croassent le Nevermore…

Voyez, Annie, le thé se refroidit vite comme votre main, et le cake s’effrite, gelé… Mais demain, petite chérie, nous prendrons les chevaux joujoux et nous aurons au galop la chaleur des yeux. Maintenant, racontez-moi, pour convertir le vilain Français qui ne sait pas aimer, comment Lucy et Blundell sont restés cinq ans fiancés ?

Le matin, sur la route sonore, au galop, les yeux chauds. L’hiver est oublié ; voici midi qui sue. Annie a voulu que l’on attachât les chevaux nains à un arbre ; elle sait un banc où l’on sera bien, car il faut déjà s’abriter des rayons.

On est bien, oh ! on est très bien, si bien qu’il y a un moment dont on ne se souvient plus. Comment, que dites-vous ? Avec Annie. Oui, mais Annie est quand même la vierge blonde, et comme on lui fait remarquer qu’elle a perdu son mouchoir sous les arbres, elle sourit divinement : « J’en ai toujours un autre, dit-elle. »

En revenant : « Dites-moi, sweetheart, est-ce que Lucy et Blundell, quand ils étaient fiancés… ? — Mais oui, darling ! »

Puis avec élan : « Oh ! j’attendrais pour vous tout le temps que vous voudriez ! »