Fort Dauphin.

Quelle désolation que cette baie qui pourtant enferme le plus de passé ! Un fort d’avant Richelieu encombre la falaise ; des collines se bousculent et au lointain s’estompent de tristesse au-dessus de lacs sans vie. La houle énorme et continuelle envahit le cirque trop étroit ; une plage de sable coupée d’épaves, garde des attitudes de long squelette blanchi où se reposent des corbeaux.

Et des matelots ont vécu là un mois, après le naufrage d’un navire de guerre. La terre, une fois de plus, peu habituelle, leur a soufflé des idées de sang et de viol. Et une nuit ils ont brisé les clôtures du campement, ils ont forcé les cases éparses des indigènes ; ils ont forcé des femmes, non pas des filles complaisantes, comme celles d’Hellville ou de Majunga, mais des femmes farouches qui les mordaient ou déchiraient leur sexe. Et l’antique histoire des races étrangères, condamnées à fournir toujours des vainqueurs et des vaincus, s’est revécue une fois près de flots lourds qui ne sont plus les vagues des tropiques, qui sont les houles mystérieuses de l’océan du Sud.