Passades lointaines. — Macassar.

Il faut avoir su beaucoup de géographie pour se rappeler cela, la grosse ville de Célèbes, Célèbes ? Ah ! oui, l’île bizarrement découpée, poulpe nourri entre des mers d’Inde et des flots du Pacifique. Mais, dans cette dernière terre contre qui viennent se chauffer à la fois les deux océans, la sensation d’Inde domine très pleine : le mélange des bois et des eaux en des calmes de divinité, des sommeils et des réveils de fauves, les fleurs qui semblent devenir et les hommes qui paraissent se figer. Par-dessus cet humus antique, les bons et gras Hollandais ont étendu un semis de souveraineté colonisatrice. Puis leur nirvâna habituel, parmi la bière rêveuse, s’est accommodé du nirvâna autochtone.

Leurs croisements avec la race ont réalisé des types invraisemblables, nés, croirait-on, de la fantaisie d’un journal amusant.

L’épaisseur du mâle, accouplée à des maigreurs hiératiques de femmes, s’est portée au hasard sur la ligne des formes. A côté de filles dont la poitrine s’offre, moins large que la taille, d’autres soutiennent à peine des seins débordants sur une taille raide et étroite comme un bambou. Des croupes chevalines abondent ; des silhouettes effilées, traçant dans une verticale le dos et les jambes, sont fréquentes. Parfois des faces de bébés joufflus, parfois des visages tels ceux des affamés du Gange ; des bras courtauds ou des perches de moulins à vent, des cheveux crêpés ou des cheveux nattés jusqu’aux chevilles.

Seulement la diversité d’apparence ne se continue pas en diversité de tempéraments.

La femme, à Macassar, c’est l’esclave biblique, indifférente le plus souvent ; et, si elle ne l’est pas, trop humble pour oser le montrer de quelque façon. On vient, on ne revient pas, ignorant même si les charmeuses de serpents, entrevues au seuil des temples, ont gardé, elles seules, la lascivité de leurs pareilles du Népal.