Port-Arthur.
Le contraste est saisissant, lorsqu’on vient du Petchili, quand, la veille, on a quitté Takou, Takou où l’on mouille dans une eau de sable sans voir la terre. Takou dont les forts seuls se distinguent de la hune. Ici, à Port-Arthur, la baie s’ouvre comme un fjord entre deux pans de falaises ; puis, au delà, l’aridité reprend, plate ou bosselée, sans caprices de lignes.
Des troupes chinoises sont campées aux environs de la ville ; elles n’ont pas encore évacué cette Corée que la guerre laisse au Japon ; leur apparence est une apparence de force ; les réguliers tartares, coiffés en bonnets ronds, en loutre, moustachus, les sourcils broussailleux, la bouche énorme, rappellent les hommes d’Attila.
Aux angles du camp hexagonal, bruissent les tentes des femmes à soldats ; des ribaudes marchent avec ces reîtres, et les mots moyenâgeux correspondent bien à la forme de ces groupes. Le verbe haut, la danse prompte, l’ivresse continuelle, elles sont à tous ; nulle admiration de courage physique, de bravoure au combat, ne les décide au choix d’un amant. De l’amour, elles ne conservent que le goût de la douleur ; ce sont les harpies du meurtre, les prêtresses de supplices qui, sans exception, se rapportent à des atrocités sexuelles.
Le moins terrible d’entre eux, pour les hommes ennemis, est leur épouvantable caresse de la main prolongée plus loin que l’épuisement, plus loin que le jaillissement du sang, jusqu’à la mort.
Et c’est pour échapper à ces ribaudes que les blessés de la colonne Seymour acceptaient le coup de grâce donné par leurs camarades.