Avis pour la Méditation.

Chapitre VI.

Comme nous devons avoir toutes un grand zéle de notre perfection, de la gloire de Dieu & de sa très-sainte Mere, par la fuite de tous les vices: par l'exercice des vertus; & par la parfaite observance de notre Institut, des avis & des régles de notre Profession: & aussi d'estimer comme une grande faveur celle d'être corrigées lorsque nous manquerons à quelque chose, (quoique ce ne soit pas par malice) pour glorifier d'avantage Notre-Seigneur par cette pénitence, en demandant encore d'autres quelquefois pour la même fin, & pour nous exciter toujours à une plus grande observance.

Ainsi il est convenable que nous embrassions avec une grande diligence le moyen qui est le plus efficace pour nous aider à acquerir tout ce qui est dit ci-dessus qui est la sainte Oraison, laquelle pour ce sujet est si fort recommandée par Notre-Seigneur, qui dit en S. Luc 18. Oportet semper orare & nunquam deficere, c'est-à-dire, il est necessaire de toujours prier, & de ne jamais cesser.

Parce que l'Oraison, & principalement la mentale est comme une fournaise ardente, qui par sa chaleur rend les hommes prompts à pratiquer toutes sortes de bien, comme auparavant ils étoient paresseux par la froideur; & de même que le fer embrasé perd sa roüilleure, & cede au marteau, de maniere que l'artisan en fait ce qu'il veut, de même ceux qui par l'exercise de la Meditation, tâchent de s'embraser dans l'amour de Dieu, se dépoüillent par son moyen de la roüille des pechés, se revêtent de la splendeur de toutes les vertus, laissent la dureté de leur propre jugement, & de leur propre volonté, cedent aux autres, se laissent plier par la sainte obéïssance, & reçoivent toutes les formes que veulent les Supérieures.

D'où vient que comme nous sommes tenuës par l'obligation de notre Institut, d'employer tous les jours deux heures à cet exercice si noble, si fructueux, si méritoire, & si fort agréable à Dieu, il est nécessaire que nous tâchions de le faire si bien que nous en tirions du fruit, & qu'il nous maintienne dans une ferveur continuelle; afin qu'avec elle nous avancions toujours à une plus grande perfection.

Et parce que les Novices dans la Méditation, du moins celles qui n'en ont pas encore un grand usage ont besoin d'y être aidées particulierement, on juge à propos que la Maîtresse des Novices fasse la Méditation séparément avec elles, (comme il a été dit dans ses instructions) afin que de point en point, elle leur enseigne ce qu'elles doivent faire jusques à ce qu'elles ayent la pratique de toutes les matieres, conformément aux régles de l'Oraison.

Et la Mere devra faire en sorte que cet ordre soit observé pour décharger sa conscience, afin que les Novices ne demeurent pas ignorantes par sa faute dans une chose de si grande importance, & à laquelle elles sont obligées d'employer deux heures chaque jour.

L'ordre donc de l'Oraison sera, que toutes étant à genoux au Chœur, la Mere Prieure (ou bien celle qui la representera) y donnera commencement avec l'Antienne. Veni sancte Spiritus, reple tuorum corda Fidelium, & tui amoris in eis ignem accende.

V. Emitte Spiritum tuum & creabuntur. R. Et renovabis faciem terræ, avec l'Oraison, Deus qui corda Fidelium &c. Et comme la Superieure commencera l'Antienne, ainsi elle dira encore l'Oraison. Puis après la Sœur désignée par la Mere lira les points de la Méditation d'une voix haute, claire & distincte.

Les points étant lûs chacune fera la préparation à l'Oraison.

Puis s'il y avoit quelque prélude à faire comme des dispositions de lieu, ou demander quelque grace, qu'elles prétendent d'obtenir dans cette Oraison, elles la feront brievement, & commençant la Méditation par les points, elles discoureront sur ces points, ainsi qu'elles auront apris aux régles de la Méditation, & comme le saint Esprit leur suggerera, tâchant en tous les discours de s'exciter à diverses saintes affections, & à en tirer plusieurs instructions, corrections & saints propos, avec la demande de quelque grace pour elle, & pour le prochain, ainsi qu'il est traité aux Régles de la Méditation, & comme il est dit au second Chapitre de la seconde Partie des Constitutions.

L'Oraison étant finie, la Superieure, (ou une autre en sa place) la terminera avec ces paroles: Tu autem Domine miserere nobis. Et elle commencera l'antienne, Sub tuum præsidium confugimus &c. laquelle étant finie elle dira le verset, Ora pro nobis sancta Dei genitrix. R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. Et conclura disant, Oremus. Concede nos famulas tuas quæsumus Domine Deus perpetuâ mentis & corporis sanitate gaudere, &c.

Et parce que l'exercice de la Méditation est caché, & que la Mere ne peut pas penetrer les cœurs des Sœurs pour voir comme elles s'en acquittent: que les Sœurs pensent que Dieu les voit, & qu'il remarque comme chacune s'y comporte; & qu'ainsi elles y demeurent avec une grande humilité, prosternées aux pieds de sa Divine Majesté, s'imaginant que durant cette heure là il n'y a que Dieu seul au monde, s'efforçant de s'unir à lui autant qu'il leur sera possible par le moïen de cet exercice.