Avis sur la maniere de détruire quelque vice, par le secours de l'examen particulier.
Chapitre XIV.
Lors que quelqu'une se sentira travaillée de quelque vice, imperfection, on mauvaise inclination, comme seroit de colere, d'impatience, d'envie, ou d'autres semblables.
Qu'elle considere souvent combien ce vice est laid en soi-même, & comme il est peu séant à une personne Religieuse, qui est obligée de s'avancer dans la voye de la perfection.
Combien il déplaît à Dieu & au prochain, les dommages qu'il lui cause & aux autres, empêche beaucoup son progrès dans la perfection.
Et par le moïen de telles considérations, qu'elle s'excite à une grande hayne contre ce défaut; & qu'elle se resolve de lui faire une vigoureuse guerre; ne se contentant pas de le reprimer, à ce qu'il ne paroisse plus dans les actions exterieures: mais encore qu'elle fasse son possible pour le déraciner parfaitement du cœur.
Et pour cela. Premierement qu'elle tâche de reconnoître les causes, & les racines d'un tel vice, afin de les ôter. Puisqu'elle cherche divers remédes; pour les effectuer, entre lesquels elle se servira des suivans.
Premierement, tous les matins étant levée, qu'elle propose de ne jamais consentir à ce défaut, en demandant la grace à Nôtre-Seigneur, & une assistance particuliere à la très-Sainte Vierge.
2. Aussi-tôt que durant le jour elle se sentira tentée d'un tel vice, qu'elle se tienne sur ses gardes, & qu'elle ait recours à Dieu avec quelque oraison jaculatoire, principalement avec celle-ci qui est si fructueuse. Pere Eternel, je vous offre tous les mérites de nôtre Seigneur, de la très-Sainte Vierge, & de tous les Saints, pour moi, & pour tous mes prochains, vivans & trépassés.
3. Lors qu'elle sera tombée en ce défaut, que tout aussi-tôt elle s'en repente de tout son cœur, s'imposant quelques pénitences exterieures, comme celles de se fraper la poitrine; de dire un Ave Maria. Ce qu'elle pourra même faire en présence des autres; ou bien de baiser la terre, ou d'autres choses semblables selon sa dévotion, & sa commodité.
4. Dans le tems de l'examen, qu'elle s'examine particulierement sur tel défaut, & connoissant n'y être point tombée, qu'elle en remercie singulierement Notre-Seigneur & qu'elle invite sa bien-heureuse Mere à le remercier pour elle.
Si elle trouve qu'elle y soit tombée, qu'elle remarque combien de fois, conferant un examen avec l'autre sur ce défaut, afin de voir le fruit qu'elle aura tirée; s'imposant toujours quelque penitence particuliere pour cela.
5. Quand elle aura demeuré quinze jours sur un défaut, de la même maniere elle pourra passer à un autre, conformément à son plus grand besoin, & puis à un autre; aprés elle retournera à combattre le premier, renouvellant la bataille de quinze en quinze jours, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, prenant toujours garde à celui qui la moleste davantage, jusqu'à ce qu'ils soient tous détruits autant qu'il sera possible.
Et s'il y avoit quelque Sœur, qui eût quelque vice exterieur, comme de murmurer, ou d'autres semblables, qui causât du scandale aux autres, la Mere fera en sorte qu'elle se serve de cet examen, jusqu'à ce qu'elle en ait tiré du fruit.