De la maniere intérieure de réciter l'Office.

Chapitre IV.

Quant à la maniere intérieure qui consiste dans l'attention & la dévotion.

Il faut remarquer que comme dit très-bien S. Thomas, 22. q. 85. a. 13.

Il y a trois sortes d'attentions, sçavoir aux paroles, à leur sens, à la fin de l'Oraison qui est Dieu, & aux choses que l'on demande.

Quant à l'attention aux paroles, comme il est necessaire que chacune y soit si attentive, qu'elle n'y fasse point de fautes, de même il est bon de les dire conjointement de la bouche & du cœur.

Quant à la seconde attention qui consiste à être attentive au sens des paroles; quoique toutes ne puissent pas avoir cette intelligence, cependant selon que chacune sera capable d'entendre le sens; elle fera ce qui lui sera possible, pour exciter en elle les affections d'adorations, de loüanges, d'action de graces, de douleur de ses pechés, de crainte, d'amour, de confiance & les autres, que les paroles des Pseaumes nous presentent.

Celle qui n'aura pas cette capacité puisque la force de l'oraison ne consiste pas à entendre le sens des paroles, mais dans la bonté de Dieu, & dans l'institution de la sainte Eglise: elle pourra s'imaginer qu'elle est semblable à une personne simple & grossiere, qui presente à un Prince une Requête bien composée, récitant son Office posément, simplement & humblement, avec l'intention de demander à Dieu les choses qui nous sont signifiées dans cet office par les paroles de Dieu même & de la sainte Eglise; & ainsi par ce moyen facile elle sera attentive à Dieu & à la priere, à quoi sera trés-utile l'oraison que nous dirons avant Matines.

Pour une plus grande intelligence de l'attention à la fin de l'oraison, qui consiste en deux parties, sçavoir à être attentive à Dieu, & aux choses que l'on demande, il est à propos de remarquer ce que dit le Cardinal Caietan sur St Thomas.

Premierement, que quant à ce qui est de l'élevation de l'esprit en Dieu, lorsqu'une personne durant tout le cours de l'Office occuperoit son esprit à la contemplation de Dieu & de ces perfections comme la puissance, la sagesse, la bonté, & exciteroit ces affections sur ces sujets, elle y satisferoit trés-bien.

2. Comm'elle le feroit aussi si en récitant l'Office elle étoit attentive à la Passion de Notre-Seigneur, & à produire ses affections envers cette Passion, parce que elle s'attacheroit à un meilleur moyen pour s'élever à la Divinité, que n'est celui d'être attentive au sens des paroles.

A ce qui est dit ci-dessus, j'ajoute la pratique de quelques-uns qui me semble bonne, qui est de dire les Pseaumes en considerant tantôt une effusion de sang, tantôt une autre, ou bien une playe, & puis une autre, avec intention que par les merites de cette playe, ou de cette effusion de sang, Notre-Seigneur nous accorde les graces que nous lui demandons par ce Psalme, & celles qui ont été demandées dans l'oraison pour preparation à l'Office.

3. Quant à cette demande; le même Docteur dit, que c'est encore une bonne attention de demeurer attentive aux objets de nos demandes, sçavoir à la gloire du Paradis, & aux moyens, qui nous y conduisent, comme à la grace, & aux vertus, ou bien à quelqu'une en particulier; de même aussi, aux choses necessaires pour le regard de la vie, soit pour nous, soit pour autrui, quoique les choses temporelles qui sont nécessaires pour la conservation de la vie, ne se doivent pas demander, si ce n'est autant qu'elles concourent à nous faire mériter la grace, & la gloire à quoi principalement doivent tendre nos Oraisons.

Chacune se servira de ces attentions, conformément à la grace que Notre-Seigneur lui donnera pour cela.

Et parce que le démon ne manque pas de suggerer des distractions, ce sera encore un bon moyen pour les éloigner, & pour demeurer attentive; de penser que tandis que l'on prie, Dieu est present, & pour dire ainsi, nous prête l'oreille avec une grande attention, & que Notre-Seigneur Jesus-Christ, avec sa trés-sainte Mere & les Saints sont attentifs, & se joignent à nous pour chanter les loüanges divines.