Des secours spirituelles que l'on doit donner aux malades.
Chapitre XVII.
Quand une Sœur sera malade & alitée, les Sœurs prieront Dieu tous les jours particulierement pour elle.
2. Lorsque le mal croîtra considerablement, on dira à toutes les Messes l'Oraison pour les infirmes, excepté aux fêtes doubles.
3. Quand le mal sera tel, qu'elle ne pourra être portée dans l'endroit où on reçoit la sainte Communion, le Confesseur la confessera, & la communiera une fois tous les huit jours, la reconciliant premierement, & puis la communiant, afin de ne point entrer si souvent dans la cloture; si ce n'est que les Supérieurs jugeassent à propos de faire autrement.
4. L'on fera ensorte de donner l'extrême-Onction à la malade auparavant qu'elle ait perdu la connoissance, & lors qu'elle la recevra, on commencera l'Oraison continuelle à son intention, laquelle durera jusqu'à ce qu'elle rende l'ame, y ayant continuellement deux Sœurs devant le très-Saint Sacrement durant le jour, & même la nuit lors qu'il semblera à propos à la Mere Prieure; on les changera d'heure en heure, ou bien de demie heure en demie heure, conformément à l'ordre de la Mere Prieure, tant la nuit que le jour, & les deux premieres ne sortiront point jusqu'à ce que deux autres Sœurs leur succedent; lesquelles oraisons pourront être vocales, ou mentales apliquées à la malade; vocales, comme divers Pseaumes, Litanies, & Oraisons, faites pour les agonisans, la Passion, & autres choses semblables.
Et si elles ne veulent pas lire, elles pourront prier par maniere de fervante suplication, parcourant en détail la vie & la Passion de notre Seigneur, & celle de la sainte Vierge, les priant par tels, & tels mysteres de leur vie, de secourir leur servante; & quelque fois elles pourront convenir ensemble, que l'une prenne la vie de notre Seigneur, & l'autre celle de notre Dame, afin que la malade étant mise entre les deux ressente un secours plus efficace.
5. De plus, il y aura une autre Sœur destinée pour demeurer près du lit de la malade; qui de tems en tems la consolera, & récitera près d'elle tantôt quelques Pseaumes, tantôt les Litanies, d'autre fois les oraisons pour les agonisans ou la Passion. Cette Sœur sera encore changée d'heure en heure. Et quand la malade sera près de rendre l'ame, plus il y aura de Sœurs auprès d'elle pour faire des prieres, mieux les forces du démon s'afoibliront & plus la malade sera secouruë & encouragée.
6. En tous ceci chaque Sœur se comportera avec autant de viligance, de promptitude, & de charité qu'elle désireroit que l'on en exerçât envers elle lors qu'elle se trouvera à cette extrémité. Et ce qui sera fait pour la plus considerable, que l'on sçache qu'il doit aussi être pratiqué pour la moindre des Sœurs Converses.
7. Lorsque la malade sera morte, on laissera passer vingt-quatre heures auparavant que de l'enterrer. Et la sépulture sera dans l'Eglise intérieure des Religieuses, faite expressément pour elles.
8. De plus outre les Offices, & autres Oraisons ordonnés par les Constitutions la Mere P. lui fera dire trente Messes dans la matinée suivante immédiatement après sa mort, & si le Monastere est assez commode, on pourra lui faire dire trois trenteins, dont l'un sera de saint Gregoire. Et si c'étoit une Fête telle que l'on ne peut pas dire la Messe des morts, on lui fera apliquer celle de la Fête, donnant aux Prêtres leur rétribution, comme s'ils l'avoient dite des morts: & si on ne les peut pas dire toutes dans notre Eglise, on les fera dire le même matin en diverses Eglises, afin que l'ame reçoive au plûtôt les suffrages qui lui sont si importans.
COLLOQUES.
Que l'on pourra faire le matin.
Très sainte Trinité, Pere, Fils & Saint Esprit: comme vous êtes trois en personnes, & un en essence, comblée de perfections infinies; ainsi je vous louë, je vous benis & je vous glorifie en union des loüanges, des bénédictions & de la gloire que vous rend l'ame de notre Seigneur Jesus-Christ, sa très-Sainte Mere & tous les bien-heureux: désirant de vous loüer dans le même esprit, & vous priant par les mérites de notre Seigneur Jesus-Christ, que vous soyiez benite & glorifiée de tous, sur la terre comme au Ciel. Ainsi soit-il.
Comme vous êtes créatrice, conservatrice & médiatrice de toutes choses, je vous adore, & me soumets à vous en tout, comme à mon Créateur qui m'avez créé de rien à votre ressemblance, en union de l'adoration que vous rend l'ame de notre Seigneur J. C. sa trés-sainte Mere & les Bien-heureux, désirant de vous adorer dans le même esprit; & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez adorée de tous sur la terre comme dans le Ciel, Ainsi soit-il.
Comme vous êtes le Souverain bien, désiré des Créatures: je mets en vous ma joie, mon amour & ma complaisance: je me réjoüis avec vous de votre bien, de votre gloire, en union de l'amour dont vous a aimé l'ame de notre Seigneur J. C. sa très-sainte Mere, & tous les Bien-heureux, de la joye & de la complaisance qu'ils ont de vos perfections & de votre félicité: vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez aimée de tous sur la terre, comme dans le Ciel. Ainsi soit-il.
O mon Dieu, comme vous êtes le Souverain Bienfaiteur, d'où procéde tous bien, ainsi je vous rends grace de ceux qui ont été faits à l'humanité de notre Seigneur J. C. à sa très-sainte Mere, aux Bien-heureux, à moi & à tous les hommes; en union des actions de grâces que vous rend l'Ame de notre Seigneur J. C. sa très-Sainte Mere, & les Saints, désirant de vous remercier avec leur esprit, & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez remerciée de tous sur la terre, comme dans le Ciel. Ainsi soit-il.
Comme vous êtes le Souverain Seigneur & Dominateur, auquel on doit tous ses services, & la derniere fin à laquelle nous devons raporter toutes nos intentions & nos actions: ainsi je m'offre perpétuellement à votre service & je dirige mes pensées, affections, paroles, œuvres & souffrances à votre pure gloire, en union de l'oblation que notre Seigneur J. C. vous fit de lui-même au tems de sa mort & de la consécration que vous ont fait d'eux-mêmes en cette vie, la Bien-heureuse Vierge & les Saints, désirant & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que tous se dédient au service de votre Divine Majesté, avec leur même esprit. Ainsi soit-il.
Comme vous connoissez parfaitement mes nécessités corporelles & spirituelles, & celles des ames qui combattent encore sur la terre, ou qui souffrent dans le Purgatoire, ainsi je vous les representent toutes; & vous prie pour celles que vous connoissez devoir vous apartenir par la foi & les bonnes œuvres; en union, de l'Oraison que notre Seigneur J. C. en tant qu'homme fait continuellement devant votre Divine Majesté, en union aussi de celle de sa très-sainte Mere & de tous les Saints.
Et je vous suplie par votre infinie bonté & vos divines perfections, par les mérites de notre Seigneur J. C. de la Bienheureuse Vierge & des Saints, que vous nous donniez à tous la lumiere pour vous connoitre, une parfaite contrition, le pardon de nos pechés, & la grace d'éviter ce qui pourroit mettre obstacle à notre salut & à notre perfection; & que nous nous faisions violence, pour mortifier l'amour propre, la propre volonté, le propre Jugement, les passions déreglées, les mauvaises habitudes & inclinations, afin que nous soyons toujours résigné à votre sainte volonté, & détachées de toutes choses pour votre gloire.
Donnez-nous, Seigneur, les graces & les secours temporels & spirituels dont nous avons besoin pour vous servir & pour nous sauver: la vie, la santé & les autres biens temporels, non pas selon nos inclinations, mais seulement ce qui peut être utile à votre gloire, & à notre salut. Ainsi soit-il.
COLLOQUES.
Que l'on pourra faire le soir à la très-sainte Vierge.
Très-sainte & très-heureuse Vierge, notre Reine & notre Mere, je loüe l'indépendante, simple, parfaite, souverainement bonne, immense, immuable, éternelle & incompréhensible essence divine qui vous a communiqué des dons si excellens, en vous faisant Mere de Dieu, Reine des Anges & des Saints, souveraine du monde: c'est d'Elle que vous avez reçu cette abondante grace qui vous a renduë si pure, si parfaite, si élevée au-dessus des Anges & des Saints, si solide en toutes les perfections, & participante de la gloire éternelle en un si haut degré que nous ne le pouvons comprendre.
Je benis l'infinie puissance qui vous a communiqué tant de force contre l'ennemi infernal, l'infinie sagesse qui vous a faite si sage & si prudente, & la bonté éternelle qui vous a renduë si bonne & si bienfaisante à l'égard des hommes.
Je glorifie la divine beauté qui vous a embellie & ornée de tant de vertus héroïques, la divine connoissance qui de toute éternité vous a placée à la tête de toutes les pures Créatures & vous a destinée à être le chef d'œuvre des ses ouvrages, & la vérité éternelle qui vous a renduë si attachée au vrai, si fidelle & si sincere.
J'exalte la vie Divine, qui vous en a donné une si précieuse, la Divine volonté qui vous a voulu tant de bien de toute éternité, le Divin amour qui vous a cherie si fort, & qui vous a renduë si charitable.
J'adore la Divine misericorde qui vous a préservée de toutes les miseres du peché, & qui vous a renduë si miséricordieuse, la Divine Justice qui vous a faite si juste, la divine sainteté qui vous a faite si sainte.
Je glorifie cette Providence Divine qui a eu tant de soins de vous, la Divine Prédestination qui vous a prédestinée à une si grande gloire; le livre dans lequel vous avez été écrite de toute éternité après votre Fils, & la Divine & infinie Béatitude qui vous rends si glorieuse & si heureuse au Ciel.
Je remercie le Pere Eternel qui vous a daigné prendre pour sa Fille, plus chérie & plus aimée de lui que toutes les autres; le Fils qui vous a choisie pour Mere, & le saint Esprit pour Epouse.
Je rends graces à la sainte Trinité pour la bonté qu'elle a fait paroître en vous sanctifiant & vous comblant de Privileges si signalés. Je prie aussi les Bien-heureux que par leurs Cantiques & en notre nom, ils rendent à la Divine Majesté des loüanges & des actions de graces, pour les dons singuliers qu'elle vous a conféré, ô notre Reine, chantant continuellement pour ce sujet ces divines paroles. Ainsi soit-il: Bénédict: gloire, honneur, actions de graces, vertu & force à notre Dieu dans tous les siécles des siécles. Ainsi soit-il.
Après Dieu, je mets mon amour, ma joye & ma complaisance en vous: très-sainte Reine & Mere très-débonnaire? Désirant de vous aimer aussi ardemment que les Séraphins & tous les Bien-heureux. Je me réjoüis de tant de faveurs que Dieu vous a faite; je vous loüe, je vous benis & vous adore de l'adoration qui est dûë à la Mere de Dieu, en union des loüanges, honneurs & bénédictions que vous rendent les Anges & tous les Saints; désirant de le faire dans le même esprit, & que vous soyiez connuë, aimée, reverée servie parfaitement de tout le monde.
Je vous remercie de toutes les graces que vous m'avez faites, & que vous me faites continuellement, particulierement d'avoir donné au monde & allaité son Sauveur, des exemples de vertu que vous m'avez donnés, des faveurs que vous m'avez procurées de votre cher Fils, & de m'avoir apellée à votre service particulier.
Je vous offre mes sens, & mes puissances, désirant de m'employer toute entiere à votre service, pour la gloire de votre Fils & pour la votre, & de vous servir de la maniere qui peut être plus agréable à l'un & à l'autre.
Et comme vous êtes notre fidelle Protectrice auprès de la Divine Majesté, je vous represente mes besoins corporels & spirituels, & ceux de mes Sœurs, de nos Prelats & Peres spirituels, Parens, Amis Bienfaiteurs vivans & trépassés & de ceux que Dieu connois devoir lui apartenir, vous priant par les merites de votre très cher Fils & par les grandes graces qui vous ont été faites, que vous nous procuriez toutes celles dont nous avons besoin pour le servir dignement. Ainsi soit-il.