Comme la Mere se doit comporter envers chaque Sœur en particulier.
Chapitre XV.
Quoique le bien particulier de chacune soit contenu dans le bien commun, & que d'autant plus celui-ci va mieux, d'autant plus les particulieres en sont aidées davantage, néanmoins il y a plusieurs raisons pour lesquelles il est nécessaire que la Mere traite particulierement avec celle-ci, ou avec celle-là, & qu'elle sçache agir avec chacune ainsi qu'il est convenable.
C'est pourquoi notre Pere St Augustin donnant des préceptes, & des instructions sur ce sujet, ordonne à la Prieure, qu'elle reprenne les inquiétes, qu'elle console les foibles de courage, qu'elle reçoive les infirmes, & qu'elle soit patiente avec toutes, qu'elle prenne volontiers la discipline sur elle, & qu'elle l'impose aux autres avec crainte.
Et quoique l'amour & la crainte soient nécessaires, cependant elle doit plûtôt désirer d'être aimée, que redoutée ou apréhendée par les Sœurs.
Pour l'exécution de tout ce qui est dit ci-dessus, comm'il n'est pas convenable qu'elle soit si fort familiere, & indulgente envers quelqu'une, que les autres en soient offensées, aussi est-il nécessaire qu'elle parle quelquefois familierement, & avec un amour maternel à toutes les Sœurs en particulier, afin de découvrir les inclinations de toutes, & qu'elle voye leurs nécessités, & leurs infirmités spirituelles & corporelles.
Se rendant toujours prompte à soulager avec la charité convenable, tous leurs besoins corporels, & encore plus les nécessités & infirmités spirituelles, comme étant bien plus importantes que les corporelles.
De deux sortes d'infirmités spirituelles, & les remedes contre celles qui peuvent être évidentes.
Chapitre XVI.
Et parce que les infirmités spirituelles sont de deux sortes; les unes qui paroissent à l'extérieur, & se font connoître, non-seulement à la Mere, mais aussi aux autres Sœurs, comme d'être colére, impatiente, vindicative, lente à obéïr, rude en paroles, sujette à murmurer, & autres semblables défauts.
Les autres infirmités cachées dans les cœurs des Sœurs, sont d'être variables, d'avoir de mauvaises inclinations, des tentations, & autres dangers de l'ame.
Quant aux infirmités découvertes, elle doit mettre toute son étude pour les guerir, afin qu'elle n'ait pas à en rendre compte à Dieu, si par la négligence elles ne sont pas changées.
Premierement, elle y doit travailler avec douceur, les exhortant quelquefois à faire l'examen particulier sur tel défaut, jusqu'à ce qu'elles l'ayent surmonté parfaitement. De plus, si cela n'est pas suffisant, elle les doit corriger de telle maniere qu'elle les fasse rougir & confondre. Et enfin elle doit agir plus sévérement, imposant des pénitences convenables, afin qu'elles se corrigent, mêlant prudemment le vin avec l'huile, la rigueur avec la douceur, & se comportant avec tant de charité, que les mêmes Sœurs châtiées, quoiqu'elles ressentent de la peine à souffrir, connoissent pourtant qu'elle exerce son Office avec charité; & que ceci soit dit pour la maniere avec laquelle on doit faire la correction.
Et quant aux personnes qui doivent être corrigées, il sous-entend ici toutes celles qui en auront besoin quelques anciennes qu'elles puissent être, & encore plus celles-ci que les moins âgées, parce que la correction des plus anciennes profite plus à l'avantage commun & à l'aide de toutes, que non pas les pénitences données aux plus jeunes.
Elle se servira encore de l'aide du Confesseur en ce qui surpassera ses forces, conformément à l'avis que lui en donne notre Pere St Augustin, & non-seulement du Confesseur; mais encore de l'Ordinaire, selon que la chose le méritera.
Et qu'elle donne les pénitences avec humilité, croyent les mériter plus que celle à qui elle les imposera, désirant de les accomplir plûtôt elle-même, que de les donner aux autres, si c'étoit pour la plus grande gloire de Dieu.
De plus, il est nécessaire qu'elle exerce la patience envers toutes, lorsqu'après avoir employé tous les remédes, ils ne réussissent pas selon son intention; ce qu'elle fera plus exactement, quand elle reconnoîtra dans quelqu'une peu d'esperance de se perfectionner, ne manquant pas cependant de prier pour elle, & de l'exciter de tems en tems, afin que par la solicitude elle la rende honteuse, ensorte qu'elle en soit aidée.
De la maniere de découvrir les infirmitées cachées, & des remedes que l'on y doit aporter.
Chapitre XVII.
Quant aux infirmités spirituelles qui sont cachées, il est sans doute que l'on ne peut y rémédier, si elles ne sont pas connuës, les voyes pour les connoitre sont de deux sortes; l'une par le moyen du don de la discretion, lequel non-seulement fait connoitre l'intèrieur des personnes, par les indices extérieurs, mais encore fait dicerner les principes des pensées humaines, si elles sont de Dieu, ou du démon, ou excitées par la nature, & instruit pour apliquer les remedes conformes aux maux, avec les moyens convenables & en tems propre.
Et puisque c'est un don que Dieu communique aux personnes d'une grande sainteté, la Supérieure doit avec une profonde humilité prier Notre-Seigneur, que comme il lui a confié le soin de ses ames, qu'ainsi qu'il lui donne la discretion qui lui est nécessaire, & qu'il lui inspire quel conseil elle doit suivre, tant dans ses actions que dans celles de ses Sœurs, afin qu'elle ne fasse point de fautes, & qu'elle ne soit pas cause de celles des autres.
L'autre moyen pour connoître l'intérieur des Sœurs, est de s'efforcer de les attirer par l'exemple des bonnes œuvres, principalement de la charité, de la patience & de la douceur, en telle sorte qu'elles désirent de lui découvrir tous les secrets de leurs cœurs, animant le courage des timides, & entrant avec tant de dexterité dans leurs cœurs, qu'elle leur tire de la bouche ce que pour leur bien il est à propos qu'elle sçache, n'en intimidant aucune, mais consolant les craintives ou pusillanimes (comme dit notre Pere St Augustin) les encourageant toutes, les instruisant, & leur donnant les remédes convenables à chacune, & enfin les traitant de telle maniere, qu'elles se sentent consolées de s'être découvertes à elle.