Régles des Discrettes ou Conseilleres de la Mere.
Chapitre XX.
1. Comme les Discrettes & Conseilleres doivent être de meur & sain jugement, ainsi dans toutes leurs consultes, elles doivent toujours envisager la plus grande gloire de Dieu, comme elles le protestent par ces paroles qu'elles disent lorsqu'elles se levent avant que de donner leur avis. Sit nomen Domini benedictum, c'est-à-dire, le nom de Dieu soit benit.
2. Et afin que l'on agisse dans l'esprit que les Constitutions demandent, qu'elles soient amatrices du bien commun, y ayant toujours égard dans toutes leurs déliberations.
3. Et pour ne point perdre de vûë la plus grande gloire de Dieu, le bien commun, & pour recevoir de plus grande lumiere, & plus de liberté d'esprit à donner leur avis, & à dire sincérement leur sentiment, comme les Constitutions ordonnent, qu'elles fassent ensorte d'être exemtes de toutes passions déréglées, tant pour le regard de leur propre interêt, que pour celui des autres.
4. Qu'elles entendent & comprennent bien ce qui fait l'objet de la consulte, & l'ayant bien compris, qu'elles en consultent avec Dieu, le priant de les éclairer en ce qui est de sa plus grande gloire.
5. Qu'elles disent leurs sentimens, avec humilité, modestie & charité, paisiblement, briévement & clairement, avec les raisons qui se presenteront à elles pour-lors, prenant bien garde de ne point offenser les autres en les disant.
Après qu'elles auront donné avis, elles demeureront tranquilles, sans s'alterer, ni murmurer: si la Mere Prieure & les autres étoient d'avis contraires, ainsi que disent les Constitutions, cédant toujours volontiers, & croyant meilleur le sentiment des autres.
7. Qu'elles tiennent secret ce dont il aura été traité entr'elles, ne reproduisant jamais leur avis, ou celui des autres. Et qu'elles gardent entr'elles la charité & le respect convenable.
8. S'il se presentoit à l'une d'elles quelque chose qu'elle jugeât avoir besoin de consultation ou de reméde, elle pourra la proposer à la Mere avec la charité & le respect qui convient.
9. Qu'elles ayent soin de diriger toutes leurs actions, selon l'obéissance & le respect dû à la Mere Prieure, conformément aux occasions qui se presenteront, & qu'elles soient exactes à en donner l'exemple aux autres par elles-mêmes.
10. Et parce que quelquefois il pourroit arriver que la Mere auroit besoin de quelque avertissement, ou pour ce qui concerne sa personne, ou pour le gouvernement, elles devront prendre garde à tout, & faire qu'elle soit avertie de ce qu'il semblera nécessaire à toutes, ou bien à la plus grande partie d'entr'elles, observant sur ce sujet ce que les Constitutions ordonnent, ainsi qu'il est porté dans l'Office de la Mere Prieure.
INSTRUCTIONS & Avis pour la Maîtresse des Novices, sur la façon de les instruire dans la dévotion.
Des qualités que la Maîtresse des Novices doit avoir, & des motifs qui la doivent inciter à bien faire son Office.
Chapitre XXI.
Que la Maîtresse des Novices sçache que l'Office qui lui est commis est de grande importance, puisque de la premiere instruction des Novices, dépend en grande partie leur profit, & l'esperance que le Monastére pourra fleurir dans l'exacte observance.
C'est pourquoi il est nécessaire qu'elle fasse son possible pour posseder toutes les qualités que demandent les Constitutions en ce qui concerne son Office, & qu'elle se montre comme un miroir de toutes les vertus aux Novices, qu'elle doit instruire à l'imitation de Notre-Seigneur Jesus-Christ, lequel commença premierement à faire, & ensuite à enseigner; & de plus, parce que les exemples excitent davantage que les paroles.
Faisant que tous les jours par l'étude de sa propre perfection; elle se rende un instrument plus propre pour les aider.
Et singulierement, il est convenable qu'elle soit fort paisible, amie du silence, bien intelligente de ce qui concerne l'Institut, les régles, les instructions & les avis touchant la haine des vices, & l'acquisition des vertus, afin de pouvoir instruire les Novices en cela.
Et non-seulement elle doit être leur Maîtresse & leur exemple dans toutes les vertus, mais encore elle doit être leur Mere, les traitant avec l'amour & la douceur qui est convenable, procurant qu'elles soient pourvûës de tout ce qui leur sera nécessaire, tant en maladies qu'en santé.
Et afin que la Maîtresse soit excitée à se donner entierement à cet exercice de l'instruction des Novices, outre la grande gloire qu'elle procure à Dieu en cela, qu'elle considere encore le profit singulier qu'elle fait, puisqu'elle doit être participante de tout le bien que feront les Novices qu'elle aura bien instruites.
Parce que s'il est vrai ce que dit le Prophéte. Particeps ego sum omnium timentium te, c'est-à-dire, j'entre en participation (ô mon Dieu) avec tous ceux qui vous craignent, à combien plus forte raison participera-t'elle aux biens de celles qu'elle aura guidées dans le Service de Dieu?
Et au contraire combien sera-elle sévérement jugée & châtiée au jugement de Dieu, si par sa négligence, ou par son mauvais exemple les Novices avoient pris quelque mauvaise habitude, & si elle s'étoit renduë irréguliere, troublant la paix & le bon ordre.