URBS SACRA ET AETERNA

Rome! quelle page dans l'histoire a été la tienne,

dans les temps d'autrefois où ton épée républicaine

régit le monde entier, pendant une période de bien

des siècles! Alors tu fus la reine couronnée de tes

peuples,

jusqu'au jour où parut dans tes rues le Goth

barbu. Et aujourd'hui, ô cité couronnée par Dieu,

découronnée par l'homme, c'est l'odieux drapeau

rouge, blanc et vert que les brises font flotter sur

tes murs.

En quel temps étais-tu en ta gloire? Alors que tes

aigles avides de pouvoir prenaient leur vol pour saluer

le double soleil et que les nations tremblaient

sous ton sceptre?

Non, ta gloire s'est prolongée jusqu'à ce jour, où

les pèlerins s'agenouillent devant, le Saint unique,

le pasteur captif de l'Eglise de Dieu.

SONNET COMPOSÉ APRÈS L'AUDITION DU
DIES IRAE
CHANTÉ DANS LA CHAPELLE SIXTINE

Non, Seigneur, il n'en est pas ainsi. La blancheur

du lis au printemps, les mélancoliques bois d'oliviers

ou la colombe à la poitrine argentée m'apprennent

plus clairement ta vie et ton amour, que

ces flammes rouges et ces coups de tonnerre, avec

leurs terreurs.

Les vignes empourprées m'apportent de doux

souvenirs de toi: un oiseau qui, le soir, rentre à tire

d'aile vers son nid, me parle de celui qui n'a aucune

place pour se reposer. Je m'imagine que c'est sur toi

que chante le passereau.

Viens plutôt par une soirée d'automne, quand le

rouge et le brun brillent sur les feuilles et que les

campagnes répètent comme un écho la chanson du

passeur.

Viens quand la pleine lune en sa splendeur laisse

tomber son regard sur les rangées de gerbes dorées,

et alors fais ta moisson; nous avons attendu longtemps.