II.—PRESAGES DE NAISSANCE

"L'evesque d'Olmutz raconte, dit Goulart[1], que lorsque Wenceslas, depuis empereur (sous lequel survindrent beaucoup de desordres en Alemagne, en Boheme et ailleurs) nasquit, le feu se prit a l'eglise de Saint-Sebauld, en la ville de Nuremberg, ou l'on chaufoit l'eau pour le baptiser, qu'il urina dedans les fonds et fit des ordures sur l'autel; sa mere, femme de l'empereur Charles IV, mourut en cette couche de Wenceslas, lequel fut le plus chetif empereur que l'Alemagne ait veu."

[Note 1: Au XXIIIe livre de l'Histoire de Boheme.]

D'apres Abraham Bucholcer[1]. "Jean Frideric, electeur de Saxe, ne le trentiesme jour de juillet 1503, apporta du ventre de sa mere le presage de son avanture, ascavoir sur son dos une croix luisante comme or, laquelle veue par un homme d'eglise venerable par sa vieillesse et piete, lequel avoit este appelle par les dames de chambre de l'electrice, il dit: Ce petit enfant portera quelque jour une croix que tout le monde verra, puis que des son entree au monde il en a l'enseigne si manifeste. On en vid le commencement en la princesse Sophie, sa mere, laquelle mourut douze jours apres cest acouchcment."

[Note 1: En sa Chronologie.]

"J'ai apris de gens dignes de foi, dit le docteur Philippe Camerarius[1], que le tres puissant roi de la Grand'Bretagne, Jacques, venant au monde, fut veu ayant sur le corps un lyon et une couronne bien apparente, aucuns disent de plus une espee: marques de grand presage et dignes de plus ample consideration."

[Note 1: Au IIIe vol. de ses Meditations historiques, liv. III, ch. II.]

Suivant Marin Barlet[1], "La princesse d'Albanie, fort enceinte, songea qu'elle se delivroit d'un grand serpent, qui de son corps couvroit l'Albanie, ouvroit la gueule sur la Turquie pour l'engloutir, et estendoit doucement la queue vers Occident. Elle se delivra d'un fils, lequel avoit sur le bras droit la forme d'une espee bien emprainte. Il fut nomme George, puis, par les Turcs, Scanderberg, c'est-a-dire seigneur Alexandre. Ce fut un tres sage, tres heureux et tres valeureux prince, qui fit rude guerre aux Turcs."

[Note 1: Vie de Scanderberg, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. III, p. 314.]

Baptiste Fulgose[1] raconte que "Elisabet d'Arc, paisanne lorraine, estant fort enceinte, elle conta a ses voisins, au village, avoir songe qu'elle enfantoit la foudre, dont elles ne firent que rire. Tost apres elle acoucha d'une fille, ce qui augmenta la risee. Ceste fille, nommee Jeanne, et surnommee la Pucelle, devenue en aage, quitta les moutons, prit les armes, et fut une vraye fouldre de guerre: car par une speciale faveur et force divine, elle ravit aux Anglois, possesseurs de la pluspart du royaume de France, tout le bonheur dont ils avoyent jouy plusieurs annees, les afoiblit, batit et harassa en tant de rencontres et de sieges, qu'ils furent contraints quitter tout. Finalement, Jeanne, prise en certaine sortie, fut bruslee vive par les Anglois, lesquels depuis ne durerent gueres en France, ains repasserent la mer."

[Note 1: Au liv. I, chap. V, du recueil de ses Histoires memorables, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. III, p. 341]

Jean Francois Pic de la Mirandole[1] raconte que "Bien peu de temps avant la naissance de Jean Picus, prince de la Mirandole, tant renomme entre les doctes de nostre temps, l'on descouvrit un grand globe de flamme ardante sur la chambre de la mere de ce prince, lequel globe de feu disparut incontinent. Cela presageoit premierement en la forme ronde la perfection de l'intelligence qu'auroit l'enfant, lequel nasquit en ceste chambre au mesme instant, et qui seroit admire de tout le monde, a cause de la prompte vivacite de son esprit, tout epris de l'amour des sciences, de la speculation des choses sublimes, et de la continuelle contemplation des mysteres celestes. Outre plus, ce feu sembloit presager l'excellence du parler de ce prince, lequel embrasoit ses auditeurs en l'amour des choses divines: mais que ce feu ne feroit que passer. De fait, ce grand prince mourut fort jeune, ascavoir en l'aage de trente-deux ans, l'an 1494, au mois de novembre, estant ne le vingt-quatriesme de fevrier 1463."

[Note 1: En la Vie de Pic de la Mirandole, son oncle.]

"Jerosme Fracastor de Verone, encore fort petit, a ce que raconte l'auteur de sa vie[1], estant porte entre les bras de sa mere un jour d'este, l'air venant a se troubler, voici un coup de fouldre, lequel atteint et tue la mere, sans que son petit enfant fust tant soit peu offense, presage de l'illustre renommee d'icelui, docte entre les doctes qui ont este depuis cent ans."

[Note 1: Vie de J. Fracastor, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. III, p. 315.]