§ III.
De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.
Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous pouvons en citer plusieurs exemples.
Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de Lasphrise, a placé, dans ses Œuvres poétiques (Paris, 1599), une tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier et dont voici le début:
Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne
Tois enud elliv gruob uo egalliv.
Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que chaque mot doit être lu de droite à gauche.
«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il commence ainsi:
Cerdis zerom deronty toulpinié
Pareis hurlin linor orifieux.
Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux heureux désœuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un pareil emploi des facultés intellectuelles.
Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En feuilletant l'édition de ses Poemata (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8o), nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), in meretricem lascivam, est en partie chiffrée;
Le second vers est exprimé sous cette forme:
Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
et le dernier:
Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
La Biographie universelle, dans l'article consacré au trop célèbre marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande partie, en chiffres dont il avait seul la clef.
Nous rencontrons deux ou trois pages chiffrées dans une composition spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la Physiologie du mariage, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation XXV le paragraphe intitulé: des Religions et de la Confession considérées dans leur rapport avec le mariage, vous y lirez ce qui suit:
«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
«Lsuotru e-nedtnim dbreaus jivec udnt lett emrnu eaCmetss esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeusg ienqseuedroteapt...»
Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la Physiologie du mariage ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.
Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de celles que nous signalons ici.
Les Œuvres poétiques du sieur de La Charnais, gentilhomme nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres exemples.
Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le Scarabée d'or (the Gold-Bug), raconté comment un homme, doué d'une intelligence pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:
53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)
En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le caractère 8 se présentait 33 fois,
| ; | 26 fois, |
| 4 | 19 fois, |
| +) | 16 fois; |
en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.
CHAPITRE VI.
DES LIVRES À CLEF.
Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous ses yeux.
Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
Les Princesses malabares: ce livre irréligieux, attribué à Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:
Mison (Simon), saint Pierre; Tuotalic, catholique; Rasoni, raison; Roligine, Religion; Ema, âme; Chéterine, chrétienne; Gélise, église; Vaddi, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:
Les Aventures de Pomponius (par Labadie), Rome (Hollande), 1725. Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de l'anagramme: Relosan, Orléans; Lauges, Gaules; Cilopang, Polignac; Judosb, Dubois; Nedoc, Condé; Xeamu, Meaux.
Dans les Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de la vertueuse princesse Oribelle, par Rétif de la Bretonne, tous les noms sont travestis: Rousseau devient Assuero, et Voltaire Iratlove.
N'oublions pas les Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone (par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses Mélanges extraits d'une petite bibliothèque, où il a également placé la clef d'une nouvelle de Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre Charles II et ses favorites: Hattigé, ou les Amours du roi de Tamaran, Cologne, 1676.
Les Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans, présentent un mystère qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même: Louis XV, roi des Français.
Indiquons encore:
Les Visites, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
Voyage du Vallon tranquille (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
Histoire de la princesse de Paphlagonie, par mademoiselle de Montpensier.
Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique, avec la clef, par Chevrier, La Haye, 1767.
Galerie des États généraux (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le Cymbalum mundi, de Bonaventure Des Periers.
M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production bizarre et hardie, petit chef-d'œuvre d'esprit et de raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième siècle.»
Le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, par Somaize, 1661, n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
Vogt, dans son Catalogus librorum rariorum, mentionne un recueil de poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. Les noms y sont anagrammatisés; Madaavemania est l'âme (anima) d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (Christus); Rifeluc est Lucifer; Moscos désigne Cosmos, le Monde, etc.
Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, intitulé les Mille et une Faveurs, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste effroi au chaste lecteur.
CHAPITRE VII.
DU DÉCHIFFREMENT.
Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée.
Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui déroute l'observateur.
Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.
La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou tel caractère à telle ou telle lettre.
Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés deviennent de plus en plus sérieuses:
Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
A B C
abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
D E F
bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
G H I K
fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
L M
pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:
| 14 | f | 3 | d |
| 14 | i | 2 | b |
| 12 | b | 2 | n |
| 11 | e | 2 | p |
| 10 | g | 1 | o |
| 9 | c | 1 | q |
| 8 | h | 1 | r |
| 8 | k | 1 | s |
| 5 | m | 1 | t |
| 4 | a | ||
Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.
Je vois d'abord que h i k f se trouvent en deux endroits (B, M); que i k f se trouvent en un seul (F); enfin, que h e k f (C) et h i k f (B, M) ont du rapport entre eux.
D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots, ce qu'on indique par les deux points:
Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans amant, legunt, docent, etc.; donc i, e sont probablement des voyelles.
Puisque f m f (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut raisonnablement conjecturer que m ou f est voyelle, car un mot n'a jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est probable que c'est f puisque f se trouve quatorze fois et m seulement cinq; donc m est consonne.
De là allant à K ou g b f b c b g, on voit que, puisque f est voyelle, b sera consonne dans le b f b, par les mêmes raisons que ci-dessus; donc c sera voyelle, à cause de b c h.
Dans L ou g b g r b, b est consonne; r sera consonne, parce qu'il n'y a qu'un r dans tout l'écrit; donc g est voyelle.
Dans D ou f c g f g, il y aurait donc un mot ou une partie de mots en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en prenant f c g, pour voyelles; donc ce n'est pas f, mais m qui est voyelle, et f consonne; donc b est voyelle (voyez K). Dans cet endroit K, on a la voyelle b trois fois, séparée seulement par une lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se rencontre, tels que edere, legere, munere, si tibi, etc., et comme c'est la voyelle e qui est le plus fréquemment dans ce cas, il faut en conclure que b correspond probablement à l'e, et i à r.
En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:
Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.
Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.
Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le déchiffrement d'un écrit en langue française.
Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne la voyelle e.
Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, comme dans désirée, fusée, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que ce signe représente l'e. La voyelle e, dans un mot de deux lettres, est toujours précédée des consonnes c d j l m n s t ou suivie de celles n t.
Indépendamment de l'interjection o, qui n'est guère employée dans une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules, forment un mot complet. Ces lettres sont a et y. Si l'on trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à une de ces deux lettres.
Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle a, elle précède d'ordinaire les lettres h, i, u, comme dans ah ai au, ou bien elle est après les lettres l, m, n, s, t, comme dans la, ma, sa, ta.
Des diphthongues, ai, au, eu, oi, ou, la dernière est celle qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.
Lorsque la lettre e est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, r ou s.
Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement d'un e.
Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes b, f, g, h, p, q.
Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans été, ici, non, ses.
Supposons que vous avez découvert le monosyllabe le et que vous ayez un autre mot de trois lettres dont les premières sont l et e, vous jugerez que la troisième est un s, attendu qu'elle est la seule qui, dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe le et former le mot les. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot les, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un e et un s, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore inconnu, doit être la lettre t, et que ces trois signes expriment le mot: est.
Ayant découvert la lettre s, vous examinerez si elle ne se trouve pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre e, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un a ou un i. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre l; en ce cas, vous serez certain que c'est un i. Si, au contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre l, vous en conclurez qu'il désigne l'a.
Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou lettres, savoir les trois voyelles a e i, et les trois consonnes l s t, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot lettre, où tout se trouvera connu, excepté la lettre r, lettre que dès ce moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot cette, où tout sera connu excepté la lettre c, le mot ville où la lettre v seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.
Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.
Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir en vue pour divers idiomes européens.
En anglais, l'e est la voyelle qui revient le plus fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un a comme dans earl (comte), great, reason. L'o est commun dans les mots formés de deux lettres; il est maintes fois accompagné du w, comme dans grow, know, narrowly. L'y se rencontre souvent à la fin des mots et presque jamais au milieu. L'article indéclinable the (le, la, les) reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des mots, sont ll et ss.
En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre voyelles, a, e, i, o; l'u est rare en pareil cas. Che est le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce n'est gli, n'offre un l pour lettre du milieu.
La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que arrepentimiento, verdaderamente. La voyelle o est celle qui est la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de l's, comme dans nosotros, votos. Au milieu des mots, u est fréquemment suivi d'un e; vuestro, ruego.
Passons à l'allemand. L'e est la voyelle la plus usitée; elle se présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils finissent en er, es, en ou et. L'n est la consonne qui revient le plus souvent; l'a n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois lettres; la consonne c est toujours liée au h ou au k. Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation o! On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en enn, wenn et denn. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: bald, dein, doch, etwn, Hand.
C. A. Kortum, dans ses Principes (en allemand) de la science du déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande, donne à ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
La première ne présente que des lettres:
Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres et les mots ne sont pas séparés:
64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de l'orthographe.
En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous ses efforts infructueux.
C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées de voir que leur secret n'en était pas un.
Voici un fait de ce genre.
M. Decremps, auteur de la Magie blanche dévoilée, se vantait de parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre a; que l'e était rendu par une tête vue de profil, et l'i par la figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.
CHAPITRE VIII.
DES ÉCRITURES OCCULTES.
On donne le nom d'encre de sympathie aux substances dont on fait usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.
Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en secret.
Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent être lus nettement et sans difficulté.
On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.
Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque poudre.
On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées et elle la fait revivre.
Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand jour.
L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.
On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le papier est fortement échauffé.
Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
Avec du jus de cerise, verdâtre;
Avec du jus d'oignon, noirâtre;
Avec du jus de citron, brun;
Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli dans une certaine quantité d'eau.
Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une troisième fois.
Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'œil, lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre pendant quelques moments.
Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place celle qui était invisible.
L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.
Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil, reparaîtront au bout d'une heure ou deux.
Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose: l'escriture apparoistra noire.
«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un œuf, avec la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur substance, sans que rien paroisse dehors.
«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le sache.
Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.
L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.
Enduisez un œuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'œuf pendant une nuit dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la cire, écaillez l'œuf et mettez la coquille entre votre œil et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la coquille de l'œuf: faites durcir un œuf, enduisez-le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez l'œuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez sur le blanc de l'œuf de belles lettres couleur de safran.
Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.
Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait.
Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.
«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus d'oignons blancz.
«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte avec alun de plume.»
Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité peri grammaton acriton, et Calphurnius Bassus, de litteris illegibilibus.»
Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le mérite de les avoir créés.
BIBLIOGRAPHIE
Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les recherches.
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Dalgarno (George). Ars signorum, vulgo character universalis et lingua philosophica, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. Nodier extrêmement remarquable (voir les Mélanges extraits d'une petite bibliothèque, pag. 268, et les Notions de linguistique, 1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à Edimbourg en 1834; la Revue d'Edimbourg, no 124, juillet 1835, leur a consacré un article.
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Funks (Chr. B.). Natürliche Magie, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.)
Gerrar (di). Siglarium romanum sive explicatio notarum ac litterarum, Londres, 1793, in-4.
Godevin (François), évêque d'Hereford, Nuncius inanimatus Utopiæ, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode secrète de correspondance au moyen de signes convenus.
S'Gravesand, Introductio in philosophiam (Lugd. Bat., 1737). Il y est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres.
Grischow (Aug.). Introductio in philologiam generalem, Jenæ, 1704, in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, et sur les moyens de découvrir pareils secrets.
Hanedi, Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, natürliche Red- und Schreibekunst, Nuremberg (sans date), in-8, 299 pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de mathématiques à Altorf, mort en 1636.
Hilleri (L. H.) Mysterium artis steganographicæ novissimum, Ulmæ, 1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans son Opusculum steganographicum, publié à Tubingue en 1675.
Hindenburg (C. F.). Archiv der reinen und angewandten Mathematik. (Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)
Hottinga (Domin. de). Polygraphie ou méthode universelle de l'écriture cachée et cabalistique, Groningue, 1620, in-4. C'est la reproduction textuelle de la traduction de la Polygraphie de Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hésité à donner ce travail comme étant entièrement son œuvre, et il déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.
Jones. Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal hieroglyphic language, London, 1768.
Kalmar (Georgius). Præcepta grammatica atque Specimina linguæ philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ. Berolini, 1772, in-4, 56 pag.
Kircheri (Athan.) Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis, dans la Magia universalis de Schott, part. IV, lib. I.
—Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi populis poterit quis correspondere, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., 1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement en chiffre quelconque.
Klüber (Lud.). Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst, Tubingue, 1809, in-8, 470 p.
Kortum (C. A.). Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher Zifferschriften, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.
Langage (Le) muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans écrire et sans se voir, Middelbourg, 1688, in-12.
Latour (Charlotte de). Le Langage des fleurs, Paris, 1820; 6e éd., 1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est M. Aimé Martin.)
Leibnitz. Historia et commendatio linguæ characteristicæ universalis, dans ses Œuvres posthumes, éditées par Rashe, 144 pag.
(Lemang). Die Kunst der Geheimschreiberei,... im. G. L. Leipzig, 1797, in-4, 40 pag.
Lennep (D. J. de). Dissert. de M. Tullio Tirone, Amsterdam, 1804.
Lindner (Sam.). Elementa artis decifratoriæ, Regiomontani, 1770, in-8.
Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften zu lesen, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.
Neyrin (J. P.). Principes du droit des gens. (Brunswick, 1783, in-8), pag. 160 et suiv.
Nouveau Traité de diplomatique, par deux religieux bénédictins (D. Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. Voy. tom. III, p. 499-622.
Niethammer (J. M.). Ueber Pasigraphie und Ideographie, Nurnberg, 1808, in-8.
Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants, Paris, 1687, in-12.
Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter describentibus interpretandisque. (En latin et en italien, in-8, 44 feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de Florence.
Ozanam (Jacques). Récréations mathématiques et physiques, 1778, 4 vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.
Pancirolli (Guidonis). Rerum memorabilium sive deperditarum commentarius, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.
Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes, 1793, in-8, 46 pag.
Porta (J. B.). De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri quinque, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, in-4.—Montbelliard, 1593, in-8.—Naples, 1602, in-folio.—Strasbourg, 1603, in-8.
— Magia naturalis, Naples, 1558.—Anvers, 1561.—Naples, 1589.—Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de l'art de chiffrer.
Prasse (M. de). De reticulis cryptographicis, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 pag.
Ramsay (C. A.). Art d'écrire aussi vite qu'on parle, Paris, 1783, in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes éditions portaient pour titre: Tacheographie ou l'Art d'écrire, etc. On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.
Sarpe, Prolegomena ad tachygraphiam romanam, Rostock, 1829, in-4.
Schmidt (J. M.). Vollstændiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache, Dillingen, 1807, in-8.
— Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre, 1816-1818, 2 vol. in-8.
Schott (Gaspard). Schola steganographica in classes octo distributa, Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont indiquées par les bibliographes.
— Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis, 1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs pensées à l'aide de l'écriture secrète.
Seleni, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique auctoris et aliorum non contemnendis inventis, Luneburgi, 1624, in-folio.
Solbrit (Dav.). Ratio scribendi per zifras, 1726, in-8.
— Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben, Coburg, 1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.
Steganographia recens detecta, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. W. P.
Stein (A.). Ueber Schriftsprache und Pasigraphie, München, 1809, in-8.
Stieler (C. von). Deutsche Secretariatskunst. Nuremberg, 1678, in-4. Voir tom. I, pag. 547-555.
Stubenrauch. Histoire abrégée de la Cryptographie. Il s'en trouve un extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et suiv.
Tod (Al.). The olive-leafe or an universal A. B. C., London, 1603, in-8.
Trithemii (J.). Polygraphiæ libri VI, Oppenheim, 1518, in-folio.—Francof., 1550.—Colon., 1564.—Argent., 1600 et 1613.—Colon., 1671.
— Steganographia, Francof., 1606.—Darmst., 1606,—Francof., 1608.—Darmst., 1621—Colon., 1635.
— La Polygraphie et universelle écriture de Trithème, traduit du latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.
Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:
Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, genuina declaratio, auctore J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.
J. Trithemii Stenographia vindicata et illustrata, auctore W. E. Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est citée.
Uken (M.). Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande, Ulm, 1759.
Urquhart (Thomas). Logopandecteision, or an introduction to the universal language, London, 1653, in-4.
Vater (J. S.). Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les peuples, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.
Wallis (J.). Opera miscellanea, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son traité De combinationibus et alternationibus, ce célèbre mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer toutefois les méthodes dont il fait usage.
Wildvogel (Ch.). Diss. de scripturis terribilibus, Francof., 1719, in-4.
Wilkins (évêque de Chester). Mercure ou le Messager secret et prompt où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses pensées à un ami éloigné, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.)
— Essay towards a real charater and a philosophical language, Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, se trouve dans les Transactions philosophiques, no 35.
Wolke (C. H.). Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller cultivirten Vœlker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache, Dessau, 1797.
FIN.
TABLE DES CHAPITRES.
- Chapitre Ier. Définition de la Cryptographie, son origine; notions historiques. [1]
- Chap. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. [35]
- Chap. III. Règles et procédés de Cryptographie. [91]
- Chap. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents langages de convention qui se rattachent à la correspondance occulte. [156]
- Chap. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. [186]
- Chap. VI. Des livres à clef. [202]
- Chap. VII. Du déchiffrement. [208]
- Chap. VIII. Des écritures occultes. [225]
- Bibliographie. [242]