SCÈNE IV


LUMÎR—Je n'entendais plus rien. Je suis entré.

LOUIS—Vous écoutiez à la porte?

LUMÎR—Oui.

(A demi-voix)

Tu as tiré?

LOUIS—Oui.

Les deux coups à la fois.

LUMÎR—Eh bien?

LOUIS—Tous les deux ont raté.

LUMÎR—Mais ton père...

LOUIS—... Est mort. Oui, il est mort tout de même. Il est bien mort. Son misérable cœur s'est arrêté.

LUMÎR—Cependant les amorces étaient fraîches, la poudre sèche et je sais charger.

LOUIS—Tu auras oublié de souffler dans la cheminée. Ce sont de vieilles armes.

LUMÎR—Tu lui as pris l'argent?

LOUIS—Je l'ai. (Il lui donne l'argent). Voici les dix mille francs. Pas besoin de quittance entre nous.

LUMÎR—Louis, que faut-il que je te dise?

LOUIS—J'ai tué mon père.

LUMÎR—Tu l'as tué. C'est bien. Il n'y avait pas autre chose à faire.

LOUIS.—Il fallait. Je n'étais pas libre.

LUMÎR.—Je jure que cet argent était à moi et qu'il n'avait pas le droit de le garder, et que je n'étais pas libre de le lui laisser.

LOUIS.—Il n'y a qu'à ne plus y penser.

LUMÎR.—Comme il est jaune! comme il nous regarde avec ses vieux yeux rouges!

LOUIS.—N'aie pas peur, il ne te fera rien. Le vieux gentleman est tout-à-fait tranquille et jamais il n'a eu l'air si respectable.

LUMÎR.—Louis!

LOUIS—Crois-tu que j'aie regret de ce que j'ai fait? C'est fini, cela n'est plus, il n'y a plus qu'à ne pas y penser.

Je n'étais pas libre.

LUMÎR.—Tu as tiré les deux coups à la fois?

LOUIS.—Oui, je n'aime pas les marivaudages.

Compte ton argent, et moi, j'ai à vérifier quelque chose.

(Elle compte les billets, et lui pendant ce temps, dégageant la baguette d'une des armes, la plonge dans le canon du pistolet court et en fait tomber une balle: qu'il élève entre ses doigts).

Lumîr,

Le premier pistolet aussi était chargé.

(Elle se retourne vers lui et rit).


ACTE TROISIÈME