SCENE III.

NICANOR, ELISE, LICAS.

Nicanor.

Sçavez-vous qu'Amatonte est surprise,
Madame, & qu'on s'en prend à la Princesse Elise;
Qu'on dit qu'elle s'entend avec nos Ennemis,
Puis qu'elle a refusé de couronner mon fils;
Que par ce fier refus une guerre impreveuë,
Trouve Cypre allarmée, & de Roy dépourveuë,
Et qu'à nous qui pourrions les esprits rasseurer,
Elle ne permet pas seulement d'esperer?

Elise.

Je permets d'esperer au vainqueur du Corsaire.

Nicanor.

Mais Amintas vaincu, perd l'espoir de vous plaire,
Ce Prince qui vous ayme, & que vous méprisez,
Pour conserver un bien que vous luy refusez,
Pour deffendre la Cypre à d'autres destinée,
Ira-t'il exposer sa vie infortunée?
Ha! puisqu'à son amour l'espoir est deffendu,
Que Cypre soit perduë autant qu'il est perdu.

Elise.

Ce n'est pas la saison de faire des reproches,
Quand de nos ennemis nous craignons les approches,
Ny de laisser ainsi tout un Peuple effrayé,
Qui n'espere qu'en vous, qui vous a tout fié.
Que fait donc en vos mains la regence remise,
Et vous en servez-vous seulement contre Elise;
J'aurois donc bien choisi pour Espoux & pour Roy,
Un Prince qui craindroit de s'exposer pour moy.
Ce n'est qu'en deffendant, en forçant des murailles,
Marchant vers l'ennemy; luy donnant des batailles,
Quand on n'est pas né Roy qu'on se peut couronner.
A de moindres exploits je ne me puis donner.
Quand ce que j'ay juré pourroit un jour s'enfraindre,
Et dans mon coeur changé la vengeance s'esteindre.
Mais le Prince Amintas, ne s'est-t'il pas battu?
Tient-on secret s'il est, ou vainqueur ou vaincu?

Licas.

Il vous cherche, Madame.

Elise.

Ha! qu'il vienne m'apprendre
Le succez du combat que je brûle d'entendre.
Je vous demandois, Prince! est-il mort, est-il pris
Le barbare Corsaire, & suis-je vostre prix?
Ou vaincu, venez vous en affliger Elise,
Assez triste dé-ja, d'Amatonte surprise?