LES CHARBONNIERS

Parmi les gens qui vivent dans la forêt, les charbonniers occupent une place à part; dans le Bocage normand, ils se réunissaient en société de trois, quatre ou cinq membres qui achetaient un certain nombre de cordes de chêne ou de hêtres. Avec un art véritable ils en formaient des brasiers ronds, à toits coniques recouverts de blètes et se relevaient à la garde de ces bûchers fumeux. Rarement ils emmenaient leur famille au campement. Jour et nuit retenus auprès de leurs fourneaux pour en activer ou modérer la chaleur, ils n'avaient pour demeure que des huttes de branchages dressées au moment où ils venaient exploiter une coupe de bois.

Les charbonniers du Forez, menaient une vie très rude: isolés et nomades, ils quittent, dit Noelas, pendant de longs mois d'hiver la chaumière de leur famille et vont bâtir, dans les forêts, des loges qu'ils détruisent et reconstruisent à chaque campement; les parois en sont formées de branches de fayard bien garnies de feuilles sèches et de mousse. Une claie horizontalement fixée forme un étage supérieur et un lit sur la fougère; le foyer s'allume sur une pierre plate, et un panneau mobile de branches entrelacées que l'on laisse retomber sur soi pendant la nuit, sert à la fois de porte, de fenêtre et de cheminée. Pendant le jour, le charbonnier scie des rondins de bois et les assemble symétriquement autour d'une perche en ménageant des évents pour l'entrée de l'air; il couvre sa meule, ainsi préparée, de terre humide et de mottes de gazon, y met le feu avec une certaine solennité, puis quand le charbon est sec et «rend son cri» il l'entasse dans des sacs grossiers qu'il charge sur une mule, et l'homme et la bête descendent à la ville. Souvent le charbonnier confectionne le charbon avec sa famille ou avec des aides qu'il emmène avec lui. Dans certaines forêts, les leveurs mettent en cordes le bois à charbon dont les dresseurs forment des monticules appelés fourneaux. Les charbonniers recouvrent les fourneaux de feuillages et de terre, allument la mèche préparée par les précédents ouvriers et veillent jour et nuit autour du brasier. Pour que la carbonisation ait lieu, il faut éviter tout contact de l'air avec la matière en combustion; et que de peines coûte ce résultat! Avec quelle attention l'on doit suivre, régler, maîtriser les progrès du feu!

La rudesse d'allures et de langage que les charbonniers devaient à leur existence constamment solitaire, leur visage tout hérissé d'une barbe inculte, barbouillé de noir et où les yeux luisaient comme des charbons ardents, leur accoutrement sordide, bruni par la fumée, leur donnaient un aspect quelque peu diabolique, et l'on comprend que les mères aient songé à en faire une sorte d'épouvantail pour les enfants. En Haute-Bretagne, on avait peur d'eux et surtout des charbonnières qui, il y a quarante ans, venaient des forêts de la Basse-Bretagne escortant, une courte pipe à la bouche, les petits chevaux de landes qui portaient les sacs de charbon. Dans le Bocage normand, quand les marmots pleuraient à chaudes larmes, on les menaçait d'appeler le charbonnier. Celui-ci apparaissait-il dans la rue, ils s'enfuyaient éperdus, et lorsque l'homme noir se mettait à crier à tue-tête: «V'là du charbon! V'là d'la braise!» ils couraient se cacher sous le tablier de la mère.

Dans le Forez, les charbonniers sont des êtres à part, chez lesquels se sont conservées les curieuses superstitions des montagnes et les souvenirs des scènes mystérieuses que la nuit recèle au fond des bois. C'est le charbonnier qui rencontre Gabriel le Loup près des pierres grises, qui entend des voix sur les mornes stériles, aperçoit des fantômes le long du ruisseau, ou, dormant sur son lit de fougères, entend tout à coup rugir la chasse maligne, la meute royale conduite par le grand veneur. On raconte que l'un d'eux ayant eu l'imprudence de crier: «Bonne chasse!» fut contraint de monter sur sa mule et de suivre le veneur et sa meute infernale, et qu'il ne put la quitter qu'au petit jour, où il tomba dans sa loge, et avec lui un bras de sorcier que le chasseur avait perdu.

Un proverbe de la Basse-Bretagne dit que «le charbonnier dans les bois comme le loup hurle sans cesse». Les paysans de la Haute-Bretagne, voisins des lisières des forêts, prétendent que les charbonniers «mènent des loups», c'est-à-dire peuvent s'en faire obéir et les faire servir à leurs desseins.

D'après les Mémoires de la Société des Antiquaires, ils avaient un pouvoir encore plus redoutable. Personne n'ignore, disent-ils, que les bons cousins charbonniers ne soient malignement occupés à faire la pluie, la grêle, les tempêtes quand ils sont assemblés pour se divertir en un lieu écarté, à l'ombre d'un chêne ou au bord d'un ruisseau aussi tranquille qu'eux.

En Basse-Bretagne, les lutins et le diable prennent parfois, pour jouer des tours aux chrétiens, l'apparence des charbonniers. Le petit charbonnier ou le Kourigan noir est une sorte de lutin qui semble, pour les gens de la presqu'île guérandaise, personnifier le malheur; toujours quelque chagrin suit son apparition. Il avait une courte taille, un costume noir et un grand feutre qui lui tombait sur le nez. Dans un conte breton, le diable se fait charbonnier, pour ennuyer avec la fumée de ses fours un ermite appelé Mikelik, protégé de saint Michel.

Les carbonari ou charbonniers étaient, comme on le sait, une
société secrète très bien organisée qui, à l'époque de la
Restauration, joua, en plusieurs parties de l'Europe, surtout en
Italie et en France, un rôle considérable.

[Illustration: le Fendeur de Bois.]

Nodier qui, à la Révolution, tout jeune encore, passa quelque temps au milieu des forêts, nous a laissé sur eux des détails intéressants. Il existait en France, dit-il, un compagnonnage moins connu que la maçonnerie, celui des «bons cousins charbonniers». Plus ancien probablement que celui des maçons, car il comprend dans sa nomenclature technique des archaïsmes de notre langue, dont il ne reste presque pas d'autres monuments, il conservait au premier degré toute la naïveté de son institution primitive. Le bon cousin charbonnier de ce grade était en effet le plus souvent un charbonnier ou un bûcheron ordinairement nomade, selon les moeurs de cette profession, et pour qui la combinaison et les devoirs de l'institut n'étaient pas un simple divertissement d'imagination, mais une nécessité d'existence. À côté se développaient des agrégations urbaines, presque toutes formées dans la classe des artisans laborieux et honnêtes; acquis graduellement par la société, ils n'en avaient altéré ni le principe, ni les cérémonies, et, comme aux premiers temps de la fondation, les ventes solennelles se tenaient encore dans les bois. Les dogmes du carbonari étaient simples et frappants, les rites empreints d'une majesté naturelle que les imitateurs n'ont pu qu'imparfaitement contrefaire. Jamais l'assistance du charbonnier n'a manqué au charbonnier, sans acception de parti, et quand nous avions atteint la forêt, on savait bien qu'on ne nous y retrouverait pas.

Vers le milieu du XVIIe siècle, l'autorité ecclésiastique s'efforça de réagir contre les divers compagnonnages qui avaient pris un développement considérable. Les charbonniers et leurs adhérents furent l'objet d'une ordonnance de Nicolas Colbert, évêque d'Auxerre (1673), qui les accusait d'un certain nombre de méfaits tant spirituels que temporels: «Sur ce qui nous a été démontré par notre procureur général, qu'en plusieurs paroisses de notre diocèse il y a des forgerons, charbonniers et fendeurs qui font des serments avec certaines cérémonies, qui profanent ce qu'il y a de plus sacré dans nos plus saints et augustes mystères, et par lesquels ils s'obligent à maltraiter tous ceux qui n'exécutent pas toutes les lois qu'ils s'imposent à eux-mêmes contre toutes raisons et au préjudice de personnes publiques et particulières, et de ne pas souffrir ceux de leurs métiers travailler avec eux, avant qu'ils ayent juré en leur présence d'une manière si détestable, nous avons enjoint à nos diocésains, qui ont été assez aveugles pour s'engager à un aussi horrible serment, d'y renoncer incessamment, en présence de leur curé et de deux notables de leurs paroisses, sous peine d'excommunication; faisant défense à toutes sortes de personnes de le faire à l'avenir, ni d'y assister sous les mêmes peines». Le compagnonnage des forêts résista mieux que les autres aux censures ecclésiastiques et aux menaces de l'autorité séculière; il continua à se recruter et à pratiquer les initiations mystérieuses dont Clavel a recueilli les détails précis, que ne connaissaient pas sans doute par le menu les juges ecclésiastiques: «Les compagnons charbonniers se réunissaient dans une forêt; ils se donnaient le titre de «bons cousins» et le récipiendaire était appelé «guépier». Avant de procéder à la réception, on étendait sur terre une nappe blanche sur laquelle on plaçait une salière, un verre d'eau, un cierge allumé et une croix. On amenait ensuite l'aspirant qui, prosterné, les mains étendues sur l'eau et le sel, jurait par le sel et l'eau de garder religieusement le secret de l'association. Soumis alors à différentes épreuves, il ne tardait pas à recevoir la communication des signes et des mots mystérieux à l'aide desquels il pouvait se faire reconnaître pour un véritable et bon cousin charbonnier dans toutes les forêts. Le compagnon qui présidait lui expliquait le sens emblématique des objets exposés à sa vue: Le linge, lui disait-il, est l'image du linceul dans lequel nous serons ensevelis; le sel signifie les vertus théologales; le feu désigne les flambeaux qu'on allumera à notre mort; l'eau est l'emblème de celle avec laquelle on nous aspergera, et la croix est celle qui sera portée devant notre cercueil. Il apprenait au néophyte que la vraie croix de Jésus-Christ était de houx marin, qu'elle avait soixante-dix pointes, et que saint Thiébaut était le patron des charbonniers. Ce compagnonnage, qui existe encore dans une grande partie de l'Europe, y a conservé le même cérémonial mystérieux. La Forêt-Noire, les forêts des Alpes et du Jura sont peuplées de ses initiés. Moins exclusifs que les autres compagnons, ils n'admettent pas uniquement parmi eux des personnes exerçant la profession de charbonnier, mais ils agrègent également des personnes de toutes les classes, auxquelles ils rendent, à l'occasion, tous les bons offices qui dépendent d'eux. Pendant la Révolution, M. Briot, qui avait été reçu charbonnier près de Besançon, obligé de se soustraire par la fuite à un décret de proscription, se réfugia à l'armée. Fait prisonnier par les Autrichiens, il parvient à s'échapper et cherche un refuge dans une forêt; mais il s'y égare et vient tomber au milieu de la troupe du chef de partisans Schinderhannes. On l'entoure, et c'en était fait de lui peut-être quand il aperçoit dans la troupe quelques charbonniers qu'il reconnaît à leur costume. Il se hâte de faire les signes de la charbonnerie, et les frères qu'il trouve dans les rangs de ses ennemis l'accueillent avec les marques de la plus affectueuse cordialité et le prennent sous leur protection.

[Illustration: Le Meunier et le Charbonnier, gravure de Lagniet, Illustres proverbes.]

[Illustration: LA CHARBONNIERE.]

Les charbonniers de la forêt de la Puisaye (Yonne) ont, par tradition du temps où ils étaient associés par corporation, une sorte de télégraphie secrète et des signes mystérieux. Quelques coups frappés sur une douve ou planche suspendue à la main se font entendre, à leurs oreilles exercées, à plusieurs kilomètres de distance. Chaque nombre de coups a sa signification, qu'eux seuls connaissent. Ils s'en servaient avec vigilance pour protéger, pendant la Révolution, les prêtres qui s'étaient réfugiés dans leurs forêts. À la première apparition des brigades de gendarmerie, l'éveil était ainsi donné et les suspects se mettaient à couvert. Depuis plus de quarante ans, dit-on, l'association des Cousins de la Gueule noire n'existe plus. Ceux de ses anciens membres qui vivent encore aujourd'hui se contentent de se reconnaître entre eux au moyen de certains signes et de serrements de main particuliers.

Les charbonniers pratiquent une sorte de médecine empirique à l'aide de laquelle ils croient se guérir eux-mêmes de diverses indispositions. S'ils veulent panser une foulure, ils commencent par apostropher le nerf qu'ils supposent malade: «Nerf, retourne à ton entier comme Dieu t'a mis la première fois, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» Après avoir répété trois fois ces paroles, ils appliquent une compresse d'huile d'olive, de trois blancs d'oeufs et d'une poignée de filasse, et, si la douleur est violente, un cataplasme de vieux oing qu'on fait bouillir avec du vin. Quand l'un d'eux a mal aux dents, il prend un clou neuf, le met en contact avec la dent malade, le plante dans un bois de chêne et dit cinq Pater et cinq Ave en l'honneur de sainte Apolline.

Il y avait des esprits qui se plaisaient à éteindre les fouées; dans un conte de la Haute-Bretagne, deux frères qui gardaient leur fouée de charbon sont prévenus, un peu avant minuit, par un petit nain, qu'un géant haut comme un chêne, le Corps sans âme, va venir pour l'éteindre, mais qu'il ne faut pas se laisser effrayer par ses menaces. Ils lui résistent avec courage, et il s'en va; le troisième, qui n'a été prévenu ni par ses frères ni par le petit nain, se laisse intimider, et le Corps sans âme éteint la fouée.

Les légendes représentent les charbonniers comme prêts à accorder aux voyageurs qui traversent les forêts une hospitalité sommaire, mais cordiale; ils partagent cette réputation avec les autres «boisiers», et on ne les accuse pas d'avoir tenté de s'emparer de l'argent ou des habits de leurs hôtes. Les récits qui suivent montrent que leur bonne volonté ne reste pas sans récompense. Dans un conte espagnol, un pauvre charbonnier reçoit dans sa cabane Notre-Seigneur et saint Pierre qui parcouraient l'Espagne; il les traite de son mieux, allume du feu et met sur la table ses maigres provisions. Deux voyageurs se présentent encore, puis il vient jusqu'à ce qu'ils soient au nombre de treize: c'étaient Jésus-Christ et les douze apôtres. Le Christ touche du doigt le pain du charbonnier et les fruits, et ils se multiplient de telle sorte qu'il en reste encore après que tout le monde a été rassasié. Le lendemain, avant de le quitter, les voyageurs lui disent de formuler un don. Il souhaite d'avoir le plaisir de gagner chaque fois qu'il jouera aux cartes. Cela lui est accordé à la condition qu'il n'ira jamais au delà d'un petit enjeu. Il joue avec le diable l'âme d'un agent d'affaires et la lui gagne.

Par contre, il est un certain nombre de contes où les charbonniers se conduisent assez mal à l'égard de princesses errantes; leur imposture finit d'ailleurs toujours par être démasquée. Habituellement, un charbonnier qui, ayant assisté de loin au combat livré à un monstre, pour délivrer la princesse qu'il doit manger, se donne faussement pour son libérateur; dans un conte lorrain, ce sont trois charbonniers qu'elle rencontre par hasard qui la forcent à dire qu'ils sont les vainqueurs du monstre.

Dans plusieurs autres récits, les charbonniers montrent réellement du courage et surtout de la finesse. On raconte à Menton que le jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste, deux charbonniers qui travaillaient dans le bois ont chacun une conduite différente: l'un va à la ville, l'autre reste à son poste et est surpris par un orage; il se réfugie sous un noyer; là il entend des voix, et étant grimpé dans l'arbre, il apprend que le fils du roi doit mourir le lendemain si on ne retourne le pot de terre dans lequel la sorcière a mis la moelle qu'elle lui a enlevée. Le charbonnier sauve le prince et le roi l'adopte pour son héritier.

La corporation des charbonniers jouissait de grands privilèges; toutefois ils ne formaient point à Paris de communauté, parce qu'il ne peut y avoir de fabrique de charbon dans la ville. Parmi leurs privilèges, il en est un auquel ils tenaient extrêmement: c'était le droit d'envoyer, lors de la naissance ou du mariage des princes de la famille royale, une députation qui présentait leurs compliments de félicitations; aux représentations gratuites, ils occupaient les loges d'avant-scène, conjointement avec les dames de la Halle.

Les maîtres charbonniers appelaient leurs valets: Garçons de la pelle ou plumets; dans l'estampe d'Abraham Bosse, p. 5, on peut voir que sous Louis XIII, ils portaient des plumes sur la tête: ce terme de «Plumet» était en usage à la fin du XVIIe siècle; au-dessous de l'estampe de Bonnart, qui représente le charbonnier, on lit ce quatrain qui fait allusion au proverbe: «Noir comme un charbonnier».

Bien qu'on juge à voir sa figure
Qu'il soit de l'infernal manoir;
Ce plumet, comme on nous assure.
N'est pas si diable qu'il est noir.

[Illustration: La vendeuse de Mottes]

Dans le Finistère, on appelle plaisamment le charbonnier qui vient vendre son charbon en ville: Ar Mare' hadour gwiniz dù, marchand de froment noir.

Depuis le commencement de ce siècle, le charbon de terre a pris une place de plus en plus grande dans le chauffage parisien; mais le charbon de bois, destiné surtout à la cuisine, est encore l'objet d'un important commerce, et on le trouve dans les très nombreuses boutiques de charbonniers répandues un peu partout dans Paris. On ne le crie plus comme autrefois. L'auteur d'un petit livre en quatrains sur les Cris de Paris, imprimé au commencement du XVIe siècle, en a consacré un aux marchands de charbons:

… Vous orrez à haulte voix
Par ses rues, matin et soir,
Charbon, charbon de ieune bois,
Treffort (très fort) crier pour dire voir.

Un peu plus tard, d'après la Chanson nouvelle des Cris de Paris, on criait:

Charbon de rabais en grève,
Le minot à neuf douzaines.

Au XVIIe siècle, les cris pour le charbon étaient:

Charbons de jeune bois!
Il n'est qu'à trois sols le minot!
Il est en grève, en batteau:
Qui en voudra vienne voir.

Charbons de jeune bois!
J'en amenai encore hier.
Surtout ne crains que du gruyer
Le rencontrer par où je vais.

Le crocheteur annonçait la vente des cotrets et du menu bois:

Je crie: Coterets, bourrées, buches!
Aucune fois: Fagots ou falourdes!
Quand je vois que point on ne me huche,
Je dis: Achetez femmes lourdes!

Les charbonniers de Paris, originaires pour la plupart de l'Auvergne, ont l'habitude de signaler leurs boutiques par des décorations parlantes. C'est une tradition qui est observée à tel point, qu'il serait difficile de trouver une boutique, même la plus pauvre, qui ne fût pas ornée de peintures. M. Félix Régamey a dessiné, dans la Plume (janvier 1895), un certain nombre de ces curieuses enseignes. Nous en reproduisons une ci-dessous.

À l'industrie du chauffage se rattachent les marchands de mottes. Leurs cris se font entendre, surtout en hiver, et dans les quartiers pauvres. L'un des plus populaires, vers 1850, était celui-ci, qu'un couple de revendeurs, homme et femme, chantait alternativement: «Des bons poussié' d'mott's, des mott's à brûler, des mott's!» ou bien: «Qui veut des mott's? qui veut des mott's? achetez tous du poussié d'mott's!» Tantôt ces marchands poussaient devant eux une petite charrette, tantôt ils portaient sur le dos une petite hotte dans laquelle ils entassaient les mottes à brûler.

[Illustration: Enseigne de charbonnier, d'après Félix Régamey.]