SECTION PREMIÈRE.

Des Voiles.

Les voiles se divisent en deux espèces distinguées par les noms de voiles carrées et de voiles auriques ou latines.

La première espèce comprend les basses voiles, ou voiles portées par les basses vergues; les huniers, voiles portées par les vergues de hune; les perroquets, portés par les vergues de perroquet; les catacois, par les vergues de catacois. On range aussi parmi les voiles carrées les bonnettes.

Ces voiles prennent le nom des vergues sur lesquelles elles sont fixées ou enverguées.

Ainsi pour les basses vergues: la grande voile, la misaine, la civadière; mais cette dernière est rarement et même jamais enverguée. La vergue barrée n'a pas de voiles.

Pour les vergues de hune: grand hunier, petit hunier, perroquet de fougue.

Pour les vergues de perroquet: grand perroquet, petit perroquet, perruche.

Pour les vergues de catacois: grand catacois, petit catacois, catacois de perruche.

Toutes ces voiles ont la forme d'un trapèze régulier. La base supérieure, la moins étendue, est fixée sur la vergue; la base inférieure, ou la plus étendue, est fixée sur le pont pour les basses voiles, sur la vergue inférieure pour les autres.

En confectionnant ces voiles, on coud sur les côtés un cordage peu commis, appelé ralingue. Celle de la base supérieure, beaucoup plus faible que les autres, s'appelle ralingue de faix, de têtière, ou d'envergure; celles qui partent de la ralingue d'envergure prennent le nom de ralingues de chute, et celles de la base inférieure, celui de ralingues de bordure.

Ces expressions servent à déterminer les dimensions d'une voile; on dit: elle a tant d'envergure, de chute et de bordure.

Les voiles, en sortant de l'atelier de la voilerie, doivent être pourvues des œillets, cosses, pattes, margouillets, nécessaires à sa manœuvre. Nous allons assigner les places que ces différens objets occupent.

On pratique, à toucher la ralingue de têtière, des petits œillets faits à l'aiguille, dans lesquels passeront les bouts de bitord ou de ligne, qui serviront plus tard à fixer la voile sur la filière d'envergure, ou, à défaut de celle-ci, sur la vergue.

Aux angles que la ralingue de têtière fait avec celle de chute, on forme un œillet qu'on garnit d'une cosse; c'est ce qu'on appelle la cosse d'empointure. Aux angles inférieurs, c'est-à-dire à ceux qui sont formés par la rencontre des ralingues de chute et de celles de bordure, on forme pareillement un œillet garni d'une cosse retenue par un amarrage. Ce sont les points d'écoutes.

Pour diminuer la surface des voiles carrées, lorsqu'on y est obligé par la force du vent, on place sur ces voiles des bandes de ris.

Ces bandes de ris sont d'étroites bandes de toile, cousues sur l'avant et l'arrière de la voile, parallèlement à la têtière, dans toute sa largeur; elles sont percées, de distance en distance, de trous sur les bords desquels on coud des bagues formées par un petit cordage; ces trous, appelés œils-de-pies, servent à passer les garcettes qui fixent sur la vergue la portion de la voile diminuée.

Les huniers des grands navires portent quatre bandes de ris espacées de manière que lorsque le dernier est pris, le hunier puisse se soulager encore de deux ou trois pieds sur le chouc de son bas mât. Les bâtimens d'un rang inférieur n'en ont que trois, enfin quelques-uns deux.

Les basses voiles ont toujours un ris; les perroquets souvent un, mais on s'en sert si rarement, qu'ordinairement on n'y passe pas de garcettes.

A chaque extrémité des bandes de ris on forme sur les ralingues de chute, des pattes au moyen d'un toron qui, après avoir passé dans ceux de la ralingue, est tordu sur lui-même. Dans ces pattes en engage des cosses, ce sont les cosses d'empointures, ou plus simplement les empointures.

Au-dessous de ces pattes d'empointures, et à peu de distance de celles du dernier ris, on en forme, de la même manière, une nouvelle pour le dormant de l'itague du palanquin. Aux basses voiles, elles servent à crocher la poulie du cartahu qui remplace le palanquin.

On fixe ensuite, suivant la dimension de la voile, les deux ou trois pattes où doivent s'amarrer les branches des boulines.

A la ralingue de bordure on frappe les hersiaux pour les dormans des cargues-fonds; aux ralingues de chute, ceux pour les cargues-boulines.

On concevra qu'il est impossible d'assigner exactement la place que doit occuper chacun de ces hersiaux, puisqu'elle dépend entièrement du nombre de cargues que porte la voile. La basse voile d'un vaisseau ayant quatre cargues-fonds et quatre cargues-boulines, les hersiaux ne peuvent être placés comme ceux d'un navire qui n'en a que deux.

Les bonnettes sont des voiles supplémentaires qui augmentent la surface des voiles carrées auxquelles elles sont adaptées. Nous parlerons de la manière de les établir en traitant de leur gréement.

Les voiles qui portent des bonnettes, sont:

La misaine; on les appelle bonnettes basses.

Le grand et le petit hunier; on les distingue sous le nom de bonnettes de grand ou de petit hunier.

Le grand et le petit perroquet, désignés semblablement par le nom de bonnettes de grand ou de petit perroquet.

Quelquefois le grand et le petit catacois portent des bonnettes.

On en met aussi une, mais rarement, à la brigantine; enfin on donne le nom de bonnette de sous-gui à une voile qu'on plaçait sous le gui en arrière du couronnement.

Les bonnettes des huniers ont un ris, afin de pouvoir être établies lorsque les huniers ont le premier ris ou ris de chasse pris.

Les voiles auriques ou latines sont triangulaires ou trapézoïdes. Lorsqu'elles sont triangulaires, les deux ralingues qui partent de l'angle supérieur sont les ralingues de chute; celle qui les réunit est la ralingue de bordure.

Les voiles latines qui s'établissent sur le mât de beaupré et son bout-dehors, prennent le nom général de focs et se désignent plus particulièrement sous ceux de petit foc, faux foc, grand foc, clinfoc.

Ces voiles sont triangulaires: elles sont fixées au mât de beaupré par l'angle extérieur, appelé point d'amure, s'élèvent le long d'un cordage qui leur sert de vergue et qui se nomme draille, par le moyen d'une drisse; sont ramenées sur le mât par un hâle-bas, et portent à l'angle intérieur une écoute qui raidit leur ralingue de chute et de bordure.

Les voiles latines qui s'établissent sur le mât de misaine, mais qui reçoivent le nom de voiles d'étai du grand mât et sont plus généralement désignées sous le nom de voiles d'étai, sont:

Celles qui s'établissent sur le grand mât, et qui sont les voiles d'étai du mât d'artimon, sont:

Celles du mât d'artimon, sont:

Ces voiles ont la forme d'un trapèze irrégulier, dont les côtés parallèles se placent verticalement, le moins étendu au mât. L'un et l'autre reçoivent le nom de ralingue de chute. Le côté supérieur qui se développe sur la drisse qui sert de vergue, est la ralingue de têtière, et le côté inférieur celle de bordure.

Comme aux voiles carrées, les angles formés par les ralingues portent des cosses qui servent à les établir sur les manœuvres.

Le point supérieur de la ralingue de têtière, est le point de drisse; l'inférieur le point d'amure supérieur, pour le distinguer du point d'amure formé par la ralingue de chute au mât, et celle de bordure; celui formé par cette dernière et la ralingue de chute arrière, est le point d'écoute.