SCÈNE VI.

ASPHALTE, FLORINE.

ASPHALTE.

Trouver Florine seule et dans les Tuileries
Sans avoir d'entretien que de ses rêveries?
Quoi, tant de solitude auprès de tant d'appas?295
Certes c'est un bonheur que je n'attendois pas.
Je n'osois espérer d'occasion si belle
A lui conter l'ardeur qui me brûle pour elle.

FLORINE.

Que votre esprit est rare et sait adrettement
Faire une raillerie avec un compliment!300
Afin qu'à votre amour je sois plus obligée,
Vous me traitez d'abord en fille négligée,
Qui tient si peu de cœurs asservis sous sa loi,
Que mêmes en ces lieux elle manque d'emploi.
Est-ce ainsi qu'un amant cajole ce qu'il aime?305

ASPHALTE.

Ah! ne m'imputez pas cet indigne blasphème:
Je sais trop que vos yeux règnent en toutes parts
Et que chacun se rend à leurs moindres regards.

FLORINE.

Exceptez-en Aglante, il m'a bien fait paroître
Que Florine n'est pas ce qu'elle pensoit être[911].310

ASPHALTE.

Il est vrai qu'il adore un autre objet que vous,
Et votre esprit peut-être en est un peu jalous[912];
Mais si vous aviez vu l'excès de sa tristesse,
Et combien de soupirs lui coûte sa maîtresse,
Vous seriez la première à plaindre ses malheurs.315

FLORINE.

Quelque orgueilleux mépris fait naître ses douleurs.

ASPHALTE.

La beauté dont Aglante idolâtre les charmes
D'un déluge de pleurs accompagne ses larmes;
Arbaze, unique auteur de tous leurs déplaisirs,
Oppose sa puissance à leurs chastes desirs;320
Son esprit irrité court à la violence:
La prière l'aigrit et la raison l'offense.
Il vient, la force en main; et l'ayant vu partir,
J'ai cru de mon devoir de les en avertir.
Les voilà tout en pleurs.

(Il faut toujours remarquer que Cléonice ne doit paroître[913] le visage découvert devant Florine.)

FLORINE.

Évitons leur présence;325
Mes larmes ne sauroient couler par complaisance:
Mon humeur est trop gaie, et, pour ne rien celer,
J'aime mieux rire ailleurs que de les consoler.