SCÈNE II.
PTOLOMÉE, PHOTIN.
PTOLOMÉE.
Photin, ou je me trompe, ou ma sœur est déçue:
De l'abord de Pompée elle espère autre issue.
Sachant que de mon père il a le testament,215
Elle ne doute point de son couronnement:
Elle se croit déjà souveraine maîtresse
D'un sceptre partagé que sa bonté lui laisse;
Et se promettant tout de leur vieille amitié,
De mon trône en son âme elle prend la moitié[95],220
Où de son vain orgueil les cendres rallumées
Poussent déjà dans l'air de nouvelles fumées.
PHOTIN.
Seigneur, c'est un motif que je ne disois pas[96],
Qui devoit de Pompée avancer le trépas.
Sans doute il jugeroit de la sœur et du frère225
Suivant le testament du feu Roi votre père,
Son hôte et son ami, qui l'en daigna saisir[97]:
Jugez après cela de votre déplaisir.
Ce n'est pas que je veuille, en vous parlant contre elle,
Rompre les sacrés nœuds d'une amour fraternelle;230
Du trône et non du cœur je la veux éloigner,
Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner;
Un roi qui s'y résout est mauvais politique:
Il détruit son pouvoir quand il le communique;
Et les raisons d'État.... Mais, Seigneur, la voici[98].235