SCÈNE II.

PLACIDE, LYCANTE, STÉPHANIE.

LYCANTE.

Jugez-en mieux, Seigneur[ [137]:

Marcelle vous renvoie et la joie et l'honneur;

Elle a de l'infamie arraché Théodore.

PLACIDE.

Elle a fait ce miracle!

LYCANTE.

Elle a plus fait encore[ [138]. 1160

PLACIDE.

Ne me fais plus languir, dis promptement.

LYCANTE.

D'abord

Valens changeoit l'arrêt en un arrêt de mort....

PLACIDE.

Ah! si de cet arrêt jusqu'à l'effet on passe....

LYCANTE.

Marcelle a refusé cette sanglante grâce:

Elle l'a veut entière, et tâche à l'obtenir; 1165

Mais Valens irrité s'obstine à la bannir,

Et voulant que cet ordre à l'instant s'exécute,

Quoi qu'en votre faveur Marcelle lui dispute[ [139],

Il mande Théodore, et la veut promptement

Faire conduire au lieu de son bannissement. 1170

STÉPHANIE.

Et vous vous alarmiez de voir sa prison vide?

PLACIDE.

Tout fait peur à l'amour, c'est un enfant timide;

Et si tu le connois, tu me dois pardonner.

LYCANTE.

Elle fait ses efforts pour vous la ramener,

Et vous conjure encore un moment de l'attendre. 1175

PLACIDE.

Quelles grâces, bons Dieux, ne lui dois-je point rendre!

Va, dis-lui que j'attends ici ce grand succès,

Où sa bonté pour moi paroît avec excès[ [140].

(Lycante rentre[ [141].)

STÉPHANIE.

Et moi je vais pour vous consoler sa Flavie.

PLACIDE.

Fais-lui donc quelque excuse à flatter son envie[ [142],1180

Et dis-lui de ma part tout ce que tu voudras:

Mon âme n'eut jamais les sentiments ingrats,

Et j'ai honte en secret d'être dans l'impuissance

De montrer plus d'effets de ma reconnoissance.

(Il est seul[ [143].)

Certes une ennemie à qui je dois l'honneur 1185

Méritoit dans son choix un peu plus de bonheur,

Devoit trouver une âme un peu moins défendue,

Et j'ai pitié de voir tant de bonté perdue;

Mais le cœur d'un amant ne peut se partager;

Elle a beau se contraindre, elle a beau m'obliger, 1190

Je n'ai qu'aversion pour ce qui la regarde.