SCÈNE III.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, suite du Roi et de la Reine.

CÉPHÉE.

Que faisoit là Phinée? est-il si téméraire

Que ce que font les Dieux il pense à le défaire?

CASSIOPE.

Après avoir prié, soupiré, menacé,

Il vous a vu, Seigneur, et l'orage a passé.

CÉPHÉE.

Et vous prêtiez l'oreille à ses discours frivoles? 1615

CASSIOPE.

Un amant qui perd tout peut perdre des paroles;

Et l'écouter sans trouble et sans rien hasarder,

C'est la moindre faveur qu'on lui puisse accorder.

Mais, Seigneur, dites-nous si Jupiter propice

Se déclare en faveur de votre sacrifice, 1620

Si de notre famille il se rend le soutien,

S'il consent l'union de notre sang au sien.

CÉPHÉE.

Jamais les feux sacrés et la mort des victimes

N'ont daigné mieux répondre à des vœux légitimes.

Tous auspices heureux; et le grand Jupiter 1625

Par des signes plus clairs ne pouvoit l'accepter,

A moins qu'y joindre encor l'honneur de sa présence,

Et de sa propre bouche assurer l'alliance.

CASSIOPE.

Les nymphes de la mer nous en ont fait autant;

Toutes ont hors des flots paru presque à l'instant; 1630

Et leurs bénins regards envoyés au rivage

Avecque notre encens ont reçu notre hommage;

Après le sacrifice honoré de leurs yeux,

Où Neptune à l'envi mêloit ses demi-dieux,

Toutes ont témoigné d'un penchement de tête 1635

Consentir au bonheur que le ciel nous apprête;

Et nos submissions désarmant leurs dédains,

Toutes ont pour adieu battu l'onde des mains.

Que si même bonheur suit les vœux de Persée,

Qu'il ait vu de Junon sa prière exaucée, 1640

Nous n'avons plus à craindre aucun sinistre effet.

CÉPHÉE.

Les Dieux ne laissent point leur ouvrage imparfait:

N'en doutez point, Madame, aussi bien que Neptune

Junon consentira notre bonne fortune.

Mais que nous veut Aglante?