SCÈNE IV.
CYMODOCE, ÉPHYRE, CYDIPPE.
(Ces trois Néréides s'élèvent du milieu des flots[ [618].)
CYMODOCE.
Ainsi notre colère est de tout point bravée;
Ainsi notre victime à nos yeux enlevée
Va croître les douceurs de ses contentements 1000
Par le juste mépris de nos ressentiments[ [619].
ÉPHYRE.
Toute notre fureur, toute notre vengeance
Semble avec son destin être d'intelligence,
N'agir qu'en sa faveur; et ses plus rudes coups
Ne font que lui donner un plus illustre époux. 1005
CYDIPPE.
Le sort, qui jusqu'ici nous a donné le change,
Immole à ses beautés le monstre qui nous venge;
Du même sacrifice, et dans le même lieu,
De victime qu'elle est, elle devient le dieu.
Cessons dorénavant, cessons d'être immortelles, 1010
Puisque les immortels trahissent nos querelles,
Qu'une beauté commune est plus chère à leurs yeux;
Car son libérateur est sans doute un des Dieux.
Autre qu'un dieu n'eût pu nous ôter cette proie
Autre qu'un dieu n'eût pu prendre une telle voie; 1015
Et ce cheval ailé fût péri mille fois,
Avant que de voler sous un indigne poids.
CYMODOCE.
Oui, c'est sans doute un dieu qui vient de la défendre:
Mais il n'est pas, mes sœurs, encor temps de nous rendre;
Et puisqu'un dieu pour elle ose nous outrager,
Il faut trouver aussi des dieux à nous venger.
Du sang de notre monstre encore toutes teintes,
Au palais de Neptune allons porter nos plaintes,
Lui demander raison de l'immortel affront
Qu'une telle défaite imprime à notre front. 1025
CYDIPPE.
Je crois qu'il nous prévient; les ondes en bouillonnent;
Les conques des tritons dans ces rochers résonnent:
C'est lui-même, parlons.