SCÈNE V.
NEPTUNE, les trois Néréides[ [620].
NEPTUNE,
dans son char formé d'une grande conque de nacre,
et tiré par deux chevaux marins.
Je sais vos déplaisirs,
Mes filles; et je viens au bruit de vos soupirs,
De l'affront qu'on vous fait plus que vous en colère.
C'est moi que tyrannise un superbe de frère,
Qui dans mon propre État m'osant faire la loi,
M'envoie un de ses fils pour triompher de moi.
Qu'il règne dans le ciel, qu'il règne sur la terre;
Qu'il gouverne à son gré l'éclat de son tonnerre; 1035
Que même du Destin il soit indépendant;
Mais qu'il me laisse à moi gouverner mon trident[ [621].
C'est bien assez pour lui d'un si grand avantage,
Sans me venir braver encor dans mon partage.
Après cet attentat sur l'empire des mers, 1040
Même honte à leur tour menace les enfers;
Aussi leur souverain prendra notre querelle:
Je vais l'intéresser avec Junon pour elle;
Et tous trois, assemblant notre pouvoir en un,
Nous saurons bien dompter notre tyran commun. 1045
Adieu: consolez-vous, nymphes trop outragées;
Je périrai moi-même, ou vous serez vengées;
Et j'ai su du Destin, qui se ligue avec nous,
Qu'Andromède ici-bas n'aura jamais d'époux.
(Il fond au milieu de la mer.)
CYMODOCE.
Après le doux espoir d'une telle promesse, 1050
Reprenons, chères sœurs, une entière allégresse.
(Les Néréides se plongent aussi dans la mer.)
FIN DU TROISIÈME ACTE.