SCÈNE V.

VALENS, MARCELLE, THÉODORE, PAULIN, STÉPHANIE.

MARCELLE.

Ce n'est point calomnie,

Seigneur, elle est chrétienne, et s'en ose vanter.

VALENS.

Théodore, parlez sans vous épouvanter.

THÉODORE.

Puisque je suis coupable aux yeux de l'injustice, 595

Je fais gloire du crime, et j'aspire au supplice;

Et d'un crime si beau le supplice est si doux,

Que qui peut le connoître en doit être jaloux.

VALENS.

Je ne recherche plus la damnable origine

De cette aveugle amour où Placide s'obstine; 600

Cette noire magie, ordinaire aux chrétiens,

L'arrête indignement dans vos honteux liens;

Votre charme après lui se répand sur Flavie:

De l'un il prend le cœur, et de l'autre la vie.

Vous osez donc ainsi jusque dans ma maison, 605

Jusque sur mes enfants verser votre poison?

Vous osez donc tous deux les prendre pour victimes[ [83]?

THÉODORE.

Seigneur, il ne faut point me supposer de crimes;

C'est à des faussetés sans besoin recourir:

Puisque je suis chrétienne, il suffit pour mourir. 610

Je suis prête; où faut-il que je porte ma vie?

Où me veut votre haine immoler à Flavie?

Hâtez, hâtez, Seigneur, ces heureux châtiments

Qui feront mes plaisirs et vos contentements.

VALENS.

Ah! je rabattrai bien cette fière constance. 615

THÉODORE.

Craindrois-je des tourments qui font ma récompense?

VALENS.

Oui, j'en sais que peut-être aisément vous craindrez;

Vous en recevrez l'ordre, et vous en résoudrez.

Ce courage toujours ne sera pas si ferme.

Paulin, que là-dedans pour prison on l'enferme; 620

Mettez-y bonne garde.

(Paulin la conduit avec quelques soldats, et l'ayant enfermée, il revient incontinent.)