SCÈNE VI.

CÉPHÉE, CASSIOPE, ANDROMÈDE, PERSÉE, AMMON, TIMANTE, CHŒUR DU PEUPLE.

TIMANTE.

Seigneur, le souvenir des plus âpres supplices, 1350

Quand un tel bien les suit, n'a jamais que délices.

Si d'un mal sans pareil nous nous vîmes surpris,

Nous bénissons le ciel d'un tel mal à ce prix;

Et voyant quel époux il donne à la Princesse,

La douleur s'en termine en ces chants d'allégresse. 1355

CHŒUR, chante[ [649].

Vivez, vivez, heureux amants,

Dans les douceurs que l'amour vous inspire;

Vivez heureux, et vivez si longtemps,

Qu'au bout d'un siècle entier on puisse encor vous dire:

«Vivez, heureux amants.» 1360

Que les plaisirs les plus charmants

Fassent les jours d'une si belle vie;

Qu'ils soient sans tache, et que tous leurs moments

Fassent redire même à la voix de l'envie:

«Vivez, heureux amants.» 1365

Que les peuples les plus puissants

Dans nos souhaits à pleins vœux nous secondent;

Qu'aux Dieux pour vous ils prodiguent l'encens,

Et des bouts de la terre à l'envi nous répondent:

«Vivez, heureux amants.» 1370

CÉPHÉE.

Allons, amis, allons dans ce comble de joie,

Rendre grâces au ciel de l'heur qu'il nous envoie.

Allons dedans le temple avecque mille vœux

De cet illustre hymen achever les beaux nœuds.

Allons sacrifier à Jupiter son père, 1375

Le prier de souffrir ce que nous pensons faire[ [650],

Et ne s'offenser pas que ce noble lien

Fasse un mélange heureux de son sang et du mien.

CASSIOPE.

Souffrez qu'auparavant par d'autres sacrifices

Nous nous rendions des eaux les déités propices. 1380

Neptune est irrité; les nymphes de la mer

Ont de nouveaux sujets encor de s'animer;

Et comme mon orgueil fit naître leur colère,

Par mes submissions je dois les satisfaire.

Sur leurs sables, témoins de tant de vanités, 1385

Je vais sacrifier à leurs divinités;

Et conduisant ma fille à ce même rivage,

De ces mêmes beautés leur rendre un plein hommage,

Joindre nos vœux au sang des taureaux immolés,

Puis nous vous rejoindrons au temple où vous allez.

PERSÉE.

Souffrez qu'en même temps de ma fière marâtre

Je tâche d'apaiser la haine opiniâtre;

Qu'un pareil sacrifice et de semblables vœux

Tirent d'elle l'aveu qui peut me rendre heureux[ [651].

Vous savez que Junon à ce lien préside, 1395

Que sans elle l'hymen marche d'un pied timide,

Et que sa jalousie aime à persécuter

Quiconque ainsi que moi sort de son Jupiter.

CÉPHÉE.

Je suis ravi de voir qu'au milieu de vos flammes

De si dignes respects règnent dessus vos âmes. 1400

Allez, j'immolerai pour vous à Jupiter,

Et je ne vois plus rien enfin à redouter.

Des dieux les moins bénins l'éternelle puissance

Ne veut de nous qu'amour et que reconnoissance;

Et jamais leur courroux ne montre de rigueurs 1405

Que n'abatte aussitôt l'abaissement des cœurs.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.