SCÈNE V.

JUNON, dans son char, au milieu de l'air; PHINÉE, AMMON, suite de Phinée.

JUNON.

N'en doute point, Phinée, et cesse d'endurer.

PHINÉE.

Elle-même paroît pour nous en assurer. 1325

JUNON.

Je ne serai pas seule: ainsi que moi Neptune

S'intéresse en ton infortune;

Et déjà la noire Alecton,

Du fond des enfers déchaînée,

A, par les ordres de Pluton, 1330

De mille cœurs pour toi la fureur mutinée:

Fort de tant de seconds, ose, et sers mon courroux

Contre l'indigne sang de mon perfide époux[ [647].

PHINÉE.

Nous te suivons, Déesse; et dessous tes auspices

Nous franchirons sans peur les plus noirs précipices.

Que craindrons-nous, amis? nous avons dieux pour dieux,

Oracle pour oracle; et la faveur des cieux,

D'un contre-poids égal dessus nous balancée,

N'est pas entièrement du côté de Persée.

JUNON.

Je te le dis encore, ose, et sers mon courroux 1340

Contre l'indigne sang de mon perfide époux.

AMMON.

Sous tes commandements nous y courons, Déesse,

Le cœur plein d'espérance, et l'âme d'allégresse.

Allons, Seigneur, allons assembler vos amis;

Courons au grand succès qu'elle vous a promis: 1345

Aussi bien le Roi vient, il faut quitter la place,

De peur....

PHINÉE.

Non, demeurez pour voir ce qui se passe;

Et songez à m'en faire un fidèle rapport,

Tandis que je m'apprête à cet illustre effort[ [648].