SCÈNE VII.

HÉRACLIUS, MARTIAN, LÉONTINE, PULCHÉRIE, EUDOXE, EXUPÈRE, AMYNTAS, troupe[ [413].

HÉRACLIUS, à Léontine.

Est-il donc vrai, Madame? et changeons-nous de sort?

Amyntas nous fait-il un fidèle rapport?

LÉONTINE.

Seigneur, un tel succès à peine est concevable;

Et d'un si grand dessein la conduite admirable....

HÉRACLIUS, à Exupère.

Perfide généreux, hâte-toi d'embrasser 1865

Deux princes impuissants à te récompenser.

EXUPÈRE, à Héraclius.

Seigneur, il me faut grâce ou de l'un ou de l'autre:

J'ai répandu son sang, si j'ai vengé le vôtre.

MARTIAN.

Qui que ce soit des deux, il doit se consoler

De la mort d'un tyran qui vouloit l'immoler: 1870

Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure.

HÉRACLIUS.

Peut-être en vous par là s'explique la nature;

Mais, Prince, votre sort n'en sera pas moins doux:

Si l'empire est à moi, Pulchérie est à vous.

Puisque le père est mort, le fils est digne d'elle. 1875

(A Léontine.)

Terminez donc, Madame, enfin notre querelle.

LÉONTINE.

Mon témoignage seul peut-il en décider?

MARTIAN.

Quelle autre sûreté pourrions-nous demander?

LÉONTINE.

Je vous puis être encor suspecte d'artifice.

Non, ne m'en croyez pas: croyez l'Impératrice. 1880

(A Pulchérie, lui donnant un billet.)

Vous connoissez sa main, Madame; et c'est à vous

Que je remets le sort d'un frère et d'un époux.

Voyez ce qu'en mourant me laissa votre mère.

PULCHÉRIE.

J'en baise en soupirant le sacré caractère.

LÉONTINE.

Apprenez d'elle enfin quel sang vous a produits, 1885

Princes.

HÉRACLIUS, à Eudoxe.

Qui que je sois, c'est à vous que je suis.

BILLET DE CONSTANTINE[ [414].

PULCHÉRIE lit.

Parmi tant de malheurs mon bonheur est étrange:

Après avoir donné son fils au lieu du mien,

Léontine à mes yeux, par un second échange,

Donne encore à Phocas mon fils au lieu du sien. 1890

Vous qui pourrez douter d'un si rare service,

Sachez qu'elle a deux fois trompé notre tyran:

Celui qu'on croit Léonce est le vrai Martian,

Et le faux Martian est vrai fils de Maurice.

CONSTANTINE.

PULCHÉRIE, à Héraclius.

Ah! vous êtes mon frère!

HÉRACLIUS, à Pulchérie.

Et c'est heureusement 1895

Que le trouble éclairci vous rend à votre amant.

LÉONTINE, à Héraclius.

Vous en saviez assez pour éviter l'inceste,

Et non pas pour vous rendre un tel secret funeste.

(A Martian.)

Mais pardonnez, Seigneur, à mon zèle parfait

Ce que j'ai voulu faire, et ce qu'un autre a fait. 1900

MARTIAN.

Je ne m'oppose point à la commune joie;

Mais souffrez des soupirs que la nature envoie.

Quoique jamais Phocas n'ait mérité d'amour,

Un fils ne peut moins rendre à qui l'a mis au jour:

Ce n'est pas tout d'un coup qu'à ce titre on renonce.

HÉRACLIUS.

Donc, pour mieux l'oublier, soyez encor Léonce:

Sous ce nom glorieux aimez ses ennemis,

Et meure du tyran jusqu'au nom de son fils!

(A Eudoxe.)

Vous, Madame, acceptez et ma main et l'empire

En échange d'un cœur pour qui le mien soupire. 1910

EUDOXE, à Héraclius.

Seigneur, vous agissez en prince généreux.

HÉRACLIUS, à Exupère et Amyntas.

Et vous dont la vertu me rend ce trouble heureux,

Attendant les effets de ma reconnoissance,

Reconnoissons, amis, la céleste puissance:

Allons lui rendre hommage, et d'un esprit content[ [415] 1915

Montrer Héraclius au peuple qui l'attend[ [416].

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

[ 242]

ANDROMÈDE
TRAGÉDIE
1650

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