SCÈNE VI.
HÉRACLIUS, MARTIAN, PULCHÉRIE, AMYNTAS.
AMYNTAS.
Mon bras 1825
Vient de laver ce nom dans le sang de Phocas.
HÉRACLIUS.
Que nous dis-tu?
AMYNTAS.
Qu'à tort vous nous prenez pour traîtres;
Qu'il n'est plus de tyran; que vous êtes les maîtres.
HÉRACLIUS.
De quoi?
AMYNTAS.
De tout l'empire.
MARTIAN.
Et par toi?
AMYNTAS.
Non, Seigneur:
Un autre en a la gloire, et j'ai part à l'honneur. 1830
HÉRACLIUS.
Et quelle heureuse main finit notre misère?
AMYNTAS.
Princes, l'auriez-vous cru? c'est la main d'Exupère.
MARTIAN.
Lui, qui me trahissoit?
AMYNTAS.
C'est de quoi s'étonner:
Il ne vous trahissoit que pour vous couronner.
HÉRACLIUS.
N'a-t-il pas des mutins dissipé la furie? 1835
AMYNTAS.
Son ordre excitoit seul cette mutinerie.
MARTIAN.
Il en a pris les chefs, toutefois?
AMYNTAS.
Admirez
Que ces prisonniers même avec lui conjurés
Sous cette illusion couroient à leur vengeance:
Tous contre ce barbare étant d'intelligence[ [412], 1840
Suivis d'un gros d'amis nous passons librement
Au travers du palais à son appartement.
La garde y restoit foible, et sans aucun ombrage;
Crispe même à Phocas porte notre message:
Il vient; à ses genoux on met les prisonniers, 1845
Qui tirent pour signal leurs poignards les premiers.
Le reste, impatient dans sa noble colère,
Enferme la victime; et soudain Exupère:
«Qu'on arrête, dit-il; le premier coup m'est dû;
C'est lui qui me rendra l'honneur presque perdu.» 1850
Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie,
Tant de nos mains la sienne est promptement suivie.
Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus
Ne laissent discerner que «Vive Héraclius!»
Nous saisissons la porte, et les gardes se rendent. 1855
Mêmes cris aussitôt de tous côtés s'entendent;
Et de tant de soldats qui lui servoient d'appui,
Phocas, après sa mort, n'en a pas un pour lui.
PULCHÉRIE.
Quel chemin Exupère a pris pour sa ruine!
AMYNTAS.
Le voici qui s'avance avecque Léontine. 1860