SCÈNE II.
DOMITIAN, BÉRÉNICE, PHILON,
ALBIN.
BÉRÉNICE.
Auriez-vous au sénat, Seigneur, assez de brigue1135
Pour combattre et confondre une insolente ligue?
S'il ne s'assemble pas exprès pour m'exiler,
J'ai quelques envieux qui pourront en parler.
L'exil m'importe peu, j'y suis accoutumée;
Mais vous perdez l'objet dont votre âme est charmée:
L'audacieux décret de mon bannissement
Met votre Domitie aux bras d'un autre amant;
Et vous pouvez[ [263] juger que s'il faut qu'on m'exile,
Sa conquête pour vous n'en est pas plus facile.
Voyez si votre amour se veut laisser ravir1145
Cet unique secours qui pourroit le servir[ [264].
DOMITIAN.
On en pourra parler, Madame, et mon ingrate
En a déjà conçu quelque espoir qui la flatte;
Mais je puis dire aussi que le rang que je tiens
M'a fait assez d'amis pour opposer aux siens;1150
Et que si dès l'abord ils ne les font pas taire,
Ils rompront le grand coup qui seul nous peut déplaire.
Non que tout cet espoir ne coure grand hasard,
Si votre amant volage y prend la moindre part:
On l'aime; et si son ordre à nos amis s'oppose,1155
Leur plus fidèle ardeur osera peu de chose.
BÉRÉNICE.
Ah! Prince, je mourrai de honte et de douleur,
Pour peu qu'il contribue à faire mon malheur;
Mais je n'ai qu'à le voir pour calmer ces alarmes.
DOMITIAN.
N'y perdez point de temps, portez-y tous vos charmes:
N'en oubliez aucun dans un péril si grand.
Peut-être, ainsi que vous, ce dessein le surprend;
Mais je crains qu'après tout son âme irrésolue
Ne relâche un peu trop sa puissance absolue,
Et ne laisse au sénat décider de ses vœux,1165
Pour se faire une excuse[ [265] envers l'une des deux.
BÉRÉNICE.
Quelques efforts qu'on fasse, et quelque art qu'on déploie,
Je vous réponds de tout, pourvu que je le voie;
Et je ne crois pas même au pouvoir de vos dieux
De lui faire épouser Domitie à mes yeux.1170
Si vous l'aimez encor, ce mot vous doit suffire.
Quant au sénat, qu'il m'ôte ou me donne l'empire,
Je ne vous dirai point à quoi je me résous.
Voici votre inconstante. Adieu, pensez à vous.