SCÈNE III.

LYSANDER, MANDANE, CLÉON.

LYSANDER.

Que veut dire, Madame, une telle retraite?

Se plaint-il d'Aglatide, et la jeune indiscrète

Répondroit-elle mal aux honneurs qu'il lui fait?

MANDANE.

Elle y répond, Seigneur, ainsi qu'il le souhaite,

Et je l'en vois fort satisfait; 560

Mais je ne vois pas bien que par les sympathies

Dont vous venez de nous parler,

Leurs âmes soient fort assorties[ [29],

Ni que l'amour encore ait daigné s'en mêler.

Ce n'est pas qu'il n'aspire à se voir votre gendre,565

Qu'il n'y mette sa gloire, et borne ses plaisirs;

Mais puisque par son ordre il me faut vous l'apprendre,

Elpinice est l'objet de ses plus chers desirs.

LYSANDER.

Elpinice! Et sa main n'est plus en ma puissance!

MANDANE.

Je sais qu'il n'est plus temps de vous la demander;570

Mais je vous répondrois de son obéissance,

Si Cotys la vouloit céder.

Que sait-on si l'amour, dont la bizarrerie

Se joue assez souvent du fond de notre cœur,

N'aura point fait au sien même supercherie?575

S'il n'y préfère point Aglatide à sa sœur?

Cet échange, Seigneur, pourroit-il vous déplaire,

S'il les rendoit tous quatre heureux?

LYSANDER.

Madame, doutez-vous de la bonté d'un père?

MANDANE.

Voyez donc si Cotys sera plus rigoureux: 580

Je vous laisse avec lui, de peur que ma présence

N'empêche une sincère et pleine confiance.

(A Cotys.)

Seigneur, ne cachez plus le véritable amour[ [30]

Dont l'idée en secret vous flatte.

J'ai dit à Lysander celui de Spitridate; 585

Dites le vôtre à votre tour.