SCÈNE II.
LYSANDER, SPITRIDATE, MANDANE, CLÉON.
LYSANDER.
Quoique en matière d'hyménées
L'importune langueur des affaires traînées
Attire assez souvent de fâcheux embarras,
J'ai voulu qu'à loisir vous pussiez[ [28] voir mes filles,
Avant que demander l'aveu d'Agésilas530
Sur l'union de nos familles.
Dites-moi donc, Seigneur, ce qu'en jugent vos yeux,
S'ils laissent votre cœur d'accord de vos promesses,
Et si vous y sentez plus d'aimables tendresses
Que de justes desirs de pouvoir choisir mieux.535
Parlez avec franchise, avant que je m'expose
A des refus presque assurés,
Que j'estimerai peu de chose
Quand vous serez plus déclarés;
Et n'appréhendez point l'emportement d'un père:540
Je sais trop que l'amour de ses droits est jaloux,
Qu'il dispose de nous sans nous,
Que les plus beaux objets ne sont pas sûrs de plaire.
L'aveugle sympathie est ce qui fait agir
La plupart des feux qu'il excite;545
Il ne l'attache pas toujours au vrai mérite:
Et quand il la dénie, on n'a point à rougir.
SPITRIDATE.
Puisque vous le voulez, je ne puis me défendre,
Seigneur, de vous parler avec sincérité:
Ma seule ambition est d'être votre gendre; 550
Mais apprenez, de grâce, une autre vérité:
Ce bonheur que j'attends, cette gloire où j'aspire,
Et qui rendroit mon sort égal au sort des Dieux,
N'a pour objet.... Seigneur, je tremble à vous le dire;
Ma sœur vous l'expliquera mieux. 555