SCÈNE PREMIÈRE.
ARDARIC, VALAMIR.
(Ils n'ont point d'épée l'un ni l'autre[ [171].)
ARDARIC.
Seigneur, vos devins seuls ont causé notre perte:
Par eux à tous nos maux la porte s'est ouverte;
Et l'infidèle appas de leur prédiction 1455
A jeté trop d'amorce à notre ambition[ [172].
C'est de là qu'est venu cet amour politique
Que prend pour attentat un orgueil tyrannique.
Sans le flatteur espoir d'un avenir si doux,
Honorie auroit eu moins de charmes pour vous.1460
C'est par là que vos yeux la trouvent adorable,
Et que vous faites naître un amour véritable,
Qui l'attachant à vous excite des fureurs
Que vous voyez passer aux dernières horreurs.
A moins que je vous perde, il faut que je périsse; 1465
On vous fait même grâce, ou pareille injustice:
Ainsi vos seuls devins nous forcent de périr,
Et ce sont tous les droits qu'ils vous font acquérir.
VALAMIR.
Je viens de les quitter; et loin de s'en dédire,
Ils assurent ma race encor du même empire. 1470
Ils savent qu'Attila s'aigrit au dernier point,
Et ses emportements ne les émeuvent point;
Quelque loi qu'il nous fasse, ils sont inébranlables:
Le ciel en a donné des arrêts immuables;
Rien n'en rompra l'effet; et Rome aura pour roi 1475
Ce grand Théodoric qui doit sortir de moi[ [173].
ARDARIC.
Ils veulent donc, Seigneur, qu'aux dépens de ma tête
Vos mains à ce héros préparent sa conquête?
VALAMIR.
Seigneur, c'est m'offenser encor plus qu'Attila.
ARDARIC.
Par où lui pouvez-vous échapper que par là? 1480
Pouvez-vous que par là posséder Honorie?
Et d'où naîtra ce fils, si vous perdez la vie?
VALAMIR.
Je me vois comme vous aux portes du trépas;
Mais j'espère, après tout, ce que je n'entends pas.